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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à la salle Pleyel, Paris.

Fauve et trivial
© Festival de Lucerne

Affluence des grands jours à la salle Pleyel pour honorer la venue du London Symphony Orchestra sous la houlette de Valery Gergiev. Après de magiques exécutions du Prélude à l'après-midi d'un Faune et de la Mer, fauves et plus proches que jamais de l'esprit des Ballets russes, un Sacre du printemps copieusement plombé vient ternir un somptueux concert symphonique.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 01/04/2007
Yannick MILLON
 



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  • Suroccupé, toujours courant, toujours peu répétant, Valery Gergiev apparaît en rade de concentration dans les premières minutes de ce concert du London Symphony à la salle Pleyel – phénomène déjà observé dans Don Carlo à Salzbourg comme dans Otello à Bastille –, et les Symphonies d'instruments à vent de Stravinski peinent donc à trouver leur assise, avant de se parer progressivement de teintes orthodoxes, presque moussorgskiennes dans le choral terminal, dont chaque phrase est introduite par un chuintement du chef.

    Avec cet hommage de Stravinski au défunt Debussy, la transition se fait tout naturellement vers la Mer. Dans cette page parmi les plus illustres de l'art symphonique français, Gergiev, cette fois à cent pour cent dans ce qu'il fait, joue la proximité chronologique, la parenté parisienne avec les Ballets russes – si bien qu'en maint passage les cordes se parent des couleurs de l'Oiseau de feu – et privilégie une lecture très fuyante, avec une sensation d'improvisation qui fait des miracles.

    Jouant sur l'individualisation du timbre – le raffinement des cymbales frottées, des cuivres bouchés, du violon solo d'Andrew Haveron –, constamment expressif, il sait ouvrir des horizons crépusculaires en des suspensions inhabituelles mais trouvant toujours une justification dans le texte musical. Ce rubato sophistiqué, cette filiation russe triomphent grâce à une pâte sonore toujours aérée et vaporeuse, grâce aussi à une vision très unifiée, renforcée par un quasi enchaînement des trois mouvements. Du grand art.

    Il en va de même, juste après l'entracte, d'un Prélude à l'après-midi d'un faune transformé en « après-midi d'un fauve », d'une liberté agogique inouïe, d'un éventail dynamique infini et servi par des bois de la plus belle délicatesse – la flûte évidemment, mais aussi la clarinette. À ce stade, aucun nuage à l'horizon.

    Poisson d'avril ?

    C'était sans compter un Sacre du printemps dont la face obscure de Gergiev devait ruiner comme jamais l'incoercible énergie, la jubilation tribale, la vitalité des jeux rythmiques et la pulsation forcenée. De cette interprétation arbitraire émergent des tempi biscornus mettant en péril l'équilibre interne des épisodes comme la trajectoire globale de chaque partie – la rapidité presque ridicule de la Danse des adolescentes, la lenteur avachie de la seconde partie –, mais aussi un impossible rubato – le hautbois dans les Rondes de printemps ; la mollesse jazzy, les phrasés collants de l'Invocation des ancêtres.

    Et ces effets de loupe – l'enflure du solo de basson initial –, ces silences incompréhensibles – celui de plus de cinq secondes avant l'ultime fusée qui clôt la partition relève du gag, du poisson d'avril – ; ces accents poussifs, cette pâte sonore opaque, grossière, sans aspérités, seulement hérissée de quelques boursouflures des cuivres – le débordement des cors à la fin de la première partie ; l'écrasement des plus vulgaires du dernier accord.

    Le LSO doit en faire, des efforts, pour sonner de manière aussi triviale, contraire à sa nature même, pour se plier aux incongruités de la battue. Étrange conclusion d'un concert qui avait si bien commencé, sous la baguette d'un génial chef, capable du meilleur comme du pire.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 01/04/2007
    Yannick MILLON

    Concert du London Symphony Orchestra sous la direction de Valery Gergiev à la salle Pleyel, Paris.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Symphonies d'instruments à vent (1921)

    Claude Debussy (1862-1918)
    La Mer, trois esquisses symphoniques (1905)
    Prélude à l'après-midi d'un faune (1894)

    Igor Stravinski (1882-1971)
    Le Sacre du printemps, tableaux de la Russie païenne en deux parties (1913)

    London Symphony Orchestra
    direction : Valery Gergiev

     


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