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CRITIQUES DE CONCERTS 25 aoűt 2019

2e, 3e et 4e symphonies de Mahler par l'Orchestre de la Staatskapelle de Berlin sous la direction de Pierre Boulez, dans le cadre des Festtage 2007.

Festtage Berlin 2007 (1) :
La rigueur boulézienne

© Harald Hoffmann / DG

En l'espace de seulement douze jours, l'Orchestre de la Staatskapelle de Berlin présente une intégrale des symphonies de Mahler que se partagent deux éminents acteurs de la direction d'orchestre moderne, le chef principal de la Staatsoper Daniel Barenboïm et le chef honoraire de la formation Pierre Boulez. Une entreprise colossale qui va non sans certaines fluctuations.
 

Philharmonie, Berlin
Le 05/04/2007
Hermann GRAMPP
 



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  • Les Festtage de la Staatsoper de Berlin ne se conçoivent dĂ©cidĂ©ment plus sans exhaustivitĂ©. Ainsi, rappelant l'exĂ©cution rapprochĂ©e des dix grands drames wagnĂ©riens en 2002, l'Ă©dition 2007 affiche l'intĂ©grale des symphonies de Mahler, vĂ©ritable gageure pour l'Orchestre de la Staatskapelle et Ă©vĂ©nement que Daniel BarenboĂŻm a eu la sagesse de partager avec son ami Pierre Boulez.

    Après un concert d'ouverture dédié à la 1re symphonie sous la direction du patron de la formation, c'était le tour du chef français de présenter sa vision des 2e, 3e et 4e symphonies. Le doyen de la musique contemporaine reste fidèle à son approche : l'analyse détaillée, l'accent mis sur la lisibilité et l'évitement des débordements chers à une partie des interprètes mahlériens. Ce faisant, il réussit à dévoiler parfaitement structure et rythme avec une clarté et des couleurs impressionnantes, sans réussir toutefois à occulter un certain manque de fantaisie comme de grandeur extatique.

    La 2e symphonie est marquée par des tempi rapides, trop peu flexibles, mais aussi par un nombre surprenant d'approximations dans la majorité des pupitres. Comme si la première soirée de Boulez servait encore à trouver une balance avec l'orchestre, la sonorité n'est ni mystérieuse – les derniers moments du premier mouvement – ni majestueuse – conclusion de l'Urlicht – et la caractéristique principale reste l'exactitude rythmique, terrain de prédilection du chef français, mais poussée ce soir jusqu'au mécanique. En revanche, on ne peut pas ne pas remarquer la suavité assez typique des cordes, en particulier dans le mouvement lent.

    Les Choeurs de la Staatsoper, préparés par Eberhard Friedrich, exposent tout ensemble rondeur et puissance, avec notamment des ténors remarquablement sûrs. Au niveau du chant soliste, c'est l'alto sombre et chaleureux de Petra Lang qui emporte le plus l'adhésion. Bilan mitigé donc pour cette Résurrection, mais on savait déjà par le disque que la 2e symphonie ne compte pas parmi les plus belles réussites mahlériennes de Boulez.

    En revanche, l'auteur du Marteau sans maître a toujours compté parmi les triomphateurs de la 3e symphonie, et lors de l'exécution du lendemain, en effet, les approximations orchestrales disparaissent comme par miracle. Mieux encore, les extraordinaires qualités de la Staatskapelle brillent pour la première fois de tous leurs feux. La chaleur des cordes – les violoncelles, les violons –, l'excellent hautbois de Gregor Witt, un pupitre de huit cors à la culture du pianissimo inouïe, participent à une lecture nettement plus flexible que la veille sans perdre en rien de l'impitoyable précision habituelle – ce qui fait de la fin du troisième mouvement un véritable feu d'artifice.

    Une montée en tension constante

    Dans le dernier mouvement, Boulez réussit même à créer une montée en tension constante, de la première phrase tendre des cordes jusqu'à l'apothéose finale, couronnée par les coups majestueux du formidable timbalier Willi Hilgers. De surcroît, l'alto de Michelle De Young marque un véritable accomplissement : dramatique, languissant, au vibrato sans doute trop présent mais toujours bien conduit et portant chaque frémissement du texte.

    Boulez apparaĂ®t enfin moins Ă  l'aise avec le ton plus dansant et bucolique, presque nĂ©o-classique de la 4e symphonie. La rigueur de la battue, trop contrĂ´lĂ©e et gĂ©omĂ©trique y compris dans le mouvement lent, ne peut que nuire au caractère d'ensemble. MĂŞme si les cordes demeurent un modèle de densitĂ© et de rondeur, la direction ne sait pas Ă©viter un certain dĂ©tachement. Heureusement, Christine Schäfer apporte une touche de fraĂ®cheur avec son « soprano glockenspiel Â» aux aigus tout en subtilitĂ©.




    Philharmonie, Berlin
    Le 05/04/2007
    Hermann GRAMPP

    2e, 3e et 4e symphonies de Mahler par l'Orchestre de la Staatskapelle de Berlin sous la direction de Pierre Boulez, dans le cadre des Festtage 2007.

    2 avril :

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 2 en ut mineur, « RĂ©surrection Â» (1897)
    Dorothea Röschmann, soprano
    Petra Lang, alto
    Staatsopernchor Berlin
    préparation : Eberhard Friedrich

    3 avril :

    Symphonie n° 3 en ré mineur (1899)
    Michelle De Young, alto
    Aurelius Sängerknaben Calw
    préparation : Johannes Sorg
    Staatsopernchor Berlin
    préparation : Eberhard Friedrich

    5 avril :

    Symphonie n° 4 en sol majeur (1900)
    Christine Schäfer, soprano

    Staatskapelle Berlin
    direction : Pierre Boulez

     


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