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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de l'Affaire Makropoulos de Janáček mise en scène par Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Tomas Hanus à l'Opéra de Paris.

Tout ce qui compte vaut la peine d'attendre
© Éric Mahoudeau / Opéra national de Paris

Angela Denoke (Emilia Marty)

Voilà un spectacle qui restera l'une des grandes réussites de Gerard Mortier à l'Opéra de Paris. Il était temps qu'un ouvrage aussi fondamental que l'Affaire Makropoulos fasse son entrée au répertoire de la maison. C'est désormais chose faite, dans la production brillamment transposée de Krzysztof Warlikowski et avec des forces musicales à l'avenant.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 27/04/2007
Yannick MILLON
 



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  • Enfin, l'Affaire Makropoulos à l'Opéra de Paris ! L'avant-dernier ouvrage lyrique de Janáček aura dû attendre plus de quatre-vingt ans et la prédilection de Gerard Mortier pour l'opéra du XXe siècle pour connaître cet honneur. On ne peut que saluer la réparation de cette injustice, et l'aboutissement de cette entrée au répertoire, d'autant plus gratifiant que l'oeuvre ne compte pas parmi les plus immédiatement accessibles.

    À partir d'une intrigue entre polar et réflexion sur la brièveté de la vie, Krzysztof Warlikowski a imaginé une transposition d'univers plus que véritablement d'époque, en évoquant le Hollywood de l'après-guerre où évolue une Emilia Marty en frêle Marilyn Monroe, rongée de l'intérieur, malheureuse comme les pierres sous des dehors frivoles, excitant la convoitise d'hommes ne désirant en elle que l'objet-femme. C'est là l'habileté suprême du metteur en scène polonais, qui ne pouvait mieux traduire le désert de solitude qu'est le quotidien de l'héroïne de Karel Čapek, et qui souligne sa déchéance au terme d'une vie tricentenaire ? le « duo d'amour » avec Gregor en relation bradée, à la sauvette dans les toilettes publiques.

    © Christian Leiber / Opéra national de Paris

    Dans les très beaux décors de salle obscure de Malgorzata Szczesniak, les séquences cinématographiques projetées pendant les transitions instrumentales ? Sunset Boulevard, King Kong ? mettent le spectateur en condition, prolongeant le climat précédent, laissant augurer celui à venir. Aux saluts, l'équipe scénique, sans doute refroidie la saison passée par la bronca qui avait accueilli Iphigénie à Garnier, s'avance prudemment mais ne reçoit cette année que des acclamations.

    Le plateau, servant au mieux la vision scénique, est d'une belle qualité d'ensemble malgré quelques irrégularités, notamment quant à l'élocution. Négatif du sadisme, de la froide détermination d'Anja Silja à Lyon il y a deux ans, Angela Denoke est une Emilia Marty résignée, désespérément seule, bouleversante dans son bilan d'une existence longue de 337 ans. Le timbre, toujours crépusculaire, le vibrato ample vont dans le sens de l'incarnation, avec une constante expressivité.

    L'Albert Gregor de Charles Workman n'en paraît que plus étriqué et clairet, trop juste de format, précaire d'aigu malgré une belle présence. Le Jaroslav Prus bien projeté de Vincent Le Texier, veule et bourru, est proche de l'idéal. David Kuebler est un Vítek piaulant comme il se doit, Paul Gay un Kolenatý terne et un peu emprunté. Mention spéciale enfin pour le Hauk-?endorf tout en suavité de Ryland Davies, le Janek lumineux d'Ales Briscein, et la Krista de Karine Deshayes, qui enfile comme un gant un rôle souvent dévolu aux sopranos légers.

    © Éric Mahoudeau / Opéra national de Paris

    Janáček a accouché avec l'Affaire Makropoulos de son opus lyrique le plus âpre. Pour en restituer fidèlement les constants chocs de timbres, les saillies instrumentales sur le fil du rasoir, les changements de climat orageux, la géniale partition demande un chef capable du sens de l'éclat, de précision dans l'acuité des couleurs, et qui sache surtout entretenir la tension constante de l'écriture.

    Le jeune Tchèque Tomas Hanus y parvient avec une intensité croissante et réserve quelques déflagrations parmi les plus grisantes entendues dans la fosse de Bastille. Nervosité de première qui sera sans doute vite corrigée, le geste gagnerait parfois à plus de canalisation ? la pulsation confuse de l'entrée en matière, la tendance à survoler certains moments d'exaltation. Car si ce soir, les cordes, en retrait, manquent souvent d'incandescence, les cuivres et les timbales, survoltés, se couvrent de gloire.

    « Tout ce qui compte vaut la peine d'attendre », disait Marilyn ; cette Affaire Makropoulos à la Bastille en est la preuve parfaite.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 27/04/2007
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de l'Affaire Makropoulos de Janáček mise en scène par Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Tomas Hanus à l'Opéra de Paris.
    Leo? Janáček (1854-1928)
    Věc Makropulos, opéra en trois actes (1926)
    Livret du compositeur d'après la comédie de Karel Čapek

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Tomas Hanus
    mise en scène : Krzysztof Warlikowski
    décors et costumes : Malgorzata Szczesniak
    éclairages : Felice Ross
    vidéo : Denis Guéguin
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Angela Denoke (Emilia Marty), Charles Workman (Albert Gregor), Vincent Le Texier (Jaroslav Prus), Paul Gay (Maître Kolenatý), David Kuebler (Vítek), Karine Deshayes (Krista), Ales Briscein (Janek), Ryland Davies (Hauk-?endorf).

     



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