altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 19 aoŻt 2019

Nouvelle production d'Un bal masqué de Verdi mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Semyon Bychkov à l'Opéra de Paris.

Le bal de Tézier
© Eric Mahoudeau

Elena Manistina (Ulrica) et Angela Brown (Amelia).

Priv√© de t√©nor en raison du forfait de Marcelo Alvarez et de l'enrouement de son rempla√ßant Evan Bowers, ce nouveau Bal masqu√© de l'Op√©ra de Paris aura √©t√© celui du baryton Ludovic T√©zier, ma√ģtre incontestable d'un plateau vocal tr√®s in√©gal du c√īt√© f√©minin, dans la mise en sc√®ne souvent spectaculaire de Gilbert Deflo.
Nouvelle critique

 

Opéra Bastille, Paris
Le 04/06/2007
Gérard MANNONI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Bayreuth 2019 (2) : Sur la route

  • Bayreuth 2019 (1) : Coup de foudre ?

  • Orange 2019 (2) : Sur les chapeaux de roues

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Marcelo Alvarez malade ne pouvant assurer la premi√®re repr√©sentation, l'Op√©ra de Paris a fait appel √† Evan Bowers qui, malade lui aussi, permit au spectacle d'avoir lieu sans pour autant parvenir √† exister vraiment au niveau n√©cessaire dans un ouvrage aussi lourd pour le t√©nor. N'accablons pas un artiste qui a le courage de se pr√©senter au-dessous de ses moyens, lesquels, il faut quand m√™me le dire, n'ont rien √† voir avec la splendeur de ceux d'Alvarez
    quand il chante.

    Bowers parvient tout de m√™me √† camper un Riccardo tr√®s vivant, que son exc√®s d'indulgence et sa bont√© finissent par rendre totalement irresponsable comme gouvernant et dont le comportement trop l√©ger entra√ģne tout son entourage √† la catastrophe. Reste qu'Un bal masqu√© presque sans t√©nor n'est gu√®re facile √† d√©fendre.

    Pour vraiment sauver la soirée, il aurait fallu une Amelia de haut vol, qui apporte cet élément d'émotion vocal indispensable aux grands opéras. La jeune Américaine Angela Brown a certes une jolie voix aux aigus faciles et séduisants, mais au médium et au bas-médium instables, voire tremblotants. Ce défaut peut-il être corrigé ? L'avenir le dira, mais, dans l'état actuel de sa technique, elle n'est pas encore une Amelia du niveau requis et ne pouvait donc contrebalancer les déficiences de son Riccardo. En outre, elle a plus un comportement scénique de soubrette effarouchée un peu encombrée de ses crinolines que celui d'une grande dame dont l'honneur, la vertu et même la vie sont en jeu.

    ¬© √Čric Mahoudeau

    D√©guis√©e en Jessye Norman pour incarner Ulrica, la mezzo russe Elena Manistina chante tr√®s fort dans le haut-m√©dium, avec un grave trop brouillon et instable pour ne pas √™tre autre chose que d√©sagr√©able √† entendre, malgr√© la th√©√Ętralit√© de la sc√®ne de vaudou que Deflo lui fait pr√©sider.

    Reste fort heureusement l'Oscar excellent √† tous √©gards de Camilla Tilling, la belle pr√©sence des seconds r√īles, des choeurs men√©s avec rigueur et efficacit√© par Peter Burian, et surtout, l'implacable le√ßon de chant donn√©e par Ludovic T√©zier en Renato. Voix parfaitement ad√©quate, bien en place, musicale, conduite avec intelligence, plus pr√©sent dramatiquement qu'il ne le fut souvent, le baryton est la consolation lyrique de la soir√©e. Dommage que l'on n'ait pas r√©uni autour de lui une distribution de m√™me niveau, car, m√™me si le magnifique Alvarez avait √©t√© pr√©sent, un s√©rieux d√©s√©quilibre aurait subsist√© du c√īt√© des dames.

    Pour ses débuts dans la fosse de l'Opéra, Semyon Bychkov ne démérite pas, sans pour autant créer la sensation. Direction tonique, claire, sans choix de tempi inattendus, établissant un équilibre bien pensé avec le plateau, il n'apporte pas lui non plus cette touche de lumière ni d'inspiration qui aurait pu hisser le spectacle vers les sommets que l'on est en droit d'attendre dans ce lieu.

    Une mise en scène souvent figée

    Il faut enfin √©voquer la mise en sc√®ne de Gilbert Deflo. Dans des d√©cors de William Orlandi souvent impressionnants par leur taille comme par leur symbolique fun√®bre ou d√©monique, il situe l'action √† l'√©poque o√Ļ la partition vit le jour. Dans un univers blanc et noir, souvent fig√© par le c√īt√© marmor√©en des monuments ou des structures cr√©ant un climat hostile, angoissant, mortif√®re, il met en place ses personnages de fa√ßon tr√®s traditionnelle, les faisant chanter le plus souvent √† la rampe, dans une gestuelle m√©lodramatique basique.

    Le tableau d'Ulrica et celui du bal sont les plus r√©ussis, les autres figent un peu l'action, mais l'ensemble a de l'allure, de la tenue, et meuble l'ample espace du plateau dans toutes ses dimensions, ce qui n¬Ďest pas si courant. De quoi rassurer les foules affol√©es par les hardiesses de la plupart des autres productions vues √† l'Op√©ra de Paris ces derniers temps, mais dont l'originalit√© brillante et parfois m√™me le g√©nie n'en ressortent que mieux. On attend avec d'autant plus d'int√©r√™t la Traviata selon Marthaler !







    Alvarez rentre dans la danse

    Certains n'y croyaient plus. Et pourtant, apr√®s avoir ajout√© son nom √† la liste des t√©nors stars s'√©tant fait porter p√Ęle pour leur premi√®re √† la suite de Ram√≥n Vargas dans Idomeneo et Rolando Villaz√≥n dans les Contes d'Hoffmann, Marcelo Alvarez est de retour sur la sc√®ne de l'Op√©ra Bastille, et offre √† cette nouvelle production du Bal masqu√© l'√©quilibre qui lui faisait d√©faut.

    Couronnant d'aigus insolents une ligne dont le m√©tal ensoleill√© sait se parer d'ombres velout√©es, le t√©nor argentin poss√®de en effet comme nul autre depuis Bergonzi et Pavarotti cet alliage rare de slancio et de morbidezza qui seul permet de refl√©ter la versatilit√© de Riccardo, de la railleuse l√©g√®ret√© de Ogni cura si doni al diletto et √ą scherzo od √® follia aux accents spinti de Ma se m'√© forza perderti.

    Le Renato de Ludovic T√©zier n'est pas en reste pour autant. Car si les aigus du baryton fran√ßais n'ont pas, encore, ce m√©tal qui fait les verdiens authentiques, le model√© de la p√Ęte vocale, le contr√īle de l'√©mission, la tenue de la ligne, et le mordant de la diction le classent parmi les meilleurs titulaires d'un r√īle singuli√®rement peu expansif.

    Sans rompre avec la tradition des Oscar à cocottes, le soprano florissant de Camilla Tilling donne au page une consistance inhabituelle, tandis que l'Ulrica d'Elena Manistina tente de s'inscrire dans le sillage des mezzos russes aux graves telluriques en jouant les ogresses, mais s'embourbe dans les inégalités de registres d'une voix non exempte de stridences.

    Quant √† Angela Brown, son Amelia ne tient pas les promesses d'un Libera me somptueusement suspendu sous les orgues de la Basilique de Saint-Denis dans le Requiem dirig√© l'an pass√© par Myung-Whun Chung, √† moins que l'atmosph√®re du lieu ne nous ait alors envo√Ľt√©s, ou que la forte r√©verb√©ration de son acoustique ne nous ait illusionn√©s.

    Le format de l'instrument est toujours imposant ¬Ė ce qui, dans un r√īle aussi large, n'est pas n√©gligeable ¬Ė, et le timbre opulent, mais l'ut qui survolait glorieusement la masse chorale n'est plus qu'un souvenir aigrelet, et la ligne chaotique, impr√©cise ¬Ė les appoggiatures de l'entr√©e immanquablement savonn√©es ¬Ė, est d'une ind√©fendable placidit√©.

    √Ä d√©faut de colonne vert√©brale, la direction de Semyon Bychkov impose ses fulgurances dramatiques ¬Ė un tirage au sort haletant ¬Ė, et plus encore sonores ¬Ė les d√©flagrations dans l'antre de la magicienne, les textures inou√Įes, √©tir√©es, quasi parsifaliennes de l'introduction du gibet. Et la production en forme de veill√©e fun√®bre de Gilbert Deflo est de celles qui, par leur statisme inoffensif, s'installent durablement au r√©pertoire.


    Mehdi MAHDAVI
    Opéra Bastille, Paris, 25/06/2007





    Opéra Bastille, Paris
    Le 04/06/2007
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production d'Un bal masqué de Verdi mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Semyon Bychkov à l'Opéra de Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Un ballo in maschera, melodramma en trois actes (1859)
    Livret d'Antonio Somma d'après Gustave III ou le bal masqué d'Eugène Scribe

    Choeur et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Semyon Bychkov
    mise en scène : Gilbert Deflo
    décors et costumes : William Orlandi
    √©clairages : Jo√ęl Hourbeigt
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Evan Bowers (Riccardo), Ludovic Tézier (Renato), Angela Brown (Amelia), Elena Manistina (Ulrica), Camilla Tilling (Oscar), Jean-Luc Ballestra (Silvano), Michail Schelomianski (Sam), Scott Wilde (Tom), Pascal Meslé (Giudice), Nicolas Marie (Servo d'Amelia).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com