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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2019

Version de concert de l'Orfeo de Monteverdi sous la direction de Rinaldo Alessandrini au festival de Beaune 2007.

Beaune 2007 (1) :
L'Orfeo savamment célébré

© Ferruccio Nobile

Incomparable ex√©g√®te de Monteverdi, Rinaldo Alessandrini se devait de c√©l√©brer le quatre centi√®me anniversaire de l'Orfeo. Reflet de l'enregistrement r√©alis√© √† Rome en f√©vrier dernier, et √† para√ģtre chez Na√Įve √† la rentr√©e, la lecture pr√©sent√©e par le chef italien en la Basilique Notre-Dame de Beaune s'est r√©v√©l√©e plus √©rudite qu'√©mouvante.
 

Basilique Notre-Dame, Beaune
Le 13/07/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Rinaldo Alessandrini s'est toujours inscrit en faux contre les chefs qui mettent sur le m√™me plan la favola in musica cr√©√©e √† Mantoue en 1607 et les op√©ras v√©nitiens tardifs de Monteverdi en les parant d'un instrumentarium que la fosse des Th√©√Ętres San Cassiano ou San Giovanni e Paolo n'aurait pu contenir. La pratique vient aujourd'hui confirmer la th√©orie, avec cet Orfeo dont la luxuriance rompt avec la r√©alisation asc√©tique de la basse continue que le chef italien d√©fend dans le Couronnement de Popp√©e.

    Comme il l'avait fait en abordant les différents livres de madrigaux, Alessandrini procède donc à une remise à plat en s'interrogeant sur les ressorts rhétoriques d'une oeuvre qui marque, après les premiers essais d'Emilio de' Cavalieri, Jacopo Peri, et Giulio Caccini, suivant les préceptes édictés par la Camerata Bardi, l'aboutissement d'une recherche littéraire avant que d'être musicale. Ainsi la Toccata initiale, par son tempo solennel, renoue avec sa fonction de portique protocolaire, tandis que la ritournelle introduisant et ponctuant le prologue de la Musica se pare d'une urgence inhabituelle.

    De m√™me, le bouillonnement de la plupart des pi√®ces instrumentales participe de cette volont√© de marquer les contrastes avec des r√©citatifs d√©taill√©s avec un soin extr√™me, et des choeurs dont l'intelligibilit√© appara√ģt comme le ma√ģtre mot. L'ornementation, que Monteverdi fut le premier √† noter avec pr√©cision, y gagne par cons√©quent en clart√© et en sens.

    Faisant fi du star system o√Ļ certains se sont r√©cemment fourvoy√©s, Alessandrini s'est entour√©, √† l'exception de la Bulgare Alena Dantcheva dans les r√īles de la Messag√®re et de l'Esp√©rance, tenus au disque par Sara Mingardo, de ces voix de terroir √† l'√©mission parfois rugueuse qu'il affectionne, afin de s'assurer une parfaite fluidit√© d'√©locution et un indispensable naturel de la couleur.

    Si les doutes sont permis sur l'alto flageolant de Raffaele Giordano, qui g√Ęche tout ce qu'il chante, la basse fi√®rement terrienne de Marco Scavazza et le t√©nor parfaitement mobile de Gianluca Ferrarini sont de madrigalistes √©m√©rites. Et bien qu'il glisse sur les passaggi et √©touffe les notes les plus hautes, Luca Dordolo poss√®de ce t√©nor √† la fois large et clair requis par Apollon.

    Pour mieux dominer la tessiture périlleusement grave de Charon, Sergio Foresti confère à son chant un tranchant imparable, quand le Pluton d'Antonio Abete s'adoucit à la prière de la Proserpine d'Anna Simboli, infiniment plus concernée, malgré un instrument limité, qu'Alena Dantcheva, dont le chant souvent brumeux demeure extérieur au récit de la Messagère.

    Le baryténor idéal de Furio Zanasi

    Testo du Combat de Tancr√®de et Clorinde actuellement sans rival, Furio Zanasi est id√©alement ce baryt√©nor √† la voix longue, sans cassure, parfois √Ępre, dont la palette couvre √† la fois la clart√© solaire et les abysses infernaux que Monteverdi a voulus pour Ulysse et Orph√©e. Curieusement renfrogn√© dans Rosa del Ciel, il d√©livre un Possente spirto dont les vocalises coulent absolument de source, en mots savamment infl√©chis.

    Il n'en reste pas moins que cet Orfeo suscite davantage l'admiration que l'émotion, à l'instar d'une lecture superbement pensée, fruit d'une réflexion parmi les plus abouties sur la rhétorique monteverdienne, à laquelle fait défaut l'étincelle instinctive d'un Garrido.




    Basilique Notre-Dame, Beaune
    Le 13/07/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de l'Orfeo de Monteverdi sous la direction de Rinaldo Alessandrini au festival de Beaune 2007.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes (1607)
    Livret d'Alessandro Striggio

    Concerto italiano
    direction musicale : Rinaldo Alessandrini

    Avec :
    Monica Piccinini (La Musica, Ninfa), Furio Zanasi (Orfeo), Anna Simboli (Euridice, Proserpina, Ninfa), Alena Dantcheva (Messaggiera, Speranza), Sergio Foresti (Caronte, Pastore, Spirito), Antonio Abete (Plutone, Pastore, Spirito), Luca Dordolo (Apollo, Pastore, Spirito), Gianluca Ferrarini (Pastore, Spirito), Marco Scavazza (Pastore, Spirito), Raffaele Giordani (Pastore).

     



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