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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2019

Version de concert des Noces de Figaro de Mozart sous la direction de Jérémie Rhorer au festival de Beaune 2007.

Beaune 2007 (2) :
Les Noces à la folie


Jérémie Rhorer

J√©r√©mie Rhorer et le Cercle de l'Harmonie avaient fait sensation lors de la pr√©c√©dente √©dition du Festival de Beaune en livrant un Idomeneo d'une urgence th√©√Ętrale irr√©pressible. Mieux qu'attendues, ces Noces de Figaro √©taient donc f√©brilement esp√©r√©es. Et le miracle s'est reproduit, imposant le jeune orchestre parmi les meilleurs d√©fenseurs de Mozart sur instruments anciens.
 

Basilique Notre-Dame, Beaune
Le 13/07/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L'an pass√©, nous d√©couvrions abasourdi un orchestre √† peine sorti de l'enfance, dirig√© par un chef aux faux airs d'adolescent, dans l'opera seria de Mozart qui a donn√© le plus de fil √† retordre aux plus grandes baguettes par son caract√®re √† la fois transitoire et abouti. D'Idomen√©e, le Cercle de l'Harmonie n'a pourtant fait qu'une bouch√©e roborative. Ses Noces de Figaro √©taient donc d'autant plus attendues qu'il se devait de confirmer cet √©tat de gr√Ęce pour s'imposer dans un paysage musical o√Ļ les ensembles jouant ¬Ė bien ¬Ė Mozart sur instruments anciens fleurissent.

    Toutefois, le Cercle de l'Harmonie a sur ses concurrents un avantage de taille, le bras de Jérémie Rhorer. Car le jeune chef, ancien assistant de Marc Minkowski, et aujourd'hui associé à William Christie, est emblématique de cette nouvelle génération qui tourne le dos à l'empirisme des pionniers, contraints de s'inventer une gestique découlant d'une pratique instrumentale ou vocale.

    Un bras donc, qui attise la flamme mozartienne sans jamais fl√©chir, anim√© par un sens √©lectrisant de la progression ¬Ė le Finale du II, si p√©rilleux, est d'une tenue exaltante ¬Ė, et prend des risques qui sont l'expression de la vie m√™me. Jamais il n'ass√®che, fige, syst√©matise comme certain chef anglais qu'il est d√©sormais de bon ton de vouer aux g√©monies, bien au contraire il galbe, respire, et sait suspendre, en avan√ßant toujours.

    Sous l'impulsion de son premier violon Julien Chauvin, l'orchestre est d'une pr√©sence, d'une p√Ęte sonores d√©j√† identifiables, et m√©rite bien d'√™tre sur sc√®ne, tant il relaie ce th√©√Ętre qui s'affole dans des r√©citatifs tr√©pidants. Il est vrai que la distribution, r√©unie pour un concert unique, forme d√©j√† une troupe, qui est la cl√© des Noces ¬Ė une troupe qui, bien qu'in√©gale, joue, y prend plaisir, et o√Ļ certains osent cette fantaisie ornementale longtemps bannie par les gardiens de l'orthodoxie du sacro-saint enfant de Salzbourg.

    Sophie Karthäuser (Susanna)

    La basse claire, de caract√®re de Filippo Morace fait un Bartolo dans la pure tradition bouffe, l√† o√Ļ l'on nous impose le plus souvent des barriques wagn√©riennes en total contre-emploi, qui ne peuvent qu'alourdir leur Vendetta. La Marcelline de Marylin Fallot, rempla√ßant Sophie Pondjiclis au pied lev√©, s'en donne √† coeur joie dans l'¬úillade hypocrite, jamais √† court d'√©clats de voix.

    √Ä force de faire un sort √† chaque mot, le Basilio de Serge Goubioud se r√©v√®le en revanche par trop oublieux du texte musical. Et Valentina Varriale, infiniment trop m√Ľre d√©j√† pour Barbarina, promettrait bien davantage si elle lib√©rait sa voix lumineuse des mani√®res vocales singuli√®res de Roberta Invernizzi, son professeur.

    Comme toujours lorsqu'il est employé dans sa juste tessiture, et non dans ces travestis haendéliens qui le décharnent, le mezzo de Renata Pokupic séduit, mais pas plus qu'en Idamante, il ne frémit, varie, Chérubin d'une adolescence composée, scolaire face à la Comtesse de Malin Byström, qui ne sait trop que faire de moyens assez considérables, embarrassée qu'elle est par une émission épaisse qui brouille les mots et lui rend la demi-teinte laborieuse.

    Victime un rien caricaturale d'un d√©lire parano√Įaque, le Comte d'Andrew Foster-Williams se projette fi√®rement sur tout l'ambitus, mais soudain troubl√© par la vocalise de son air, perd la concentration d'un timbre d√®s lors grisonnant, et ne parvient plus √† se d√©partir d'un fort accent britannique dissimul√© tant bien que mal trois actes durant. Voyelles ensoleill√©es, chaudes, naturelles, le Figaro de Riccardo Novaro ravit au contraire de son baryton parfaitement sain, un rien trop distingu√© peut-√™tre, mais conduit avec panache et imagination.

    Le charme à l'état pur

    Et puis, malgr√© le l√©ger voile que jette sur sa voix de lumi√®re la tessiture de Susanna, d√©cid√©ment bien plus centrale que ce que la ribambelle de sopranos l√©gers qui se la sont appropri√©e tend √† le faire croire, mais dont elle assume les graves avec √©l√©gance, Sophie Karth√§user incarne le charme √† l'√©tat pur. Mieux qu'instrumental, son phras√© est exquis√©ment th√©√Ętral, d'une vari√©t√© et d'une intelligence savoureuses. Surtout, la soprano belge ne c√®de pas √† la tentation de l'air de concert dans un Deh vieni, non tardar d√©licatement orn√© √† frissonner de plaisir.

    Diana Damrau aura donc fort √† faire pour ne pas la faire regretter dans la reprise de ce concert le 20 septembre prochain au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, avec une distribution l√©g√®rement staris√©e.




    Basilique Notre-Dame, Beaune
    Le 13/07/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert des Noces de Figaro de Mozart sous la direction de Jérémie Rhorer au festival de Beaune 2007.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, opera buffa en quatre actes (1786)
    Livret de Lorenzo da Ponte d'après le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

    Choeur Les Eléments
    Le Cercle de l'Harmonie
    direction : Jérémie Rhorer

    Avec :
    Andrew Foster-Williams (Il Conte di Almaviva), Malin Byström (La Contessa di Almaviva), Riccardo Novaro (Figaro), Sophie Karthäuser (Susanna), Renata Pokupic (Cherubino), Marylin Fallot (Marcellina), Filippo Morace (Bartolo / Antonio), Serge Goubioud (Don Basilio / Don Curzio), Valentina Varriale (Barbarina).

     



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