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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2019

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart mise en scène par Jean-Paul Scarpitta et sous la direction d'Hervé Niquet au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon.

Radio France et Montpellier 2007 :
Gris√Ętre Don Giovanni

© Marc Ginot

Nicolas Courjal (Masetto), Henk Neven (Leporello), Franco Pomponi (Don Giovanni) et Isabelle Cals (Donna Elvira).

Don Giovanni comme premier Mozart en fosse n'est pas le moindre des d√©fis. Herv√© Niquet et son Concert Spirituel en ont fait l'exp√©rience pour le moins douloureuse au Festival de Radio France et Montpellier, sans plus de secours dans une distribution insuffisante que dans la mise en sc√®ne fantasmatique mais bien peu th√©√Ętrale de Jean-Paul Scarpitta.
 

Opéra Comédie, Montpellier
Le 20/07/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • D'embl√©e, Jean-Paul Scarpitta annonce la couleur, ou plut√īt l'absence de couleurs : ciel nuageux sur fond gris, son Don Giovanni sera fantasmagorique, parfois fantasmatique, mais d'une th√©√Ętralit√© souvent absente. Car ce sp√©cialiste de la grande fresque d√©clamatoire √† mi-chemin entre myst√®re, trag√©die et oratorio, aborde le jeu de masques absolument XVIIIe de Mozart et Da Ponte en plasticien, sculptant l'obscurit√©, stylisant par ses costumes au plus pr√®s des corps ¬Ė la sexualit√© exacerb√©e de Don Giovanni ¬Ė les contours psychologiques, jusqu'√† √©vacuer, bien qu'il s'en d√©fende, les incessantes juxtapositions entre s√©rieux et bouffe.

    Ainsi, les tableaux qu'il agence sont d'une ind√©niable beaut√© ¬Ė a-t-on jamais vu sc√®ne du cimeti√®re plus suggestive, peupl√©e d'ombres fantomatiques ? ¬Ė, mais cet esth√©tisme constant les fige, les glace, les romantise m√™me, sans √©chapper, particuli√®rement dans la sc√®ne du souper, toute en lustre et sombres reflets, √† la commune ¬ę loungitude ¬Ľ des restaurants √† la mode.

    Ce ne sont plus que visions d'un Don Giovanni attirant les créatures qu'il courtise dans un univers fantasmé à l'extrême, comme projetées dans la lumière de sa séduction physique, hoffmanniennes en somme, et de ce fait peu en phase avec une exécution sur instruments d'époque.

    Rafaella Milanesi (Donna Anna) et Peter Lindroos (le Commandeur) / © Marc Ginot

    D'autant que pour son premier Mozart en fosse, le Concert Spirituel fr√īle plus d'une fois la caricature du genre ¬Ė cordes d'un tranchant gris√Ętre, cuivres en d√©route, et surtout des bois d'une aigreur que l'on croyait abolie depuis l'√©poque pionni√®re, la palme revenant √† des hautbois d√©sesp√©r√©ment d√©braill√©s. √Ä leur d√©charge, Herv√© Niquet peine √† imposer une coh√©rence, tant en mati√®re de tempi que de couleurs, sa direction par √†-coups occasionnant de fr√©quents d√©calages entre la fosse et le plateau, et peut-√™tre plus encore au sein m√™me de l'orchestre. Totalement dilu√© dans l'acoustique peu propice de l'Op√©ra Com√©die, le pianoforte d'une volubilit√© alanguie de S√©bastien d'H√©rin ajoute √† la confusion dans des r√©citatifs sans vie.

    Il est vrai que les chanteurs sont, pour la plupart, dépassés par les exigences de l'oeuvre. Le joli brin de voix d'Anna Kasyan ne sauve pas sa Zerlina de la mièvrerie, qui plus est embourgeoisée par son costume. Voix de Zerlina, mais certainement pas d'Elvira, Isabelle Cals fait l'impasse sur les consonnes dès que l'aigu se profile, laborieux et trémulant, sans que son mezzo de palette bien limitée ne se justifie dans le bas de la tessiture.

    Zerlina peut-√™tre plus naturelle encore que cette derni√®re, Raffaella Milanesi, actrice et musicienne toujours habit√©e, jette toutes ses forces dans la bataille qui ne peut que l'opposer √† Donna Anna. Autant la soprano italienne parvenait √† faire illusion en Elettra d'Idomeneo l'√©t√© dernier au festival de Beaune, autant elle para√ģt ici √† bout de timbre et de tessiture, contrainte √† √©largir son √©mission jusqu'√† l'effilochage, la d√©figuration.

    D'une raideur de plus en plus marquée au fil de l'opéra, Cyril Auvity évite de justesse l'autostrangulation sur les aigus d'Ottavio, ne parvenant jamais à dépasser le stade d'intentions musicales louables, mais entachées de voyelles d'une platitude extrême. Et si les verdeurs de Nicolas Courjal siéent à Masetto, celles de Petri Lindroos atténuent quelque peu l'autorité d'un Commandeur pourtant tonnant.

    Le sex-appeal vocal de Franco Pomponi

    D'une projection limit√©e, le Leporello d'Henk Neven s'effacerait √† force de grise mine s'il n'√©tait constamment en froid avec la mesure. Seul Franco Pomponi d√©ploie le sex-appeal vocal ¬Ė jusqu'√† suspendre sur un fil les deux strophes de sa s√©r√©nade ¬Ė, et sans doute plus encore physique, qui convient √† Don Giovanni, mais la m√©diocrit√© de l'entourage ne l'incite ni √† assouplir, ni √† √©claircir un instrument qui tend √† se comprimer dans la gorge.

    Avant la reprise de cette production en avril prochain, Jean-Paul Scarpitta et Herv√© Niquet, artistes en r√©sidence, ouvriront la saison 2007-2008 de l'Op√©ra national de Montpellier avec la Fl√Ľte enchant√©e : il ne reste qu'√† souhaiter que l'ultime op√©ra de Mozart et la pr√©sence en fosse de l'Orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon seront plus propices √† la rencontre de leurs talents.




    Opéra Comédie, Montpellier
    Le 20/07/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart mise en scène par Jean-Paul Scarpitta et sous la direction d'Hervé Niquet au festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte

    Choeurs de l'Opéra national de Montpellier
    Orchestre du Concert Spirituel en résidence à Montpellier
    direction : Hervé Niquet
    conception et mise en scène : Jean-Paul Scarpitta
    éclairages : Urs Schönebaum

    Avec :
    Franco Pomponi (Don Giovanni), Petri Lindroos (Il Commentadore), Raffaella Milanesi (Donna Anna), Cyril Auvity (Don Ottavio), Isabelle Cals (Donna Elvira), Henk Neven (Leporello), Nicolas Courjal (Masetto), Anna Kasyan (Zerlina).

     



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