altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Nouvelle production des Ma√ģtres chanteurs de Wagner mise en sc√®ne par Katharina Wagner et sous la direction de Sebastian Weigle au festival de Bayreuth 2007.

Bayreuth 2007 (6) :
Le prix de l'irrévérence

© Bayreuther Festspiele GmbH / Jochen Quast

Ambiance √©lectrique sur la Colline √† l'issue des Ma√ģtres Chanteurs de Katharina Wagner, possible h√©riti√®re des lieux dont la lecture d√©capante, tout en irr√©v√©rence, d√©clenche une petite bataille d'Hernani, entre bravi fr√©n√©tiques et bronca. Hu√©es aussi pour le chef, Eva et Sachs. D√©cid√©ment, √† Bayreuth, on ne badine pas avec les Ma√ģtres.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 16/08/2007
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Demi-fresque

  • Carnage light

  • Construire un toit

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Si dans la plupart des salles d'op√©ra, on applaudit aujourd'hui poliment, les passions savent encore se d√©cha√ģner √† Bayreuth, o√Ļ la nouvelle mise en sc√®ne des Ma√ģtres chanteurs, confi√©e √† Katharina Wagner, fille cadette de Wolfgang, a d√©clench√© une bataille rang√©e dans une salle survolt√©e, entre bronca impitoyable et ovation √† tout rompre.

    Pour Katharina, qui a de surcro√ģt l'outrecuidance, √† tout juste 29 ans, de se pr√©senter aux saluts avant le chef avec un sourire intarissable, c'√©tait le prix de l'irr√©v√©rence √† payer. √Ä l'heure o√Ļ son p√®re, bient√īt √Ęg√© de 88 ans, songe fortement √† installer sa petite derni√®re sur son fauteuil, l'arri√®re-petite-fille de Richard Wagner, √† l'occasion d'un v√©ritable bapt√™me du feu, a fortement bouscul√© la paisible tradition des Meistersinger.

    © Enrico Nawarth

    Au-delà d'une indéniable dimension provocatrice, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la sympathie pour cette manière de questionner l'ouvrage, de le secouer de quarante années de torpeur et de certitudes. Surtout, si la mise en scène dans son ensemble avait été du niveau du premier acte, on aurait sans doute tenu une production phare.

    Car le I offre les plus belles promesses, avec son Eva et sa Lene en soeurs jumelles de com√©die musicale, d√©lur√©es et fofolles ; son Walther infiniment artiste, cheveux mi-longs, chemise ouverte et lunettes noires sur la t√™te, sortant de la queue d'un piano dont il jouera jusqu'√† en d√©crocher le clavier ; ses apprentis fa√ßon petits √©coliers clon√©s, fanatiques du protocole ; son Sachs pieds nus ‚Äď un comble pour un cordonnier ‚Äď excentrique et d√©contract√©, barb√© par la rigidit√© de la Guilde ; sa pr√©sentation des r√®gles de la tablature sur r√©troprojecteur ; son examen de chant jou√© en une √©preuve de puzzle que Walther assemblera forc√©ment √† l'envers.

    © Bayreuther Festspiele GmbH / Jochen Quast

    Une direction d'acteurs impertinente, une pertinente occupation de l'espace sc√©nique font qu'on attend la suite avec d'autant plus d'impatience. Las, hormis l'ardeur de la relation entre Eva et Sachs, soulign√©e par la m√©taphore √©jaculatoire d'un immense jet de champagne, le II, √©trangement statique, ne propose rien de neuf, virant m√™me √† la modernit√© trash et intello du Regietheater dans une √©meute finale sans rythme, o√Ļ l'on se contente de se balancer des seaux de peinture √† la figure.

    Apr√®s une premi√®re moiti√© de III bien men√©e mais bien sage, la Festwiese part en tous sens, parfois dans l'esprit du sabotage, avec chor√©graphies salaces, autodaf√© et immolation des ic√īnes-statues de la culture germanique. Walther se voit remettre un ch√®que de la N√ľrnberger Bank pour sa victoire, devant les sautillements d'une Eva surexcit√©e par l'app√Ęt du gain, puis le dernier monologue de Sachs prend des allures de veill√©e fun√®bre. Pl√©thore d'id√©es et de trouvailles ; mais sans doute trop d'effets gratuits, de directions diff√©rentes, et au final un manque total de structuration.

    Une exécution musicale indigne de Bayreuth

    L'autre effronterie de la soir√©e, tout aussi s√©v√®rement sanctionn√©e par le public, est une ex√©cution musicale tout √† fait indigne de Bayreuth. Fausse √† hurler dans le quintette, l'Eva d'Amanda Mace n'est que sons pinc√©s, aigus droits et durs. Elle ne s'attardera gu√®re aux saluts devant les hu√©es qui l'attendent, tout comme le Sachs pl√©b√©ien de Franz Hawlata, pourtant si r√©ussi sc√©niquement, qui conna√ģt un v√©ritable naufrage : voix de basse d'op√©rette, truculente, aux aigus escamot√©s, baron Ochs √©chou√© en Franconie, qui arrive √† la fin de Wahn avec un vilain couac sur le Johannistag pianissimo, qui aboie un dernier monologue maltrait√© comme rarement.

    Qu'importent alors un honorable David, un Pogner qui assure les notes sinon une quelconque fibre paternelle, un Kothner √† la vocalise plut√īt en place, car le seul salut viendra du Walther belcantiste de Klaus Florian Vogt, d'une lumi√®re parfois trop immat√©rielle mais d'une remarquable qualit√© de ligne. M√™me le Beckmesser de Michael Volle fait les frais de son entourage, artiste intelligent, grande voix mais trop sombre, de d√©clamation comme de timbre pas assez percutants, et sans la aigu.

    La faute en incombe aussi √† la direction de Sebastian Weigle, qui en d√©pit de quelques sporadiques √©nergies, manque de nuances et aligne les impr√©cisions et les tunnels, notamment dans des sc√®nes de foule copieusement plomb√©es ‚Äď une fin de II en d√©confiture, tout en d√©calages et en mollesse ; une Festwiese dont la grisaille contaminera jusqu'√† des chŇďurs parfois poussifs. Non, d√©cid√©ment, c'√©tait trop d'irr√©v√©rence pour les nouveaux Ma√ģtres chanteurs de Bayreuth !




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 16/08/2007
    Yannick MILLON

    Nouvelle production des Ma√ģtres chanteurs de Wagner mise en sc√®ne par Katharina Wagner et sous la direction de Sebastian Weigle au festival de Bayreuth 2007.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von N√ľrnberg, com√©die en trois actes (1868)
    Livret du compositeur

    Chor und Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Sebastian Weigle
    mise en scène : Katharina Wagner
    décors : Tilo Steffens
    costumes : Michaela Barth
    √©clairages : Andreas Gr√ľter
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Franz Hawlata (Hans Sachs), Artur Korn (Veit Pogner), Charles Reid (Kunz Vogelgesang), Rainer Zaun (Konrad Nachtigall), Michael Volle (Sixtus Beckmesser), Markus Eiche (Fritz Kothner), Edward Randall (Balthasar Zorn), Hans-J√ľrgen Lazar (Ulrich Eisslinger), Stefan Heibach (Augustin Moser), Martin Snell (Hermann Ortel), Andreas Macco (Hans Schwarz), Di√≥genes Randes (Hans Foltz), Klaus Florian Vogt (Walther von Stolzing), Norbert Ernst (David), Amande Mace (Eva), Carola Gruber (Magdalene), Friedemann R√∂hlig (Ein Nachtw√§chter).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com