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CRITIQUES DE CONCERTS 05 juillet 2020

Liederabend du baryton Thomas Quasthoff accompagné au piano par Justus Zeyen au festival de Salzbourg 2007.

Salzbourg 2007 (4) :
Le gardien du temple

√Čblouissant r√©cital de Thomas Quasthoff et Justus Zeyen au festival de Salzbourg, sous le signe de l'√©l√©gance. Servant √† merveille un programme passionnant et parfois tr√®s noir, le baryton confirme quel immense Lieders√§nger il est, sans jamais c√©der aux sir√®nes de la facilit√© et de l'accrocheur. Un mod√®le de probit√© et une le√ßon de style.
 

Haus f√ľr Mozart, Salzburg
Le 19/08/2007
Thomas COUBRONNE
 



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  • Ce n'est pas nouveau, √† Salzbourg fleurissent les paradoxes les plus inextricables entre excellence artistique et mondanit√©s creuses. Rien de surprenant donc √† ce que Thomas Quasthoff ait d√Ľ demander de vive voix au public de contenir sa fi√®vre applaudisseuse entre les pi√®ces d'un m√™me cycle : les acclamations sans doute bien intentionn√©es mais prodigu√©es √† deux reprises au milieu des Chants et danses de la mort exigeaient sans doute une consigne expresse.

    Mais Salzbourg est aussi la ville de Deutsche Grammophon, le temple d'Anna Netrebko et Rolando Villaz√≥n, et le berceau de ces CD Abba avec Anne-Sofie von Otter, Dowland avec Sting, dont on nous rebat les oreilles. Andreas Scholl n'y a pas √©chapp√© √† pr√©sent qu'il ¬ę goes pop ¬Ľ, ni celui qui nous int√©resse, Quasthoff, qui a enregistr√© un Jazz album pour le label jaune. On avait donc au coeur la crainte secr√®te qu'un programme de Liederabend subtil et √©quilibr√© ne soit sacrifi√© en bis sur l'autel de la promotion et de la vulgarisation.

    Assumons notre position à ce sujet : ce peut être l'esprit du temps, un phénomène lié au marché, ou une tentative de ramener les jeunes dans le giron de la musique classique, mais ce racolage par le bas nous semble dangereux et ridicule. Les artistes qui se compromettent dans le crossover ne nous paraissent pas gagner en crédibilité, pas plus qu'un auditeur enthousiaste de Mexico par Alagna n'endurera une écoute des Ariettes oubliées.

    ¬© Salzburger Festspiele Pressb√ľro

    Passons. Quasthoff √©tant de toute √©vidence un musicien intelligent, il a le bon go√Ľt de se tenir √† la plus stricte √©l√©gance, en proposant trois bis en totale continuit√© : Freisinn de Schumann, Die Forelle, et Ungeduld tir√© de la Belle Meuni√®re. Pour le reste, le programme ne manque pas de solennit√©, notamment avec les Moussorgski chant√©es en allemand, dans une traduction diff√©rente de celle du livret distribu√© √† l'entr√©e, mais avec une diction id√©ale rendant tout √† fait inutile le recours √† ce dernier, et le trop rare Belsatzar de Schumann.

    Seule ombre au tableau, le jeu toujours retenu de Justus Zeyen, qui certes ne couvre jamais le chanteur, mais dont le refus d'aucun vrai forte, d'aucun accent nerveux, sabote la finesse du toucher dans les nuances douces. Pour le reste, l'interpr√©tation est du plus haut niveau, bien sup√©rieure √† l'ordinaire de ce qu'on entend √† notre √©poque dans un r√©pertoire o√Ļ se fourvoient tant d'interpr√®tes sans imagination ou d√©pourvus de couleurs.

    Un merveilleux narrateur

    Diction limpide, d√©clamation prodigieusement vari√©e, du proph√©tique visionnaire √† la m√©lancolie la plus intime, en passant par le grima√ßant, le r√™veur, l'apais√©, le na√Įf, Quasthoff est un merveilleux narrateur. Avec un grave noir et terrible, un m√©dium humain √† l'extr√™me, un aigu mixte plaintif et une pleine voix dramatique, il restitue en un style impeccable jamais en manque d'inspiration la ferveur modeste de Schubert, la d√©solation angoissante de Moussorgski, l'arabesque ironique de Schumann et Heine.

    Le lyrisme et la caract√©risation du baryton culminent dans Der Feldherr, derni√®re pi√®ce de ce cycle dans le sillage d'Erlk√∂nig que sont les Chants et danses de la mort, tandis qu'il trouve dans Der arme Peter le parfait √©quilibre de d√©sespoir teint√© d'ironie, avant de d√©ployer dans Berg' und Burgen schaun herunter ¬Ė Liederkreis ¬Ė la plus d√©licate ligne de chant et la contemplation la plus habit√©e. Du grand art.




    Haus f√ľr Mozart, Salzburg
    Le 19/08/2007
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend du baryton Thomas Quasthoff accompagné au piano par Justus Zeyen au festival de Salzbourg 2007.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Der Sänger, D. 149
    Auf dem See, D. 543
    Der Wanderer an den Mond, D. 870
    An Schwager Kronos, D. 369

    Modest Moussorgski (1839-1881)
    Lieder und Tänze des Todes

    Robert Schumann (1810-1856)
    Der arme Peter, op. 53 n¬į 3
    Belsatzar, op. 57
    Liederkreis, op. 24

    Thomas Quasthoff, baryton-basse
    Justus Zeyen, piano

     


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