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CRITIQUES DE CONCERTS 22 aoűt 2019

Liederabend du baryton Christian Gerhaher accompagné au piano par Gerold Huber au festival de Salzbourg 2007.

Salzbourg 2007 (7) :
Eusébius et Thanatos

© Alexander Basta / Sony BMG

Parmi les modifications tardives de Salzbourg 2007, un récital de Christian Gerhaher aura remplacé celui d'une Patricia Petibon empêchée pour cause de maternité. Loin de l'univers fantasque de la Française que devait relayer la mise en espace d'Olivier Py, un programme Schumann d'une introspection grave servi par des interprètes habités et on ne peut plus sobres.
 

Mozarteum, Salzburg
Le 22/08/2007
Thomas COUBRONNE
 



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  • Christian Gerhaher fait en France une carrière encore un peu confidentielle, malgrĂ© ses enregistrements Schubert chez sony BMG, plutĂ´t bien accueillis par la critique. Certes, le baryton studieux et introverti n'a pas tout Ă  fait le profil de sa gĂ©nĂ©ration, et le choix de ce rĂ©cital Schumann pour remplacer Patricia Petibon est pour le moins surprenant. N'importe, pour nous qui avions entendu Quasthoff en Liederabend deux jours plus tĂ´t, avec notamment le Liederkreis de Heine, c'est une aubaine d'Ă©couter ce soir le second Liederkreis par un spĂ©cialiste du genre.

    Ce qui frappe d'emblée, c'est la littéralité du chant, syllabique, déclamé avec science, nourri d'un timbre caméléon, tantôt éthéré, tantôt rugissant. Bien sûr, la voix est assez hétérogène, le médium rappelant tour à tour un Fischer-Dieskau ou un Pregardien, le grave discutable faisant planer un doute sur la véritable tessiture de Gerhaher, l'aigu soit dans une demi-teinte très claire, soit brusquement couvert et un peu athlétique. On regrettera aussi une inexplicable inexactitude des i et des u au milieu d'autres voyelles généralement limpides. Et puis le piano de Gerold Huber n'est pas un modèle de transparence, ici brouillon, là mielleux, bruyant mais peu porteur.

    Pourtant, l'interprétation fait mouche dès les méconnus Andersen-Lieder, univers morbide d'une apparente et grinçante naïveté, qui rappellent – hasard de calendrier – les Moussorgski entendus avec Quasthoff. Le chant fantomatique du baryton s'y déploie à merveille avec une grande intelligence et des sous-entendus à faire frémir. Puis le Liederkreis d'Eichendorff déroule ses longues stances hallucinatoires dans un climat sinistre dessiné par un piano étouffant et une ligne de chant spectrale. Fantastique, inspiré, visionnaire, on peut adhérer à ce Schumann de ténèbres. Mais on manque ici ou là d'un peu de joie, d'innocence, de légèreté. Même dans ces pages empreintes de noirceur, il faut trouver davantage d'ironie et de fraîcheur.

    © Alexander Basta / Sony BMG

    On n'en fera pas le reproche à Gerhaher qui assure déjà avec une probité et une musicalité rares ses partis pris dans une musique effectivement crépusculaire et angoissante ; mais nous émettrons cette réserve sur son art en général, tel qu'il nous paraîtra encore en deuxième partie, dans des Reinick-Lieder manquant de sensualité, trois Gesänge des Harfners à notre sens pas assez gourmands de vie, trois Lieder de désolation toujours un peu mornes, et jusque dans deux bis d'une légèreté manifeste bien qu'illusoire – Aus alten Märchen tiré des Dichterliebe, et Die Sennin – trop uniment plombés par le désespoir.

    Qu'on ne se méprenne pas : ce n'est pas la monotonie qui nous rebute, ou le choix d'un programme trop noir, ni la décision de l'interpréter dans ce ton glacial. Simplement, pour que le rêve s'évanouisse avec efficacité, il faut qu'on y ait cru. La dialectique de Schumann repose sur cette alternance entre l'enthousiasme le plus aveugle et la désillusion cruelle. Eusébius et Florestan, certes, mais aussi Éros et Thanatos. Avec Gerhaher, et c'est flagrant dans l'extrait de Dichterliebe ou dans les Liederkreis, le rêve est d'emblée triste, et le lever du jour n'a finalement rien à balayer dans l'esprit du narrateur assoupi. Thanatos a gagné la guerre bien avant la bataille.

    Il n'en reste pas moins de très grandes qualités musicales et littéraires, et une compréhension intime des enjeux de cette musique et de cette poésie, ce qui est déjà beaucoup. Ne soyons donc pas plus royalistes que le Roi, et reconnaissons qu'on évolue ici dans de très hautes sphères musicales, et que le grand artiste qu'est déjà Christian Gerhaher ne peut que se bonifier. Puisse-t-il trouver un peu de joie et des couleurs plus confiantes, il sera à n'en pas douter l'un des Liedersänger les plus exceptionnels de sa génération.




    Mozarteum, Salzburg
    Le 22/08/2007
    Thomas COUBRONNE

    Liederabend du baryton Christian Gerhaher accompagné au piano par Gerold Huber au festival de Salzbourg 2007.
    Robert Schumann (1810-1856)
    FĂĽnf Andersen-Lieder, op. 40
    Liederkreis, op. 39
    Sechs Gedichte aus Robert Reinicks Lieder eines Malers, op. 36
    Drei Gesänge des Harfners, op. 98
    Melancholie, op. 74 n° 6
    Tief im Herzen trag' ich Pein, op. 138 n° 2
    Der Einsiedler, op. 83 n° 3

    Christian Gerhaher, baryton
    Gerold Huber, piano

     


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