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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2019

Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Claus Guth, sous la direction de Daniel Harding au festival de Salzbourg 2007.

Salzbourg 2007 (8) :
Noces automnales

© Monika Rittershaus

Martina Janková (Chérubin) et Uli Kirsch (Cherubim)

Pauvre en opéras de Mozart après une édition 2006 entièrement consacrée à l'enfant du pays, le festival de Salzbourg propose toutefois une reprise des Noces de Claus Guth. Si la partie musicale, confiée à Daniel Harding, est passablement renouvelée, la mise en scène virtuose et inspirée s'impose comme une lecture brillante et d'une rare pertinence.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 24/08/2007
Thomas COUBRONNE
 



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  • Après un projet Mozart 22 qui frisait l'indigestion, Salzbourg ne prĂ©sente cet Ă©tĂ© que deux reprises mozartiennes, le Schauspieldirektor–Bastien und Bastienne du théâtre de marionnettes, avec une distribution fĂ©minine bien supĂ©rieure Ă  celle livrĂ©e Ă  la postĂ©ritĂ© par le DVD de 2006, et les fameuses Noces de Figaro de Claus Guth, dont on a beaucoup dit la dĂ©sillusion, la tristesse, l'amertume.

    Ce qui nous frappe est pourtant bien plus qu'elles sont foisonnantes. On aura rarement assisté à un spectacle aussi complet, aussi riche d'idées, d'éclairages, d'hésitations. Et si le résultat final paraît en effet bien maussade, c'est qu'il est nourri des balancements des personnages entre leurs désirs contradictoires.

    L'Amour-Cherubim mène la danse ou s'y essaie, et de sa géométrie compliquée émerge un réseau de rapports de force, de jalousie, de tentations surtout. Suzanne est tentée par le Comte, la Comtesse cède à Chérubin, et l'on ne sait plus qui sont les gentils dans l'histoire. Le tout dans une scénographie magnifique, mélancolique et émaillée de références ou de symboles – l'escalier de la maison bourgeoise et sa psychanalyse, le trompe-l'œil paradoxal du IV, les corbeaux du II qui font penser comme jamais que la chasse prétextée par le Comte et Basilio sera chez Wagner celle ourdie par Marke et Melot.

    Il serait impossible d'Ă©numĂ©rer les trouvailles qui nourrissent la construction des personnages : la Comtesse partagĂ©e entre sa rancoeur contre le Comte, sa jalousie contre Suzanne, son amour encore violent, se livrant avec son Ă©poux Ă  un violent « je t'aime moi non plus Â» Ă  peine sortie des baisers de ChĂ©rubin qu'elle initie avec sa camĂ©riste Ă  la sensualitĂ© dans une scène Ă©rotique et triste Ă  pleurer ; le Comte dĂ©pressif, vulnĂ©rable, bon au fond, juste blessĂ© par les traits aveugles de l'Amour ; ChĂ©rubin innocent, vierge, finalement assassinĂ© par Éros d'un geste tendre.

    © Monika Ritthershaus

    Malgré quelques inégalités – un Antonio notamment pas très réussi – le spectacle culmine dans un deuxième acte éblouissant, dans une marche nuptiale confiée aux effrayants déchirements du Comte et de la Comtesse, et dans les scènes miraculeuses dont est parsemée la production – l'air en apesanteur de Suzanne, l'Amour conduisant la ronde folle du Finale du II.

    Le plateau est très différent de celui de la première. Si la Comtesse demeure une Dorothea Röschmann névrosée, tragédienne et pathétique, toujours d'émission incertaine mais balayant les critiques par l'épaisseur de son personnage, le Comte de Gerald Finley est idéal vocalement, de timbre naturel et épanoui, et incarne avec une hystérie plus intériorisée que naguère Bo Skovhus un homme rongé par le doute et le désir.

    La Suzanne de Diana Damrau paraît terne après le soprano léger amélioré d'Anna Netrebko, médium ténu, pas toujours très juste, et incarnation plus soubrette, avec moins de chien. Luca Pisaroni est un Figaro royal, de tenue et d'allure, peut-être plus rigide qu'Ildebrando D'Arcangelo, qui tient tout naturellement tête à son maître de tout l'aplomb d'une autorité spontanée. Et le Chérubin de Martina Janková brille d'une jeunesse à peine adolescente, d'un timbre délicieux et frémissant, d'une innocence angoissée très touchante.

    Reste la direction de Daniel Harding, analytique et dégraissée mais plus légère, plus rapide, plus lisse aussi que celle d'Harnoncourt – et sans les airs de Basilio et Marcelline au IV. La mélancolie du spectacle paraît ainsi plus douce, moins acerbe, moins grinçante, et les sonorités tantôt délicates, tantôt volubiles, parfois inouïes – les accords scandés aux cors sur la dernière réplique de Suzanne au II avant l'arrivée de Figaro –, toujours ciselées du Philharmonique de Vienne nimbent d'un attendrissement rêveur un des spectacles les plus aboutis qu'il nous ait été donné de voir. Gageons que le brillant metteur en scène allemand saura faire aussi bien dans le Don Giovanni prévu en ouverture de Salzbourg 2008.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 24/08/2007
    Thomas COUBRONNE

    Reprise des Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Claus Guth, sous la direction de Daniel Harding au festival de Salzbourg 2007.
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    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Daniel Harding
    mise en scène : Claus Guth
    décors et costumes : Christian Schmidt
    Ă©clairages : Olaf Winter
    préparation des choeurs : Thomas Lang

    Avec :
    Gerald Finley (Il Conte Almaviva), Dorothea Röschmann (la Contessa Almaviva), Diana Damrau (Susanna), Luca Pisaroni (Figaro), Martina Janková (Cherubino), Marie McLaughlin (Marcellina), Franz-Josef Selig (Bartolo), Patrick Henkens (Basilio), Olivier Ringelhahn (Don Curzio), Eva Liebau (Barbarina), Gabor Bretz (Antonio), Uli Kirsch (Cherubim).

     



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