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CRITIQUES DE CONCERTS 07 juillet 2020

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Nikolaus Harnoncourt au festival de Salzbourg 2007.

Salzbourg 2007 (9) :
Chemins de croix

© Marco Borgreve / Sony BMG

Chaque apparition du v√©t√©ran du baroque Nikolaus Harnoncourt √† la t√™te des Wiener Philharmoniker est attendue comme un √©v√©nement, avec l'esp√©rance d'une nouvelle remise en cause. Centr√© sur une 7e symphonie de Bruckner d√©j√† abord√©e il y a huit ans, ce concert salzbourgeois d√©volu aussi √† Schubert appara√ģt comme une succession de chemins de croix.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 25/08/2007
Yannick MILLON
 



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  • Toujours surprenant, parfois r√©volutionnaire, souvent d√©rangeant, Nikolaus Harnoncourt demeure fid√®le √† lui-m√™me malgr√© les ans. L'alchimie de ce perp√©tuel questionneur de la tradition avec les Wiener Philharmoniker fait de chacune de ses apparitions dans la capitale autrichienne ou √† Salzbourg un √©v√©nement incontournable. D'autant que ses interpr√©tations connaissent parfois des revirements inattendus entre deux ex√©cutions rapproch√©es.

    Ainsi, la 5e symphonie de Bruckner donnée et enregistrée à Vienne en juin 2004 et celle du festival de Salzbourg 2005 ont-elles arboré des visages sensiblement différents. On pouvait donc en espérer autant pour la 7e symphonie, gravée au disque il y a huit ans.

    D√©cid√©ment impr√©visible, Harnoncourt se sera tenu cette fois √† sa r√©volution d'une petite d√©cennie en arri√®re, avec une impressionnante similitude de tempi et d'accents. On conna√ģt cette 7e, d√©graiss√©e √† l'extr√™me, d√©romantis√©e au possible, qui para√ģtrait m√™me pour cette reprise plus aust√®re encore ¬Ė la mani√®re impitoyablement abrupte de couper, d'√©touffer toute r√©sonance √† la fin des mouvements rapides ; l'absence de toute percussion au sommet du mouvement lent, priv√© de son coup de cymbale mais aussi des traditionnels roulements de timbales.

    Les deux premiers mouvements, notamment, bousculeront toujours autant les amateurs d'un Bruckner de cath√©drale par leur mobilit√©, leur avanc√©e, leurs ruptures de ton, leur travail sur les masses, sur une sensation all√©g√©e du choral. Ce Bruckner p√©nitent, le ventre vide, sans l'ombre d'un sourire, tout entier tourn√© vers l'essentielle rigueur de la foi catholique, en ferait presque oublier l'hommage wagn√©rien ¬Ė la pr√©sence t√©nue de tuben certainement pas emphatiques.

    Recadrage salutaire

    Si cette conception occultant tout lyrisme peut s'av√©rer frustrante jusqu'√† mi-symphonie, elle offre du moins un recadrage salutaire de l'ensemble de l'oeuvre gr√Ęce √† une tension jamais rel√Ęch√©e dans ses deux derniers mouvements, entre un Scherzo lapidaire et obsessionnel et un Finale prestissime, sur le fil du rasoir, tout en cassures, aiguis√© jusqu'√† en magnifier le langage disloqu√©. Ce n'√©tait sans doute pas le plus mauvais service √† rendre √† une partition trop souvent trait√©e comme un diptyque initial superbement inspir√© suivi de deux mouvements sans √Ęme. Une conception au b√©n√©fice du tout, qui exige forc√©ment des concessions dans le d√©tail.

    Si Harnoncourt a tendance √† schubertiser Bruckner, il se plait aussi √† bruckn√©riser Schubert, comme en t√©moignait en fin de premi√®re partie un Chant des esprits sur les eaux d'une rare lenteur, d√©cant√©, faisant un sort √† chaque note, √† chaque syllabe, servi par les voix masculines d'un Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor magnifiquement lisible et √©quilibr√©. D'une orchestration limit√©e aux seules cordes ¬Ė et encore sans violons ¬Ė, le chef autrichien exalte l'√©tranget√©, les frottements harmoniques et l'inqui√©tante pulsation des contrebasses.

    Du grand art, à l'image de l'offertoire Intende voci qui ouvrait le concert, comptant parmi les derniers ouvrages achevés du compositeur en 1828, d'une sérénité absolue, seul moment un peu en marge des chemins de croix d'un programme superbement construit, avec ses délicates volutes de hautbois mêlées au ténor d'oratorio idéal de Michael Schade.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 25/08/2007
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Nikolaus Harnoncourt au festival de Salzbourg 2007.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Intende voci, offertoire D. 963
    Michael Schade, ténor
    Gesang der Geister √ľber den Wassern, D. 714
    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    pr√©paration : Andreas Sch√ľller

    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n¬į 7 en mi majeur

    Wiener Philharmoniker
    direction : Nikolaus Harnoncourt

     


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