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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Récital Haendel de Ian Bostridge accompagné par l'Orchestre de l'Âge des Lumières au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un Haendel tortueux
© Steve Pyke / New Yorker

Résumé du récital paru chez EMI, le programme Haendel présenté par Ian Bostridge au Théâtre des Champs-Élysées n'aura fait qu'amplifier la déception causée par cette rare incursion du ténor anglais chez un compositeur pour lequel on le croyait prédestiné, mais dont il n'a su saisir les ? trop simples ? ? beautés.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 12/09/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • S'agissant du plus incontournable héritier d'une lignée de ténors anglais pour laquelle Haendel constitue, plus qu'un passage obligé, la base même du répertoire, la rare incursion de Ian Bostridge dans des airs d'opéra et d'oratorio du caro Sassone ne pouvait susciter que de vives espérances. Trop sans doute, puisque le concert présenté au Théâtre des Champs-Élysées, succinct reflet du récital Great Handel paru chez EMI, nous a laissé sur notre faim.

    Programme court donc, et alignant sans originalité greatest hits du Messie, de Sémélé, Jephtha et Acis et Galatée pour ce qui est de l'oratorio, et le fameux Scherza infida d'Ariodante en guise d'incursion lyrique, entrecoupés d'autant de pièces instrumentales mettant en valeur les qualités individuelles et l'écoute collective d'un Orchestra of the Age of Enlightenment élégant mais sans fantaisie tour à tour dirigé du clavecin par Steven Devine et du violon par Matthew Truscott.

    D'autant que Bostridge y fait immanquablement du Bostridge : phrasés étudiés au millimètre, dynamiques infinies de clairs-obscurs invariablement composés, diction idiomatique, et cette tendance irrépressible à appliquer une couleur, une émission différentes à chaque son, à chaque mot. Dans Britten, voire les derniers Schubert, ou le récit des Évangélistes des Passions de Bach, ce chant au scalpel peut fasciner. Dans Haendel, cette quête du sens caché leste la ligne d'intentions qui plus d'une fois l'empêchent de prendre son envol.

    Le récitatif accompagné qui précède le premier air du Messie, invitation à aplanir la voie du Seigneur, se pare de couleurs certes inouïes, mais où se devinent prématurément les ombres écorchées de la Passion. Quant à l'air Ev'ry Valley, le ténor anglais peine à y trouver la juste fluidité de vocalises qui plus est fragiles d'intonation.

    De même, l'amoureux transi que se doit d'être Jupiter face à Sémélé, tout de séduction éthérée dans Where'er you walk, semble déjà porter la conscience de la trahison qui le conduira à révéler la fatalité de son essence divine. Admirablement suspendue en apesanteur dans le da capo, la ligne n'en cesse pas moins de s'éplorer, se refusant à laisser s'épanouir l'enjôleuse lueur d'un sourire.

    Harassé par la culpabilité, le poids du sacrifice infanticide qu'il s'apprête à commettre, Jephtha convient évidemment mieux au tempérament de Bostridge, particulièrement dans un récitatif qui met en valeur les teintes sombres d'une voix tortueuse, dont l'hypnotique singularité naît notamment de cette capacité à passer d'aigus de haute-contre à des graves barytonnants. L'air Waft her angels pêche pourtant par de soudaines précipitations, et des aigus curieusement appuyés, alors qu'ils devraient célestement couronner d'impalpables montées pétries de foi.

    Tessiture peu confortable

    Dès avant qu'il ne le chante, le choix de Scherza infida nous laissait dubitatif. Le rôle-titre d'Ariodante a en effet été composé pour le castrat, alors mezzo-soprano, Giovanni Carestini, et de ce fait, la transposition à l'octave inférieure cantonne le ténor dans une tessiture barytonnante peu confortable, bridant assurément l'expressivité.

    De plus, Haendel fut parmi les meilleurs défenseurs d'une voix en son temps occultée par les sopranos et les castrats, et pour laquelle il écrivit des pages d'un dramatisme inouï encore trop peu fréquentées aujourd'hui, sinon noyées dans des intégrales où elles sont le plus souvent confiées à des interprètes sans envergure. Si aucun de ces airs ne figure au programme du concert, Bostridge n'a pas non plus pris le risque d'en graver ne serait-ce qu'un, se contentant de superposer Dopo notte et le célébrissime Ombra mai fu de Serse à Scherza infida.

    En plus d'être peu convaincante, cette appropriation se révèle néfaste à une voix qui ne cessera de se dérober dans le vaillant Love sounds the alarm d'Acis, avant de retrouver une certaine assise dans le plus élégiaque Love in her eyes sits playing, aux tenues néanmoins instables et décolorées.

    Au terme d'un concert menacé par la monotonie, Ian Bostridge n'aura donc fait oublier ni ses glorieux aînés, Anthony Rolfe Johnson en tête, ni ses contemporains, au premier rang desquels Mark Padmore, qui signait il y a quelques mois chez Harmonia Mundi un récital au programme mieux conçu, et interprété avec une toute autre sincérité.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 12/09/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Récital Haendel de Ian Bostridge accompagné par l'Orchestre de l'Âge des Lumières au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Ouverture et extrait Comfort ye (Le Messie)
    Concerto grosso op. 6 n° 5
    Where'er you walk (Semele)
    Waft her angels (Jephtha)
    Concerto grosso n° 7 « Alexander's feast »
    Ouverture, Scherza infida et musique de ballet de l'acte II (Ariodante)
    Love sounds the alarm (Acis and Galatea)

    Ian Bostridge, ténor
    Orchestra of the Age of Enlightenment
    direction : Steven Devine, Matthew Truscott

     


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