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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Reprise de la Traviata de Verdi mise en scène par Christoph Marthaler, sous la direction de Daniel Oren à l'Opéra de Paris.

Éros et Thanatos
© Sébastien Mathé

Christine Schäfer (Violetta)

Diversement appréciée la saison dernière, la Traviata de Christoph Marthaler reprise à Garnier résonne avec d'autant plus d'acuité que la direction de Daniel Oren, plus traditionnelle que celle de Sylvain Cambreling, s'écarte de cette vision théâtrale iconoclaste, servie avec bonheur par un plateau dont se détache la Violetta émouvante de Christine Schäfer.
 

Palais Garnier, Paris
Le 15/10/2007
Michel LE NAOUR
 



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  • Nul ne peut contester à Christoph Marthaler une réputation qui, en dépit du caractère sulfureux de ses mises en scène tant au théâtre qu'à l'opéra, oblige à repenser aujourd'hui la représentation mentale du monde. A l'époque de Verdi, les conventions sociales étaient d'un autre ordre, la phtisie faisait des ravages que d'autres pandémies ont remplacé. La tragédie et le drame, bien que vécus différemment, n'en gardent pas moins leur dose d'injustice.

    Vouloir ramener la liaison passionnelle entre un jeune bourgeois nanti et une demi-mondaine brisée par la maladie à une relation plus proche du star system où l'image omniprésente d'Édith Piaf envahit l'espace peut paraître un contresens. Pourtant, la dimension à la limite du fantastique si chère à la mentalité allemande qu'impose Marthaler au-delà du défi, oblige à repenser le chef-d'oeuvre de Verdi, comme l'avait signalé notre confrère Gérard Mannoni la saison passée.

    La distribution précédente possédait une homogénéité que l'osmose réalisée entre le chef (Sylvain Cambreling), le metteur en scène, la décoratrice (Anna Viebrock) et les interprètes vocaux d'alors ? en particulier le ténor Jonas Kaufmann ? réalisaient avec cohérence. Dans la fosse, Daniel Oren, dont la compétence est reconnue dans le répertoire italien ? il est un pilier de Vérone et des grandes scènes lyriques ?, ne cherche pas à se mouler dans cette perspective volontiers provocatrice, mais attache plus d'importance à la ligne, dans des tempi prestes ? sans la radicalité de Toscanini ou de Kleiber ? mais surtout moins contrastés, se révélant proche d'une certaine tradition qui fait perdre en originalité ce qu'elle gagne en sécurité.

    Christine Schäfer en Violetta, oscillant entre exubérance et détresse, brisée par le poids de l'hypocrisie, s'est installée dans le personnage qu'elle rend, depuis sa prise de rôle à la Staatsoper de Berlin avec Barenboïm en 2004, de plus en plus crédible par l'émotion psychologique qu'elle suscite ? sa mort au milieu des débris de la fête est un moment d'anthologie.

    Certes, le timbre et l'approche vocale diffèrent de ce que l'on attend d'un soprano verdien, mais la souplesse et la projection, l'autorité, la pureté de ton donnent une grande crédibilité à la dévoyée, malgré quelques légères faiblesses dans le grave. Idiomatique, le jeune ténor italien Stefano Secco possède une belle santé vocale : sans révolutionner le personnage d'Alfredo, il répond par ses attitudes en scène à cette naïveté et à l'immaturité requises, véritable jouet de l'implacable nécessité.

    Le Germont incarné par José van Dam est impressionnant de présence, donnant même de la noblesse à ce rôle ingrat. Pourtant, il n'a jamais vraiment été un baryton Verdi idéal. Immense artiste dont on a pu, l'an dernier à la Bastille, apprécier la prestation dans le rôle du père dans Louise de Charpentier, il semble parfois compenser par l'intelligence scénique, par l'expérience et la qualité de la diction ? Piangi, piangi, piangi, o misera au II ?, un appauvrissement du timbre et quelques difficultés de projection dans le haut-médium qui ne remettent pas en cause son identification au personnage.

    L'ensemble de la distribution ? Michèle Lagrange hélas cantonnée désormais dans le rôle secondaire d'Annina ou encore François Lis parfait en Dottor Grenvil ?, comme les choeurs mis à rude épreuve par la gestuelle disloquée qu'impose la mise en scène, participent avec engagement à cette relecture de la Traviata qui n'a pas fini, au-delà du cadre romantique de ses origines, de traduire entre désir de vie et atmosphère de mort, toute la fragilité de notre destinée humaine.




    Palais Garnier, Paris
    Le 15/10/2007
    Michel LE NAOUR

    Reprise de la Traviata de Verdi mise en scène par Christoph Marthaler, sous la direction de Daniel Oren à l'Opéra de Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    La Traviata, opéra en trois actes (1859)
    Livret de Francesco Maria Piave d'après la Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Daniel Oren
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors : Anna Viebrock
    costumes : Anna Viebrock & Dorothée Curio
    éclairages : Olaf Winter
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Christine Schäfer (Violetta), Stefano Secco (Alfredo Germont), José van Dam (Giorgio Germont), Michèle Lagrange (Annina), Helene Schneiderman (Flora Bervoix), Ales Briscein (Gastone), Michael Druiett (Il Barone Douphol), Igor Gnidii (Il Marchese d'Obigny), François Lis (Dottor Grenvil).

     



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