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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2019

Première à l'Opéra de Lyon du Siegfried de Wagner mis en scène par François Girard, sous la direction de Gerard Korsten.

Routine dominicale
© Bertrand Stofleth

Un opéra de Wagner à Lyon suscite toujours par sa rareté beaucoup d'attentes. Après Lohengrin la saison dernière, place à un Siegfried hors Ring complet qui, sans jamais se révéler indigne, fait les frais de la routine dominicale. Hormis une scénographie marquante, grisaille vocale et langueur sont au rendez-vous, loin de la passion et de l'énergie nécessaires.
 

Opéra national, Lyon
Le 21/10/2007
Benjamin GRENARD
 



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  • La nouvelle production lyonnaise de Siegfried frappe essentiellement par deux atouts. Malgr√© une fosse r√©duite qui ne permet pas d'envisager Wagner dans des conditions orchestrales optimales, l'Op√©ra Nouvel est enti√®rement con√ßu en noir pour accentuer l'attention du spectateur sur la sc√®ne. Hormis le Festspielhaus de Bayreuth lui-m√™me, rares sont les salles d'op√©ra √† pouvoir offrir une telle atmosph√®re, enti√®rement tourn√©e vers l'imp√©ratif dramaturgique de la sc√®ne et d√©pourvue du clinquant de l'op√©ra traditionnel.

    Le deuxième atout incontestable repose sur la scénographie et en particulier sur les magnifiques décors de Michael Levine : tourbillon emportant les lambeaux d'un monde déchu, galaxie en perpétuel mouvement, spirale de l'histoire charriant les hommes et les débris du monde, l'élément principal constitue une véritable cosmogonie et donne constamment l'impression d'un monde en mouvement. Un astucieux contrepoint dynamique par rapport à une scène souvent statique, en raison de l'argument initiatique de l'oeuvre.

    © Bertrand Stofleth

    H√©las, cet art de l'√©quilibre ne suffit pas √† compenser quelques lacunes au niveau de la mise en sc√®ne proprement dite. Si des id√©es emportent l'adh√©sion par leur pertinence ¬Ė ressemblance physique tr√®s significative entre les deux personnages de pouvoir que sont Wotan et Alberich ¬Ė, certaines sc√®nes perdent toute saveur dramatique : ainsi du passage des devinettes entre le Wanderer et Mime, sans substance et sans suspense, et donc rel√©gu√© √† sa fonction primaire et ennuyeuse qui consiste √† rappeler au spectateur des √©l√©ments ant√©rieurs de l'histoire.

    Alors que Wagner avait trouv√© un argument astucieux pour faire passer une faiblesse rh√©torique, la mise en sc√®ne laisse appara√ģtre cette ficelle de dramaturge dans toute son artificialit√©. M√™me chose pour la derni√®re sc√®ne entre Siegfried et Mime, o√Ļ les mensonges du nain devraient donner lieu √† un moment de th√©√Ętre plus explicite. La mise en sc√®ne ne raconte pas assez et ne rend pas suffisamment visibles les ressorts dramatiques fondamentaux.

    Enfin, on d√©plore un Siegfried manquant de stature, de pr√©sence, la lecture oblit√©rant la nature profond√©ment guerri√®re du h√©ros. Le trouble et les maladresses d'un Siegfried que l'on con√ßoit tout √† fait appr√™t√© dans la sc√®ne avec Br√ľnnhilde ne l√©gitiment en aucun cas qu'il soit affubl√© d'un sourire litt√©ralement ben√™t. Fran√ßois Girard, que l'on sait √™tre un metteur en sc√®ne efficace et cr√©atif, sombre dans le p√©ch√© v√©niel qui consiste √† exag√©rer un aspect du personnage au d√©triment d'un autre qui le rend peut-√™tre paradoxal, mais qui existe bel et bien.

    Un Siegfried en manque de présence et de posture

    Il faut dire que le Siegfried de Stig Andersen, vocalement tout à fait honorable et tenant la distance, ne lui prête pas pour autant main forte. Malgré une technique exacte, un timbre un peu terne ne permet pas au chanteur de s'afficher comme un véritable Heldentenor. Une tension continue dans des épaules qui ne cessent de monter ne peut qu'entraver la ligne de chant, autant qu'elle prive le héros mythologique d'une véritable présence au niveau de la posture, en raison de l'absence d'un vrai centre de gravité.

    Le reste du plateau, hormis l'admirable Mime de Robert K√ľnzli et la bonne tenue de l'Alberich de Pavlo Hunka, avoue √©galement quelques limites. Matthew Best p√™che par insuffisance au-dessus du m√©dium et fait √©tal d'une diction calamiteuse qu'un Wanderer vieilli et affadi ne suffit pas √† l√©gitimer. La Br√ľnnhilde de Susan Bullock s√©duit peu par ses aigus pointus et son vibrato ondulatoire alors que par ailleurs l'√©mission est admirable sur le reste de la tessiture et dans le mezzo-forte. On sera en revanche tr√®s s√©v√®re avec un Fafner qu'une sonorisation trop mate et peu soign√©e ne met d√©cid√©ment pas en valeur : un comble √† l'heure o√Ļ la technologie permet facilement de rehausser un effet dramatique !

    L'Orchestre de l'Opéra de Lyon surprend par sa qualité et sa tenue dans une partition difficile. Gerard Korsten a indéniablement avec cette formation un bon feeling et soigne la mise en place. Cependant, il manque encore à cette lecture un sens de la dramaturgie si bien que malgré des qualités, la prestation orchestrale ne décolle guère.

    Somme toute, on reste sur une impression ambigu√ę dans laquelle la routine dominicale conf√®re √† cette initiation une certaine grisaille et trop de langueur. Mais peut-√™tre le spectacle prendra-t-il de la consistance au fur et √† mesure des repr√©sentations ?




    Opéra national, Lyon
    Le 21/10/2007
    Benjamin GRENARD

    Première à l'Opéra de Lyon du Siegfried de Wagner mis en scène par François Girard, sous la direction de Gerard Korsten.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)

    Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Gerard Korsten
    mise en scène : François Girard
    décors et costumes : Michael Levine
    éclairages : David Finn
    chorégraphie : Donna Feore

    Avec :
    Stig Andersen (Siegfried), Robert K√ľnzli (Mime), Matthew Best (Wotan), Pavlo Hunka (Alberich), Mette Ejsing (Erda), Susan Bullock (Br√ľnnhilde), Louise Fribo (L'Oiseau de la for√™t).

     



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