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CRITIQUES DE CONCERTS 19 février 2020

Nouvelle production d'Elektra de Strauss mise en scène par Mario Pontiggia et sous la direction de Stefan Lano au Teatro Colón de Buenos Aires.

Un crime presque parfait
© Arnaldo Colombaroli

Luana DeVol (Elektra) et Graciela Alperyn (Clytemnestre).

Le Teatro Col√≥n est actuellement en travaux de r√©novation et modernisation, ce qui oblige √† jouer la saison dans d'autres th√©√Ętres de Buenos Aires ¬Ė dont la ville ne manque pas ¬Ė, en l'occurrence ici le Teatro Coliseo. Avec cette production d'Elektra, le Col√≥n prouve qu'il fait toujours partie des plus grandes sc√®nes lyriques mondiales.
 

Teatro Coliseo, Buenos Aires
Le 27/10/2007
Arthur RICHER
 



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  • L'Op√©ra de Paris n'a pas le monopole de l'op√©ra du XXe si√®cle, et le Col√≥n offre une nouvelle production d'Elektra de tr√®s grande qualit√©. Sa mise en sc√®ne originale est pourtant contestable. La bonne id√©e vient de ce voile devant la sc√®ne, totalement invisible, mais qui permet de lisser les formes et surtout d'y projeter des images qui viennent approfondir la tension dramatique d√©j√† forte de l'oeuvre.

    La superposition d'√Člectre avec un casque guerrier dans son monologue, o√Ļ elle invoque l'esprit de son p√®re Agamemnon est esth√©tiquement tr√®s r√©ussie, tout comme celle de Clytemnestre un globe dans la sc√®ne du sacrifice. Les d√©cors sont tr√®s ad√©quats : une grande cage de b√©ton se refermant l√©g√®rement au sommet, permettant aux personnages d'√©voluer sur deux niveaux, et des escaliers de toutes parts au sol qui rendent l'√©volution sc√©nique moins monotone.

    On regrettera toutefois une direction d'acteurs trop en retrait, avec un jeu poussif, exag√©r√© et des gestes souvent inopportuns voire abscons. Par ailleurs, les mouvements des personnages ne sont pas bien pens√©s : ils d√©ambulent lentement sur le d√©cor, h√©sitent sur les escaliers, alors que la pi√®ce voudrait qu'ils courent, se d√©battent, dans un grand mouvement d√©sorganis√©, notamment dans la sc√®ne du meurtre d'√Čgisthe et Clytemnestre. Certaines incoh√©rences g√™nent particuli√®rement, et l'on regrettera surtout l'usage souvent injustifi√© d'accessoires modernes, qui n'apportent rien √† cette lecture mais viennent au contraire alourdir une production d√©j√† charg√©e.

    © Arnaldo Colombaroli

    L'oeuvre est servie par deux distributions in√©gales, mais toutes deux de bonne qualit√©. Dans la premi√®re, Luana DeVol est excellente dans le r√īle-titre, tr√®s en voix, subtile, mais manque parfois de puissance dans des graves qui peinent √† passer l'orchestre. De plus, son physique imposant ne l'aide pas vraiment √† √™tre cr√©dible dans le r√īle d'une jeune femme battue et affam√©e.

    Chrysot√©mis, incarn√©e par Virginia Correa Dupuy, se d√©fend mais reste terne et peu habile. √Čtonnamment, la distribution ¬ę d'appoint ¬Ľ est de meilleure qualit√©. Susan Marie Pierson est une √Člectre masculine, fr√™le mais combattive, tant par sa prestation d'actrice que par sa voix ample, √©paisse, merveilleuse dans des aigus souples et puissants. La Chrysomth√©mis d'Eiko Senda est elle aussi √©poustouflante. Le public ne s'y trompe pas, et lui r√©serve la plus grande ovation de la soir√©e, dont elle semble sinc√®rement surprise. Sur les deux distributions, on saluera particuli√®rement la performance de la basse Hernan Iturralde en Oreste, mais on regrettera la pi√®tre prestation des deux mezzos Graciela Alperyn et Elisabeth Canis en Clytemnestre.

    L'orchestre est quant √† lui dirig√© par un Stefan Lano tr√®s inspir√©. On appr√©ciera tout particuli√®rement la finesse dont fait preuve cette interpr√©tation qui n'exag√®re pas la pr√©sence des cuivres et √©quilibre la partition gr√Ęce notamment √† des bassons tr√®s pr√©sents, √©vitant ainsi toute lourdeur. Cette lecture accentue les dissonances, ralentit parfois le tempo pour accentuer la tension dramatique, et semble tout √† fait en accord avec la vision du metteur en sc√®ne Mario Pontiggia. L'Orquesta Estable del Teatro Col√≥n n'a d√©cid√©ment rien √† envier √† d'autres orchestres, et fait preuve d'une discipline que l'on aimerait parfois voir plus dans les fosses parisiennes.

    Si l'on aurait aimé plus de sobriété scénique et une direction d'acteurs plus poussée, cette production reste d'une très grande qualité, bien qu'un grand nombre de sièges vides dans la salle montre qu'il ne suffit pas de franchir l'Atlantique et l'équateur pour trouver un véritable enthousiasme du public pour les chefs-d'oeuvre du XXe siècle.




    Teatro Coliseo, Buenos Aires
    Le 27/10/2007
    Arthur RICHER

    Nouvelle production d'Elektra de Strauss mise en scène par Mario Pontiggia et sous la direction de Stefan Lano au Teatro Colón de Buenos Aires.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Elektra, tragédie en un acte (1909)
    Livret d'Hugo von Hofmannsthal d'après Sophocle

    Orquesta Estable del Teatro Colón
    Coro Estable del Teatro Colón
    direction : Stefan Lano
    mise en scène : Mario Pontiggia
    décors et costumes : Daniela Taiana
    éclairages : Horacio Efron
    préparation des choeurs : Salvatore Caputo

    Avec :
    Luana DeVol, Susan Marie Pierson (√Člectre), Virginia Correa Dupuy, Eiko Seida (Chrysot√©mis), Graciela Alperyn, Elisabeth Canis (Clytemnestre), Hern√°n Iturralde (Oreste), Carlos Bengolea, Fernando Chalabe (√Čgisthe).

     



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