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CRITIQUES DE CONCERTS 06 avril 2020

Nouvelle production d'Idomenée de Mozart mise en scène par François de Carpentries et sous la direction de Theodor Guschlbauer à l'Opéra du Rhin.

De la vraisemblance du ténor
© Alain Kaiser

Kobie Van Rensburg (Idoménée)

Longtemps, par souci de vraisemblance dramatique autant que par respect du dernier état de la partition, Idamante a été distribué à un ténor. Pour la nouvelle production d'Idoménée de l'Opéra du Rhin, Nicholas Snowman et Theodor Guschlbauer ont choisi de se conformer à cet usage aboli par les baroqueux, que Sébastien Droy défend avec élégance.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 20/11/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Depuis que les baroqueux ont restituĂ© aux jeunes premiers d'opera seria leurs tessitures aiguĂ«s d'origine, on ne monte plus guère la version viennoise d'Idomeneo, qui, la discographie de l'oeuvre en tĂ©moigne, avait les faveurs des chefs d'orchestre jusqu'Ă  ce que Nikolaus Harnoncourt ne s'en mĂŞle.

    Parce qu'il ne fait jamais rien comme tout le monde – on n'a malheureusement pas oublié un Don Carlos où le livret français se trouvait plaqué sur la version italienne dite de Modène –, Nicholas Snowman, directeur de l'Opéra national du Rhin, a choisi de concert avec le chef d'orchestre Theodor Guschlbauer de présenter la mouture de 1786, non sans quelques entorses.

    Mais si la transposition du rôle d'Idamante à l'octave de ténor passe aux yeux de certains pour un symptôme de modernité de par sa plus grande vraisemblance dramatique, nouveau pied de nez aux canons alors en voie de désuétude de l'opera seria, il convient de préciser que Mozart révisa sa partition à l'intention d'une troupe de chanteurs amateurs inférieurs aux stars dont il disposait lors de la création munichoise de 1781, à l'occasion d'une reprise concertante privée et sans lendemain.

    De plus, l'adjonction au début du deuxième acte du rondeau avec violon obligé d'Idamante, aussi beau soit-il, ne fait que ralentir l'action, d'autant qu'il est ici précédé du second air d'Arbace, transfuge du troisième acte, où Roger Padullés, ex-Jeune Voix du Rhin, exhibe des aigus d'un éclat prometteur, couronnant une ligne encore incertaine.

    L'Idamante suprêmement élégant de Sébastien Droy

    Le chant suprêmement élégant de Sébastien Droy n'en force pas moins les partisans de la version originale à rendre les armes. Sans doute le timbre et les voyelles sonnent-ils un rien trop français, mais le jeune ténor déploie une ligne de source claire sur un legato que ses accents même nourrissent. Absolument idiomatique de couleur, et aussi idéalement juvénile, l'Ilia de Sophie Karthäuser, qui se voit contrainte à chanter deux airs sur trois derrière un rideau à peine translucide, file des aigus chatoyants, et démontre des ressources dramatiques inattendues là où la plupart des titulaires du rôle doivent se hausser du col.

    Habitué du rôle-titre, Kobie Van Rensburg en assume à la perfection la filiation avec les grandes figures paternelles d'opera seria, investissant le moindre récitatif avec une éloquence à laquelle ne peuvent prétendre les ténors d'école romantique, et emportant le redoutable Fuor del mar dans un tourbillon virtuose. Cependant, le timbre nasal et un rien ébréché du ténor sud-africain n'est pas toujours à la hauteur de ses intentions, notamment lorsqu'un falsetto non sans mièvrerie lui tient lieu de mezza voce.

    Une Elettra consumée

    Quant à Mireille Delunsch, que nous admirons tant, parce qu'atypique et imprévisible dans sa boulimie de rôles, elle est une des rares vraies artistes de sa génération à pouvoir marquer tout ce qu'elle touche de son empreinte, nous sommes sincèrement peiné d'écrire qu'elle n'y arrive simplement plus. L'hiver dernier au Palais Garnier, son Elettra suspendait encore, funambule, ces Soavi Zeffiri qu'une émission appesantie la réduit désormais à effleurer, comme elle escamote les impossibles vocalises de D'Oreste e d'Aiace, qui déjà la faisaient trébucher. Reste la flamme supérieure de l'actrice qui, en dépit des gesticulations que lui impose le metteur en scène et de costumes frisant le ridicule, consume le personnage.

    Car la vaine agitation de la direction d'acteurs de François de Carpentries n'a de cesse de parasiter la simplicité évocatrice de la scénographie de Siegfried Mayer, nautile emprisonnant les âmes dans la spirale de la tragédie, quand les costumes de Karine Van Hercke, refusant toute unité, achèvent de faire basculer dans le Grand-Guignol la danse barbare d'un Idoménée aux prises avec sa cuirasse, à moins que la palme ne revienne à l'apparition de malheureux naufragés en suspension dans un filet de pêche durant la tempête du premier acte.

    Le drame ne peut dès lors plus se fonder que sur l'indiscutable métier mozartien de Theodor Guschlbauer qui, s'il n'est pas toujours un gage de souplesse dans le cantabile, garantit la cohésion des choeurs de l'Opéra national du Rhin et de l'Orchestre symphonique de Mulhouse, instruments plus efficaces que raffinés.




    Prochaines représentations le 25 novembre à Colmar, les 2 et 4 décembre à Mulhouse.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 20/11/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d'Idomenée de Mozart mise en scène par François de Carpentries et sous la direction de Theodor Guschlbauer à l'Opéra du Rhin.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Idomeneo, dramma per musica en trois actes K. 366 (1781)
    Livret de Giambattista Varesco d'après Idoménée d'Antoine Danchet

    Choeurs de l'Opéra national du Rhin
    Orchestre symphonique de Mulhouse
    direction : Theodor Guschlbauer
    mise en scène : François de Carpentries
    scénographie : Siegfried Mayer
    dramaturgie et costumes : Karine Van Hercke
    Ă©clairages : Thierry Fratissier

    Avec :
    Kobie Van Rensburg (Idomeneo), Sébastien Droy (Idamante), Sophie Karthäuser (Ilia), Mireille Delunsch (Elettra), Roger Padullés (Arbace / Il Gran Sacerdote), Nicolas Testé (La Voce), Isabelle Majkut et Fan Xie (Due Cretesi), Chae-Hoon Baek et Fabien Gaschy (Due Troiani).

     



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