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CRITIQUES DE CONCERTS 30 mars 2020

R√©cital du pianiste Grigory Sokolov au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Grigory Sokolov, l'homme-piano
© Opus 111

Un concert de Grigory Sokolov est toujours un √©v√©nement dont on ne sort pas indemne. Au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, dans l'ant√©p√©nulti√®me sonate de Schubert et dans les vingt-quatre pr√©ludes de Chopin, le pianiste russe se montre constamment √† la hauteur de sa r√©putation d'interpr√®te hors du commun. Un r√©cital pianistique qui laisse une empreinte ind√©l√©bile.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 20/11/2007
Michel LE NAOUR
 



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  • Peu d'interpr√®tes donnent l'impression de faire pleinement corps avec leur instrument. Au piano, Horowitz, Richter, Gould, ont, chacun √† leur mani√®re, manifest√© cette osmose que r√©alise aujourd'hui Grigory Sokolov. Comme la craie qui redevient falaise dans le po√®me de Pr√©vert, il semble que le clavier, sous les doigts de cet artiste singulier et incomparable, fasse partie de lui-m√™me tant il s'identifie avec son instrument ¬Ė qu'il sait d'ailleurs d√©monter et remonter comme un m√©canisme d'horlogerie.

    On √©prouve le sentiment que le clavier fait partie int√©grante de lui-m√™me tant dans son esprit que dans sa chair. Sokolov, qui √† l'√Ęge de 16 ans, avant m√™me d'avoir achev√© ses √©tudes √† Leningrad, obtenait le Premier Prix du Concours Tcha√Įkovski, est non seulement un prodige, mais aussi dans son domaine une forme de g√©nie.

    Au TCE, il entre sur sc√®ne comme une ombre, √©clair√© seulement par une lumi√®re tamis√©e digne de Georges de La Tour alors que le public est tenu dans une quasi obscurit√© √† l'image de l'ambiance qu'entretenait jadis Richter. D'entr√©e de jeu, la s√©duction op√®re car sa lecture d'oeuvres que l'on croit conna√ģtre par coeur prend d'embl√©e une dimension personnelle et atteint m√™me l'inou√Į. On finit par oublier ce qui appartient au style ou √† la notion d'authenticit√© tant l'impr√©gnation de l'interpr√©tation fascine.

    Dans la 19e sonate en ut mineur de Schubert, d'√©criture d√©j√† visionnaire, la transmutation saisissante est atteinte par une attention √† chaque inflexion, une gradation de chaque nuance ¬Ė du pianissimo le plus lointain au fortissimo le plus saisissant ¬Ė, un usage quintessenci√© de la p√©dale sans que le discours ne perde jamais de vue sa trajectoire, depuis les emportements de l'Allegro initial, la d√©ambulation onirique de l'Adagio, la danse douce-am√®re du Menuetto jusqu'√† l'hallucination fantasmagorique de l'Allegro final. Ce n'est plus Schubert que l'on entend, mais cela n'a plus d'importance face √† la ma√ģtrise obtenue par des moyens de sorcier.

    Objet sonore non identifié

    Les 24 pr√©ludes op. 28 de Chopin, obsessionnels, d√©passent par la lecture qui en est fournie l'impression de continuit√© : chaque pi√®ce est en soi un tout, et du microcosme Sokolov fait un macrocosme, v√©ritable orchestre o√Ļ le piano dompt√© n'est plus un instrument √† percussion mais un objet sonore non identifi√©. Le compositeur polonais devient le fr√®re de Moussorgski, de ses Chants et danses de la mort ou des Tableaux d'une exposition ¬Ė le 15e pr√©lude en r√© b√©mol majeur, terrifiant ! La chartreuse de Valdemosa se transforme en paysage de la Nuit de Walpurgis.

    Les bis sont de la m√™me eau : les deux Mazurkas de Chopin, cisel√©es √† la limite de la sophistication, encadrent trois pages de Scriabine ¬Ė deux Po√®mes et un Pr√©lude op. 13 ¬Ė extatiques et enflamm√©es o√Ļ la messe noire est dite. Saint Augustin, au Ve si√®cle de notre √®re affirmait : ¬ę on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l'on chante dans son coeur ¬Ľ. √Ä l'√©coute de ce r√©cital exceptionnel, dans une tradition proche de Gilels, les mots effectivement manquent, mais le souvenir p√©n√©trant demeure.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 20/11/2007
    Michel LE NAOUR

    R√©cital du pianiste Grigory Sokolov au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Sonate pour piano n¬į 19 en ut mineur D. 958 (1828)

    Frédéric Chopin (1810-1849)
    24 Préludes op. 28 (1839)

    Grigory Sokolov, piano

     


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