altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Concert de l'Orchestre de la Radio de Cologne sous la direction de Semyon Bychkov, avec la participation de la violoniste Hilary Hahn au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

En pleine terreur
© Sheila Rock

Absent de la capitale depuis huit ans, l'Orchestre de la Radio de Cologne fait un retour parisien fracassant sous la houlette de son directeur musical Semyon Bychkov, particulièrement dans une Quatrième Symphonie de Chostakovitch d'une pression psychologique et d'un impact sonore terrifiants, évoquant avec un maximum d'acuité la terreur des purges staliniennes.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/01/2008
Yannick MILLON
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Tristan entre en régression

  • Grande musique,
    grands interprètes

  • Une leçon de piano

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Il est des concerts dont on ressort en ayant presque oublié la musique entendue avant l'entracte. Celui de l'Orchestre de la Radio de Cologne donné ce vendredi au Théâtre des Champs-Élysées en fait partie. Tout juste se souvient-on qu'un Scherzo fantastique de Stravinski de belle facture, fouillé autant que plein d'élan préludait au Concerto pour violon de Glazounov sous l'archet plutôt pâle de la jeune Hilary Hahn, peinant à élever au rang de chef-d'œuvre cette pièce du répertoire violonistique plutôt secondaire.

    Comment oublier en revanche l'impact terrifiant de la Quatrième Symphonie de Chostakovitch qui occupait tout entière la deuxième partie ? Transfiguré par rapport à l'époque où il présidait avec des succès très variables aux destinées de l'Orchestre de Paris, Semyon Bychkov semble ce soir en totale osmose avec une pièce parmi les plus colossales du répertoire symphonique, dont il consolide le matériau volontairement composite, intégrant dans un geste unifié les citations mahlériennes et mettant en exergue chaque ostinato rythmique qui concourt au climat de pression psychologique.

    S'appuyant sur des tempi retenus, sur une pâte sonore compacte, sans le moindre relâchement de densité, sur une éblouissante radiographie de la partition, sur une mise en valeur au scalpel de chaque détail d'orchestration, le chef russe privilégie une lecture cinglante jamais en peine d'acuité. Les cordes scandent, les cuivres piquent, les bois pincent et les percussions, jamais autant mises en valeur dans cette œuvre qui requiert sept exécutants, lacèrent avec génie une matière sonore déjà rude.

    Sans concession, chaque accent de la timbale frappe avec un impact maximal, chaque doublure de xylophone fait mal, répondant au mieux à une petite clarinette aiguisée comme jamais. Pour autant, les épisodes plus lyriques ne manquent pas de chaleur, ni les solos de plastique, de poésie dans le phrasé – le cor anglais, les interventions miraculeuses du basson du jeune Norvégien Ole Kristian Dahl.

    Il faut rappeler aussi que l'Orchestre de la WDR, formé à bonne école, est le même qui a encore récemment gravé, pour le label Brilliant Classics et sous la direction du spécialiste Rudolf Barshaï, l'une des intégrales des symphonies de Chostakovitch les plus abouties.

    En conséquence, aucun pupitre faible, aucun incident de lecture au cours de cette heure de musique qui met les nerfs à rude épreuve, mais le véritable coup de maître de Bychkov reste sa gestion, après les cataclysmes enchaînés et déchaînés irriguant le centre du Finale, de l'épilogue claustrophobe, aux limites d'un silence glacé, qui clôt la symphonie. Lentissime, d'une magistrale tenue et très au fond des temps, il affirme par son tactus implacable l'absence totale d'échappatoire.

    Des timbres ciselés – harmoniques des cordes, trompette d'une précision absolue dans son interminable dissonance, célesta inquiet se dissolvant progressivement dans le givre ambiant sans apporter la moindre lueur d'espoir – se greffent parfaitement sur les syncopes angoissées des contrebasses. La salle retient son souffle dans un silence tétanisant, pas l'ombre d'une toux ne venant briser l'atmosphère. Une exécution qui hante bien après avoir quitté le théâtre, une expérience de la terreur qui ne peut laisser indemne.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/01/2008
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre de la Radio de Cologne sous la direction de Semyon Bychkov, avec la participation de la violoniste Hilary Hahn au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Scherzo fantastique, op. 3 (1909)
    Alexandre Glazounov (1865-1936)
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur, op. 82 (1905)
    Hilary Hahn, violon
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 4 en ut mineur, op. 43 (1936)

    WDR Sinfonieorchester Köln
    direction : Semyon Bychkov

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com