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CRITIQUES DE CONCERTS 17 juin 2019

Nouvelle production de Cadmus et Hermione de Lully mise en scène par Benjamin Lazar et sous la direction de Vincent Dumestre à l'Opéra-Comique, Paris.

Lully, vingt ans après
© Elisabeth Carecchio

Avant Atys, il n'y avait rien. Après Atys, il y eut trois ou quatre fois rien. Fort du succès de leur Bourgeois Gentilhomme, Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont osé leur première tragédie en musique sur la scène même du miracle orchestré en 1987 par William Christie et Jean-Marie Villégier, Cadmus et Hermione. Triomphe obligé.
 

Opéra Comique - Salle Favart, Paris
Le 21/01/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • D'apr√®s ceux qui l'ont entendue et vue ¬Ė car l'un ne peut aller sans l'autre concernant la trag√©die lyrique ¬Ė, la production d'Atys de Lully pr√©sent√©e √† l'Op√©ra-Comique par William Christie et Jean-Marie Vill√©gier fut plus qu'une r√©surrection, un miracle, une r√©volution, dont le principal b√©n√©ficiaire se r√©v√©la
    Rameau, dont les oeuvres furent dès lors portées à la scène avec une exhaustivité qui relégua, malgré quelques tentatives sporadiques, l'opéra du Grand Siècle dans l'ombre des Lumières.

    Depuis quelques années pourtant, l'Académie Baroque Européenne d'Ambronay a remis à l'honneur l'oeuvre dramatique du surintendant de la musique du Roi, proposant la première exécution moderne de Cadmus et Hermione en 2001. C'est cette première tragédie en musique de Lully et Quinault, à la fois laboratoire et manifeste de l'opéra français naissant, que Vincent Dumestre et Benjamin Lazar ont choisie pour leurs débuts dans le genre sur la scène idoine de la salle Favart.

    M√™me s'il leur a fallu conjurer le souvenir encore vif d'Atys, le fondateur du Po√®me Harmonique et le disciple d'Eug√®ne Green ne pouvaient √©chouer dans leur entreprise de reconstitution historique, d√©j√† mise en oeuvre dans le Bourgeois Gentilhomme de Moli√®re et Lully, tant leur ma√ģtrise de la rh√©torique semble √©vidente au regard de cette production.

    Certes, le d√©cor plant√© de nuages d'Adeline Caron est loin de ressusciter les fastueuses perspectives imagin√©es pour la cr√©ation de l'ouvrage au Jeu de Paume de Bel-Air, ou sa reprise √† Saint-Germain-en-Laye par Carlo Vigarini, ou encore la diversit√© des tableaux agenc√©s par Jean Berain, son successeur √† l'Acad√©mie royale de Musique. De m√™me, le jeu des machines ¬Ė vols et autres apparitions tour √† tour monstrueuses ou divines ¬Ė r√©v√®le, non sans ironie, une na√Įve modestie qui ne peut tout √† fait rendre compte du merveilleux d√©ploy√© par les grands ma√ģtres du XVIIe si√®cle.

    © Elisabeth Carecchio

    Mais l'√©quipe de Benjamin Lazar fait preuve d'un savoir-faire certain, qui ne pourra qu'√™tre approfondi au fil des productions auxquelles le succ√®s de ce premier essai semble devoir la promettre, car comme l'√©crit le metteur en sc√®ne dans le copieux programme co-√©dit√© par le Centre de Musique Baroque de Versailles : ¬ę De m√™me qu'un clavecin s'apprivoise avant de rendre les nuances qui semblaient dans un premier temps impossibles, l'√©clairage √† la bougie r√©clame un long travail et beaucoup d'ing√©niosit√© pour parvenir √† en exploiter toute la palette ¬Ľ.

    Cette production ne se défend donc pas d'être aussi, d'abord un laboratoire. Ainsi, la distribution se distingue par un authentique travail de troupe assurément fondé sur une pédagogie tendant à gommer ce que la gestuelle baroque et la prononciation restituée du français, évident facteur d'intelligibilité, pourraient avoir d'artificiel aux yeux et aux oreilles contemporaines, et garantissant une unité stylistique sur laquelle la plupart des productions d'opéras baroques font malheureusement l'impasse.

    Des chanteurs en manque de liberté

    Faut-il en voir une conséquence néfaste dans le fait qu'à l'exception du Cadmus d'André Morsch, qui réserve dans son monologue du cinquième acte Belle Hermione, hélas ! puis-je être heureux sans vous ? le seul véritable moment d'émotion de la soirée, et de l'Arbas brillamment fanfaron d'Arnaud Marzorati, aucune personnalité vocale ne se détache, les chanteurs peinant à investir l'espace de liberté que leur concèdent malgré tout un jeu, une déclamation et un chant extrêmement codifiés ?

    Absolument abouti appara√ģt en revanche le travail de Vincent Dumestre, animant d'une respiration ample un Po√®me Harmonique dont les sonorit√©s √† la fois patin√©es et charpent√©es encadrent et pimentent les rebondissements un rien m√©canique de cette fausse trag√©die o√Ļ personnages s√©rieux et burlesques se m√™lent avec cette libert√© h√©rit√©e de l'op√©ra v√©nitien qui dispara√ģtra de la trag√©die lyrique √† partir de Th√©s√©e, que le Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es pr√©sentera √† partir du 20 f√©vrier sous la direction d'Emmanuelle Ha√Įm, et dans une mise en sc√®ne de Jean-Louis Martinoty, deuxi√®me √©pisode d'un hiver d√©cid√©ment faste pour Lully et Quinault.




    Opéra Comique - Salle Favart, Paris
    Le 21/01/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Cadmus et Hermione de Lully mise en scène par Benjamin Lazar et sous la direction de Vincent Dumestre à l'Opéra-Comique, Paris.
    Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
    Cadmus et Hermione, tragédie en musique en cinq actes et un prologue (1673)
    Livret de Philippe Quinault d'après les Métamorphoses d'Ovide

    Danseurs, Choeur et Orchestre du Poème Harmonique
    direction : Vincent Dumestre
    mise en scène : Benjamin Lazar
    chorégraphie : Gudrun Skamletz
    collaboration à la mise en scène : Louise Moaty
    scénographie : Adeline Caron
    costumes : Alain Blanchot
    éclairages : Christophe Naillet
    maquillage : Mathilde Benmoussa
    chef de choeur : Daniel Bargier

    Avec :
    Andr√© Morsch (Cadmus), Claire Lefilli√Ętre (Hermione), Arnaud Marzorati (Arbas / Pan), Jean-Fran√ßois Lombard (La Nourrice / Dieu champ√™tre), Isabelle Druet (Charite / M√©lisse), Arnaud Richard (Draco / Mars), Camille Poul (L'Amour / Pal√®s), David Ghilardi (Le Soleil / Premier Prince Tyrien), Geoffroy Buffi√®re (Le Grand Sacrificateur / Jupiter), Romain Champion (Premier Africain / L'Envie), Vincent Vantyghem (Second Prince Tyrien), Luanda Siqueira (Junon / Aglante), Eng√©nie Warnier (Pallas), Anthony Lo Papa (Second Africain), Jan Jereon Bredelwold (Achion), Elodie Fonnard (L'Hymen), H√©l√®ne Richer (V√©nus).

     



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