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CRITIQUES DE CONCERTS 09 aoŻt 2020

Reprise de la Femme sans ombre de Strauss dans la mise en scène de Bob Wilson, sous la direction de Gustav Kuhn à l'Opéra de Paris.

Dans l'ombre de la Frosch
© Frank Ferville

Jane Henschel (la Nourrice)

La deuxième partie de saison de l'Opéra de Paris s'ouvre sur une reprise de l'éblouissante Femme sans ombre de Bob Wilson, inaugurée à la Bastille en 2002. L'occasion de retrouver l'univers esthétisant et ici parfaitement adéquat du metteur en scène américain, mais aussi de vérifier que les grandes équipes musicales de la Frosch se conjuguent désormais au passé.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 21/01/2008
Yannick MILLON
 



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  • L'exploit r√©ussi par Nicolas Joel √† Toulouse la saison derni√®re ne doit pas occulter une triste r√©alit√© de notre temps : une √©quipe musicale parfaitement √† la hauteur de la Frau ohne Schatten de Richard Strauss n'est plus gu√®re possible, sans m√™me s'attaquer √† de douloureuses comparaisons avec le cast r√©uni par Karl B√∂hm √† Vienne, Salzbourg ou Paris dans les ann√©es 1970.

    Loin des Hochdramatisch, Christine Brewer compte parmi les Teinturi√®res qui peuvent encore chanter les Quatre derniers Lieder, avec le b√©n√©fice que l'on devine quant √† la qualit√© du timbre, √† la luminosit√©, au soin apport√© √† l'aigu, mais aussi avec ce que cela suppose de limite en volume dans un vaisseau comme l'Op√©ra Bastille. Recourant fr√©quemment √† la voix de poitrine dans le m√©dium afin de passer la rampe, l'Am√©ricaine, dont la prestation tend √† s'affirmer en cours de soir√©e, reste quoi qu'il en soit une h√©ro√Įne light.

    D'une totale absence de subtilit√© et presque constamment f√Ęch√© avec la mesure, l'Empereur de Jon Villars passe en revanche tout en force, avec un timbre dur, une √©mission pouss√©e d√©pourvue de toute coloration, et comme seule alternative dynamique une demi-teinte d'√©oliphone dans la sc√®ne de la fauconnerie. √Ä peine plus probant, le Barak de Franz Hawlata parvient √† imposer une pr√©sence, une certaine humanit√© dans le timbre, mais demeure incapable d'assurer le moindre aigu, accusant m√™me au III une fatigue proche du d√©labrement ¬Ė les √©clats du quatuor final.

    © Frank Ferville

    Eva Maria Westbroek se tire avec les honneurs de sa premi√®re Imp√©ratrice, malgr√© une diction floue et une r√©elle tension dans la tenue de l'aigu que n'annon√ßait pas la facilit√© d√©concertante de sa Chrysoth√©mis d'il y a bient√īt trois ans. Car si le haut-m√©dium est d'un rayonnement intact, on sent la soprano n√©erlandaise encore pr√©cautionneuse dans ce r√īle-titre pour lequel elle avouait r√©cemment avoir quelques craintes.

    Face au vilain timbre du Messager des esprits de Ralf Lukas ¬Ė o√Ļ donc √©tait Evgeny Nikitin, qui n'aurait fait d'une bouch√©e du r√īle ? ¬Ė, l'incarnation la plus saisissante reste la Nourrice vip√©rine, au vibrato affol√© de Jane Henschel, qui sans avoir des moyens d'une ampleur exceptionnelle, joue au mieux des d√©formations d'un mat√©riau r√©pondant parfaitement aux sollicitations dramatiques et √† une diction percutante.

    © Frank Ferville

    En fosse, la battue sans arche de tension, paradoxalement brusque et molle de Gustav Kuhn, ne trouve à s'épanouir que dans le cantabile. Une lecture primaire constellée de négligences dans le détail d'autant plus regrettables que l'Orchestre de l'Opéra laisse entrevoir de belles couleurs tant aux cordes qu'aux vents.

    Malgré ces limites, il faut se précipiter à cette reprise pour y voir sans doute la mise en scène la plus aboutie de Bob Wilson, d'une beauté à couper le souffle, d'une parfaite adéquation avec le symbolisme et le parcours initiatique du livret, et dont les éclairages sont une dramaturgie à eux seuls.

    D'autant qu'il serait malhonnête cette fois de taxer le travail de l'Américain de statisme tant les mouvements chorégraphiés des personnages savent occuper la vastitude de l'espace avec intelligence, pour ne rien dire des solutions poétiques trouvées pour des scènes comme la tentation par les bijoux ou le ballet des poissons dans l'huile, d'ordinaire véritables casse-tête pour les régisseurs.




    Opéra Bastille, jusqu'au 10 février.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 21/01/2008
    Yannick MILLON

    Reprise de la Femme sans ombre de Strauss dans la mise en scène de Bob Wilson, sous la direction de Gustav Kuhn à l'Opéra de Paris.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Die Frau ohne Schatten, opéra en trois actes (1919)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Ma√ģtrise des Hauts-de-Seine / Choeur d'enfants de l'Op√©ra national de Paris
    Choeur et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Gustav Kuhn
    mise en scène, décors et éclairages : Robert Wilson
    costumes : Moidele Bickel
    préparation des choeurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Jon Villars (Der Kaiser), Eva-Maria Westbroek (Die Kaiserin), Jane Henschel (Die Amme), Franz Hawlata (Barak), Christine Brewer (Seine Frau), Ralf Lukas (Der Geisterbote), Ryan MacPherson (Die Erscheinung eines J√ľnglings), Elena Tsallagova (Die Stimme des Falken / Ein H√ľter der Schwelle des Tempels), Jane Henschel (Eine Stimme von oben), Yuri Kissin (Der Ein√§ugige), Gregory Reinhart (Der Einarmige), John Easterlin (Der Bucklige).

     



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