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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Récital de la soprano Natalie Dessay accompagnée par Concerto Köln sous la direction d'Evelino Pidò au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Saisissante in extremis
© Simon Fowler / EMI

Ennemie déclarée de tout ce que le monde de l'opéra peut avoir à ses yeux de conventionnel, jusqu'à jouer des idées reçues du grand public, d'ailleurs assez éloignées de la réalité du théâtre lyrique, Natalie Dessay ne pouvait se soumettre que de mauvaise grâce au rituel imposé du concert promotionnel, par trop éloigné de ses désirs de théâtre.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 22/01/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Ce qui frappe d'emblée à l'entrée de Natalie Dessay sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées pour ce concert au caractère promotionnel affiché, avec séance de dédicace obligée, c'est le fossé qui sépare l'image enjouée, volontiers provocante, un brin gouailleuse, pour ne pas dire ordinaire, qu'elle s'applique à donner sur les plateaux de télévision, du masque austère qu'elle arbore, comme s'acquittant de fort mauvaise grâce d'un exercice dont elle se serait bien passée. Mais n'est-il pas, justement, la rançon de la gloire ?

    Il confirme en tout cas que la soprano française ne s'épanouit vraiment qu'impliquée dans des mises en scène qui lui permettent de se jeter corps et âme dans ses personnages, jusqu'à ce qu'ils coulent dans ses veines. Si le programme se révèle le reflet pour ainsi dire exact de son dernier disque, complété par la seule et unique Symphonie en ré de Cherubini où Evelino Pidò se montre toujours aussi systématiquement rigide, prosaïque et incapable de faire sonner le Concerto Köln, ailleurs remarquable, autrement que comme une formation de seconde zone, Dessay n'en a incarné aucune des héroïnes sur scène. Cela se voit, et surtout, cela s'entend.

    Il n'est pas ici question de l'adéquation des moyens de cette voix de couleur, de texture, de manières typiquement françaises au bel canto romantique italien. D'autres avant elle, d'éducations, de typologies diverses ont su franchir cet obstacle, le plus souvent au grand dam d'une frange de puristes, et s'approprier ce répertoire avec une force de conviction qui mérite sinon l'admiration, du moins le respect. Dessay n'est donc ni plus ni moins illégitime en Amina, Elvira, Gilda, ou Giulietta que n'importe quelle colorature ne possédant ni la personnalité, le timbre fauve de Maria Callas, ni la technique transcendante de Joan Sutherland ou Beverly Sills, qui n'en fut pas moins contestée.

    Ainsi, tout est proprement, souvent même fort joliment chanté, avec ici et là quelques piani qui se dérobent, une intonation légèrement contrariée, mais aussi une plus grande régularité d'émission, sans ces variations d'amplitude du vibrato selon la hauteur qui perturbaient autrefois la ligne, des registres plus homogènes, du fait d'un médium plus étoffé et d'un aigu moins facile, moins cristallin, mais nourri des harmoniques du reste de la voix.

    Non, ce qui frustre ici, c'est l'absence, la transparence d'une interprète qui se veut avant tout actrice. S'il est un rôle qui authentiquement dépasse ses moyens actuels, c'est bien Maria Stuarda ; la cabalette ne laisse pas planer le moindre doute. Mais sans cette neutralité expressive, son Elvira des Puritains pourrait être, soeur de Somnambule, une incarnation infiniment poétique.

    Un corps pas encore engagé

    De même, la Dessay a pour Gilda une fragilité, des délicatesses, un trille aussi qui sont plus que des promesses, mais encore une fois le corps n'y est pas engagé. Et puis soudain, le regard, la tenue changent. Violetta entre en scène. C'est assurément que la prise de rôle, à l'été 2009, déjà la travaille, la questionne, et que pour cette raison même, elle donne ici davantage que sa seule voix.

    Nul ne peut encore savoir ce que sera le portrait en pied de cette Traviata, avec ce qui pour une voix d'essence légère représente des écueils ? deuxième et troisième actes. Qu'importe pour l'heure, puisque pour ce qui est de la seule scène du premier acte, Dessay y trouve un terrain pour s'inventer des couleurs, une pugnacité, une largeur d'émission ? les contre- bémol sur gioir sont, de ce fait, peut-être légèrement trop bas ? sans perdre le délié de la colorature, ni le contre-mi bémol. Et l'on se dit en la voyant que la production tant controversée de Christoph Marthaler irait bien à cette môme


    En bis, l'air de Giulietta des Capulets et Montaigus se déroule sur des ?ufs, pas tout à fait pur. Contraste saisissant avec le finale de la scène de folie de Lucia, Spargi d'amaro pianto. Le rôle rivé au corps, justement parce qu'il est le seul abordé à la scène, possédé dans son intégralité, la soprano propose une véritable incarnation, d'une détresse trop uniment vindicative peut-être, mais saisissante, enfin.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 22/01/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de la soprano Natalie Dessay accompagnée par Concerto Köln sous la direction d'Evelino Pidò au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Gaetano Donizetti (1797-1848)
    O Nube ! che lieve, extrait de Maria Stuarda
    Luigi Cherubini (1760-1842)
    Symphonie en ré majeur
    Vincenzo Bellini (1801-1835)
    O rendetemi la speme, extrait de I Puritani
    Gaetano Donizetti
    Ouverture de Roberto Devereux
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Caro nome, extrait de Rigoletto
    Prélude du premier acte et Ah, fors'è lui, extraits de la Traviata

    Natalie Dessay, soprano
    Concerto Köln
    direction : Evelino Pidò

     


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