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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juin 2020

Première à l'Opéra de Lorraine du Sant'Alessio de Landi mis en scène par Benjamin Lazar et sous la direction de William Christie.

L'apothéose nancéienne de Saint Alexis
© Sylvain Guichard

Créé à Caen puis repris à Paris, le Sant'Alessio de Stefano Landi inaugurant la collaboration entre William Christie, qui sortit l'oeuvre de l'oubli en la gravant pour Erato voici déjà plus de dix ans, et Benjamin Lazar, champion de la reconstitution historique, trouve enfin à l'Opéra de Nancy un temple propice à son apothéose.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 25/01/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Parce que le Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es nous semble d√©finitivement inadapt√©, par sa configuration spatiale autant que par son acoustique, aux op√©ras du premier baroque italien, nous avons souhait√© revoir le Sant'Alessio dans des conditions qui nous permettent d'en rendre compte avec l'acuit√© que m√©rite cette quasi-recr√©ation appel√©e √† faire date avant m√™me sa r√©alisation. D'autant que la repr√©sentation parisienne √† laquelle nous avions assist√© n'avait pas manqu√© de nous rendre sceptique sur ce point. Beau spectacle, certes, et servi par des voix non moins belles qu'inattendues, mais aux mots indistincts, au continuo √©vapor√© ¬Ė Anna Caterina Antonacci subissait le m√™me sort dans Era la notte.

    Les dimensions, l'intimit√© m√™me de l'Op√©ra de Nancy nous invitent √† affiner, voire infl√©chir ce jugement plus frustr√© que d√©finitif, tant d'un point de vue th√©√Ętral que musical, gr√Ęce au caract√®re palpable que rev√™t la repr√©sentation. Ainsi, les tableaux agenc√©s par Benjamin Lazar et son √©quipe prennent enfin vie, et justifient une d√©marche historique dont le r√©cent Cadmus et Hermione r√©v√©lait certaines limites.

    Plut√īt que de reconstituer avec des moyens in√©vitablement moindres les fastes de l'op√©ra de cour du XVIIe si√®cle, le metteur en sc√®ne et sa sc√©nographe Adeline Caron ont pris le parti, √† notre sens plus inventif, de l'√©vocation. Point de toiles peintes, ni de machines √† proprement parler, mais trois √©l√©ments architecturaux en bois inspir√©s des gravures de Fran√ßois Collignon illustrant l'√©dition originale de la partition, dont l'ing√©nieuse mobilit√© recr√©e les diff√©rents lieux d√©crits par le livret, et auxquels l'√©clairage √† la bougie conf√®re des reflets cuivr√©s.

    © Nathaniel Baruch

    De m√™me, Benjamin Lazar s'est appuy√© sur le r√©cit de l'√©crivain fran√ßais Jean-Jacques Bouchard, qui assista √† la cr√©ation de l'op√©ra au palais Barberini, pour la sc√®ne de carnaval qui cl√īt le premier acte. Mais alors que dans Cadmus √† Hermione, la rh√©torique gestuelle tendait √† devenir une fin, se substituant √† la notion, certes anachronique, de direction d'acteurs, elle appara√ģt ici comme un moyen, dont les chanteurs usent avec libert√© et fluidit√©. Car si la Sposa de Max Emanuel Cencic s'y plie avec une ineffable gr√Ęce, pr√©servant le travesti de l'artifice et de la caricature, la stature du Demonio de Luigi De Donato se suffit √† elle-m√™me, tandis que la Madre de Xavier Sabata tombe √† genoux comme guid√©e par le mouvement des √©toffes d√©ploy√©es en palette et drap√©s picturaux par Alain Blanchot.

    Contrari√© en septembre 2004, dans son d√©sir de ne distribuer David et Jonathas de Charpentier qu'√† des gar√ßons, comme il √©tait d'usage au coll√®ge des J√©suites o√Ļ l'op√©ra fut cr√©√©, par la mue tardive de deux pages du CMBV ¬Ė le sort s'acharnait ¬Ė, William Christie ne voit cette fois s'√©lever aucun obstacle √† son respect de l'interdit papal excluant les femmes de la sc√®ne romaine. Largement domin√©e par les voix aigu√ęs, la distribution r√©unit donc huit contre-t√©nors, sans que ne se trouve jamais fond√©e la crainte d'une uniformit√© des timbres.

    Prodige de clarté incarnée

    Prodige d'ang√©lique clart√©, et n√©anmoins incarn√©e, Philippe Jaroussky cis√®le les lignes souvent a√©riennes du r√īle-titre. D'une ampleur, d'une beaut√© de timbre uniques dans ce registre, Max Emanuel Cencic distille un envo√Ľtant belcantisme d'avant l'heure, qui lisse parfois les consonnes. Face √† la nourrice distingu√©e de Jean-Paul Bonnevalle, la Madre ogresque de Xavier Sabata est sans doute un rien excessive. Mais les valets de Jos√© Lemos et Damien Guillon forment un duo comique parfaitement contrast√©. Et si la vocalit√© trop engorg√©e d'Alain Buet contrarie la langue italienne, Luigi De Donato assume l'√©tendue stup√©fiante du D√©mon sans que le grain serr√©, noir de sa basse ne s'alt√®re.

    Tant que le compositeur Stefano Landi et son librettiste Giulio Rospigliosi, futur pape Clément IX, divertissent, fidèles aux préceptes de la Contre-Réforme, en mêlant les formes et les genres, l'accompagnement scrupuleux des Arts Florissants, en parfait équilibre acoustique avec le plateau, fait au Sant'Alessio un bel écrin, auquel le régale apporte sa teinte démoniaque.

    Mais d√®s qu'ils √©difient, pendant n√©cessaire selon Horace, et que le r√©citatif sermonne, s'aplanit, le continuo, pourtant color√©, perd tout ressort, ber√ßant le fid√®le sans contrecarrer les longueurs d'une premi√®re partie encha√ģnant les deux premiers actes. Non qu'il faille devancer le chanteur, ma√ģtre de sa d√©clamation, mais relancer son discours lorsque celui-ci s'enlise dans une rh√©torique peu famili√®re √† notre √©poque. Le d√©fi n'en √©tait que plus grand, et la somptuosit√© de sa r√©alisation d'autant plus admirable.




    Prochaines repr√©sentations : les 29 et 30 janvier √† l'Op√©ra de Nancy, les 14 et 16 f√©vrier au Grand Th√©√Ętre de Luxembourg.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 25/01/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Première à l'Opéra de Lorraine du Sant'Alessio de Landi mis en scène par Benjamin Lazar et sous la direction de William Christie.
    Stefano Landi (1587-1639)
    Il Sant'Alessio, dramma musicale en trois actes (1632)
    livret de Giulio Rospigliosi.

    Ma√ģtrise de Caen
    Les Arts Florissants
    direction : William Christie
    mise en scène : Benjamin Lazar
    collaboration artistique : Louise Moaty
    scénographie : Adeline Caron
    costumes : Alain Blanchot
    éclairages : Christophe Naillet
    chorégraphie : Françoise Deniau
    maquillages : Mathilde Benmoussa

    Avec :
    Philippe Jaroussky (Sant'Alessio), Max Emanuel Cencic (Sposa), Alain Buet (Eufimiano), Xavier Sabata (Madre), Damien Guillon (Curtio), Pascal Bertin (Nuntio), José Lemos (Martio), Luigi De Donato (Demonio), Jean-Paul Bonnevalle (Nutrice), Terry Wey (Roma, Religione), Ryland Angel (Adrasto), Ludovic Provost (Uno del choro).

     



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