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CRITIQUES DE CONCERTS 03 décembre 2020

Première des Kafka-Fragmente de György Kurtág dans la mise en scène d'Antoine Gindt au Carré Saint-Vincent, Orléans.

L'être et le fragment

Les Kafka-Fragmente de Kurt√°g ont √©t√© donn√©s en d√©cembre dans une nouvelle mise en sc√®ne d'Antoine Gindt √† Orl√©ans. Reprogramm√©s au th√©√Ętre de Saint-Quentin-en-Yvelines le 30 janvier, ces fragments sont un spectacle sans doute trop dense mais qui b√©n√©ficie des interpr√©tations exceptionnelles de la violoniste Carolin Widmann et de la soprano Salome Kammer.
 

Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
Le 13/12/2007
Laurent VILAREM
 



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  • Des compositeurs n√©s dans les ann√©es 1920, de ces g√©ants qui ont pour nom Boulez, Ligeti, Stockhausen, Gy√∂rgy Kurt√°g est parmi eux celui dont la reconnaissance internationale fut la plus tardive mais dont l'√©toile brille aujourd'hui avec un feu sans cesse plus nourri, particuli√®rement aupr√®s des musiciens. Serait-ce parce qu'il est le plus proche d'une certaine forme de tradition, avec sa vocalit√© viennoise, ses hommages au romantisme et son attachement √† la musique de son pays natal ? Son √©criture, √©conome, aphoristique, serait celle d'un Webern, mais plus ouvertement port√© sur la souffrance de l'homme, car on peut √† bon droit d√©finir Kurt√°g comme le musicien de la plainte, comme le chantre de la douleur vivante.

    Ses Kafka-Fragmente de 1985 sont √† ce jour son oeuvre la plus longue et se composent de quarante courts extraits tir√©s de l'oeuvre de Kafka, compil√©s par Kurt√°g lui-m√™me dans une logique qui d√©fie l'analyse. Donn√©e en cr√©ation au Carr√© Saint-Vincent d'Orl√©ans et rejou√©e le 30 janvier au Th√©√Ętre de Saint-Quentin-en-Yvelines, avant de tourner dans toute la France la saison prochaine, cette production a √©t√© confi√©e aux bons soins d'Antoine Gindt.

    Trop bons soins parfois, tant tout au long de cette heure de musique, les id√©es de mise en sc√®ne s'ajoutent et s'agglom√®rent. Plus qu'une sc√®ne nue qui donnerait √† voir l'affrontement intense entre une soprano et un violon, le metteur en sc√®ne place en effet en arri√®re-plan une estrade sur laquelle si√®ge un public stylis√© de figurants, il d√©double √©galement la sc√®ne par des vid√©os ¬Ė on jurerait que Gindt a vu le Tristan de Peter Sellars et Bill Viola √† Bastille ¬Ė, use de nombreux d√©placements entre les silences, bref, arbore une th√©√Ętralit√© qui d√©sincarne le plus souvent le corps √† corps attendu. Mais avec Kafka, sait-on vraiment ce qui est attendu ?

    Lorsque l'attention se reporte enfin sur les interpr√®tes s'incarne alors avec efficacit√© le lien aussi fraternel que fratricide du violon et de la chanteuse. On parvient alors √† entendre la limpidit√© hallucinante de gestes instrumentaux, tel ce violon qui s'accorde √† l'√©nonc√© du mot ¬ę puret√© ¬Ľ, ce jeu en doubles cordes qui parvient √† mimer la circulation d'un tramway, ou encore ces cris effray√©s d'une chanteuse qui exhorte √† ce qu'il n'y ait plus jamais ¬ę rien de tel ¬Ľ.

    Il y a une grande vari√©t√© th√©√Ętrale entre √©change, lutte ou indiff√©rence, dans ses Kafka-Fragmente ; moins que des √©piphanies, ils sont une succession de moments intenses, cruciaux, isol√©s, que la mise en sc√®ne essaie avec plus ou moins de bonheur d'illustrer. Car malgr√© de belles id√©es sc√©nographiques ¬Ė int√©ressants jeux de perspectives notamment ¬Ė, il manque √† ce spectacle l'angoisse, le fr√©missement de l'instant, ce sentiment de catastrophe √† venir propre √† la musique de Kurt√°g, cette inqui√©tude si humaine qui seule semble s'apaiser dans des hommages, ici √† Schumann et √† Pierre Boulez pour deux brefs num√©ros. Sans doute les prochaines repr√©sentations parviendront √† un plus grand liant.

    Le spectacle est n√©anmoins √† voir ; sa puissance hante longtemps, particuli√®rement gr√Ęce √† ses exceptionnels interpr√®tes : la violoniste Caroline Widmann, dont l'incomparable virtuosit√© semble s'enraciner dans les tr√©fonds de la terre, et la soprano Salome Kammer, immense diseuse, tour √† tour enfantine, mutine, merveilleuse, dont le visage et la voix r√©v√®lent un inestimable v√©cu.




    Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
    Le 13/12/2007
    Laurent VILAREM

    Première des Kafka-Fragmente de György Kurtág dans la mise en scène d'Antoine Gindt au Carré Saint-Vincent, Orléans.
    György Kurtág (*1926)
    Kafka-Fragmente
    Salome Kammer, soprano
    Carolin Widmann, violon
    mise en scène : Antoine Gindt
    sc√©nographie et √©clairages : Klaus Gr√ľnberg
    costumes : Gwendoline Bouget

     


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