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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Première des Kafka-Fragmente de György Kurtág dans la mise en scène d'Antoine Gindt au Carré Saint-Vincent, Orléans.

L'être et le fragment

Les Kafka-Fragmente de Kurtág ont été donnés en décembre dans une nouvelle mise en scène d'Antoine Gindt à Orléans. Reprogrammés au théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines le 30 janvier, ces fragments sont un spectacle sans doute trop dense mais qui bénéficie des interprétations exceptionnelles de la violoniste Carolin Widmann et de la soprano Salome Kammer.
 

Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
Le 13/12/2007
Laurent VILAREM
 



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  • Des compositeurs nés dans les années 1920, de ces géants qui ont pour nom Boulez, Ligeti, Stockhausen, György Kurtág est parmi eux celui dont la reconnaissance internationale fut la plus tardive mais dont l'étoile brille aujourd'hui avec un feu sans cesse plus nourri, particulièrement auprès des musiciens. Serait-ce parce qu'il est le plus proche d'une certaine forme de tradition, avec sa vocalité viennoise, ses hommages au romantisme et son attachement à la musique de son pays natal ? Son écriture, économe, aphoristique, serait celle d'un Webern, mais plus ouvertement porté sur la souffrance de l'homme, car on peut à bon droit définir Kurtág comme le musicien de la plainte, comme le chantre de la douleur vivante.

    Ses Kafka-Fragmente de 1985 sont à ce jour son oeuvre la plus longue et se composent de quarante courts extraits tirés de l'oeuvre de Kafka, compilés par Kurtág lui-même dans une logique qui défie l'analyse. Donnée en création au Carré Saint-Vincent d'Orléans et rejouée le 30 janvier au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, avant de tourner dans toute la France la saison prochaine, cette production a été confiée aux bons soins d'Antoine Gindt.

    Trop bons soins parfois, tant tout au long de cette heure de musique, les idées de mise en scène s'ajoutent et s'agglomèrent. Plus qu'une scène nue qui donnerait à voir l'affrontement intense entre une soprano et un violon, le metteur en scène place en effet en arrière-plan une estrade sur laquelle siège un public stylisé de figurants, il dédouble également la scène par des vidéos ? on jurerait que Gindt a vu le Tristan de Peter Sellars et Bill Viola à Bastille ?, use de nombreux déplacements entre les silences, bref, arbore une théâtralité qui désincarne le plus souvent le corps à corps attendu. Mais avec Kafka, sait-on vraiment ce qui est attendu ?

    Lorsque l'attention se reporte enfin sur les interprètes s'incarne alors avec efficacité le lien aussi fraternel que fratricide du violon et de la chanteuse. On parvient alors à entendre la limpidité hallucinante de gestes instrumentaux, tel ce violon qui s'accorde à l'énoncé du mot « pureté », ce jeu en doubles cordes qui parvient à mimer la circulation d'un tramway, ou encore ces cris effrayés d'une chanteuse qui exhorte à ce qu'il n'y ait plus jamais « rien de tel ».

    Il y a une grande variété théâtrale entre échange, lutte ou indifférence, dans ses Kafka-Fragmente ; moins que des épiphanies, ils sont une succession de moments intenses, cruciaux, isolés, que la mise en scène essaie avec plus ou moins de bonheur d'illustrer. Car malgré de belles idées scénographiques ? intéressants jeux de perspectives notamment ?, il manque à ce spectacle l'angoisse, le frémissement de l'instant, ce sentiment de catastrophe à venir propre à la musique de Kurtág, cette inquiétude si humaine qui seule semble s'apaiser dans des hommages, ici à Schumann et à Pierre Boulez pour deux brefs numéros. Sans doute les prochaines représentations parviendront à un plus grand liant.

    Le spectacle est néanmoins à voir ; sa puissance hante longtemps, particulièrement grâce à ses exceptionnels interprètes : la violoniste Caroline Widmann, dont l'incomparable virtuosité semble s'enraciner dans les tréfonds de la terre, et la soprano Salome Kammer, immense diseuse, tour à tour enfantine, mutine, merveilleuse, dont le visage et la voix révèlent un inestimable vécu.




    Carré Saint-Vincent, Scène Nationale, Orléans
    Le 13/12/2007
    Laurent VILAREM

    Première des Kafka-Fragmente de György Kurtág dans la mise en scène d'Antoine Gindt au Carré Saint-Vincent, Orléans.
    György Kurtág (*1926)
    Kafka-Fragmente
    Salome Kammer, soprano
    Carolin Widmann, violon
    mise en scène : Antoine Gindt
    scénographie et éclairages : Klaus Grünberg
    costumes : Gwendoline Bouget

     


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