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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juin 2020

R√©cital du t√©nor Rolando Villaz√≥n accompagn√© par l'Orchestre Philharmonique de Prague sous la direction de Daniele Callegari dans le cadre des Grandes Voix au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Le retour du fils prodigue
© Ana Bloom

Le concert de Rolando Villaz√≥n au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es √©tait d'autant plus attendu qu'il marquait la rentr√©e parisienne du t√©nor apr√®s six mois de repos vocal forc√©. Des retrouvailles enflamm√©es avec une personnalit√©, un musicien, une voix d'une g√©n√©rosit√© rare √† notre √©poque, mais √† laquelle nous confessons rester insensible.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 28/01/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Que les admirateurs de Rolando Villaz√≥n qui n'ont pu assister au concert de rentr√©e, complet depuis des mois, de leur idole, soient rassur√©s, le t√©nor d√©sormais franco-mexicain a recouvr√© ses moyens vocaux apr√®s six mois de repos forc√©. Mais nous devons en toute subjectivit√© avouer notre totale imperm√©abilit√© √† cette g√©n√©rosit√© qui transpire de la moindre note √©mise par ce fougueux gosier.

    Est-ce d√Ľ, dans le d√©sordre, √† ce timbre qui nous a toujours paru artificiellement assombri, et qui l'est davantage encore dans une premi√®re partie r√©solument v√©riste, compos√©e d'airs dans lesquels se sont illustr√©s des t√©nors spinti √† la vocalit√© naturellement plus muscl√©e ? √Ä ce legato √† ce point coul√© dans le bronze qu'il en devient asphyxiant ? √Ä cette approche fulgurante du texte musical, et en d√©finitive assez univoque jusque dans ses nuances, qui laisse √† peine le temps de compatir aux maux dont souffrent des h√©ros assur√©ment tortur√©s, pour peu qu'on les identifie, et encore moins de mesurer l'incontestable raret√© de certaines pages d√©busqu√©es par le t√©nor ¬Ė qui peut se vanter d'avoir entendu Il Figliuol Prodigo d'Amilcare Ponchielli et Fosca du br√©silien Antonio Carlos Gomes, cr√©√©e √† la Scala en 1873, dans leur int√©gralit√© ?

    Trente-cinq minutes qui en paraissent dix, la première partie nous aura en somme laissé aussi admiratif devant des qualités dont on ne peut nier l'impact immédiat que dubitatif face à un personnage paradoxalement insaisissable dans son désir apparent de vouloir tout donner.

    Presque entièrement consacrée à Verdi, la deuxième partie restitue le ténor à des tessitures plus lyriques qui lui conviennent a priori davantage, mais révèle les tensions d'une émission sous pression. La couverture prononcée du médium, contrebalancée par quelques voyelles exagérément éclaircies, tend ainsi à diminuer l'éclat de l'aigu, d'une ardeur combative, mais jamais solaire.

    S'il manque de d√©sinvolture vocale, le Questo e quella du Duc de Mantoue est d√©taill√© avec l'art d'un vrai com√©dien, mais ce musicien d'instinct sup√©rieur, jamais √† court de nuances ¬Ė la mezza voce extatique de Quando le sere al placido ¬Ė, fait br√Ľler Gabriele Adorno de Simon Boccanegra, Rodolfo de Luisa Miller, et Paolo de la Fosca de Gomez du feu d'une passion g√©n√©rique, ce que nous avons d'autant plus mauvaise gr√Ęce de souligner que le concert est une √©preuve redoutable √† cet √©gard, et que les vrais temp√©raments sont rares en cette √©poque √©dulcor√©e.

    Don de soi

    Le timbre chaud, viril, juvénile de Rolando Villazón et ce don de soi, ce plaisir de chanter ne valent-ils pas cent fois mieux que les sourires crispés de Natalie Dessay la semaine dernière sur la même scène, avec en prime un Orchestre Philharmonique de Prague rutilant sous la baguette diligente de Daniele Callegari ?

    Le public ne s'y trompe pas, qui fait √† son t√©nor favori un triomphe digne du cirque, avec force cris, l'un r√©clamant Werther, l'autre l'√Člixir d'amour. Ce seront finalement Giunto sul passo estremo, extrait de Mefistofele d'Arrigo Boito, O Sole moi, et enfin Granada. Le Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es se l√®ve comme un seul homme, hormis quelques irr√©ductibles insensibles dont nous regrettons sinc√®rement de faire partie.

    Avouons enfin notre lassitude de voir les chanteurs condamn√©s par les lois du marketing √† reproduire en concert le programme de leurs disques r√©cemment parus, ou √† para√ģtre. Le premier r√©cital de Rolando Villaz√≥n chez Deutsche Grammophon sort d√©but mars. Nous l'avons re√ßu la semaine derni√®re. Devinez le programme !




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 28/01/2008
    Mehdi MAHDAVI

    R√©cital du t√©nor Rolando Villaz√≥n accompagn√© par l'Orchestre Philharmonique de Prague sous la direction de Daniele Callegari dans le cadre des Grandes Voix au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Amilcare Ponchielli (1834-1886)
    Prélude et Cielo e Mar, extraits de La Gioconda
    Francesco Cilea (1866-1950)
    Intermezzo, La dolcissima effigie, L'anima ho stanca, extraits d'Adriana Lecouvreur
    Ruggero Leoncavallo (1857-1919)
    Intermezzo, extrait de Pagliacci
    Amilcare Ponchielli
    Il Padre, extrait de Il Figliuol prodigo
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Sinfonia, extraite de Nabucco
    Questo e quella, extrait de Rigoletto
    O inferno, extrait de Simon Boccanegra
    Prélude, extrait de Rigoletto
    O fede negar potessi, extrait de Luisa Miller
    Antonio Carlos Gomez (1836-1896)
    Intenditi con Dio, extrait de Fosca

    Rolando Villazón, ténor

    Orchestre Philharmonique de Prague
    direction : Daniele Callegari

     


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