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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2019

Nouvelle production de la Dame de Pique de Tchaïkovski mise en scène par Arnaud Bernard et sous la direction de Tugan Sokhiev au Théâtre du Capitole, Toulouse.

TchaĂŻkovski Ă  la folie
© Patrice Nin

Barbara Haveman (Lisa)

Débuts fracassants du jeune Tugan Sokhiev dans la fosse du Capitole, distribution portée par l'Hermann halluciné de Vladimir Galouzine et mise en scène s'immisçant dans la brèche de l'aliénation mentale, tels sont les ingrédients réunis à Toulouse par Nicolas Joel pour une Dame de Pique qui a des chances de rester dans les mémoires.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 10/02/2008
Yannick MILLON
 



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  • Ă€ tout seigneur tout honneur, Ă©voquons d'abord l'objet du succès majeur de la nouvelle Dame de Pique prĂ©sentĂ©e au Capitole de Toulouse : la direction de Tugan Sokhiev, qui rĂ©affirme haut et fort le bĂ©nĂ©fice d'un interprète Ă  personnalitĂ© en fosse pour porter au pinacle une reprĂ©sentation lyrique.

    D'une irrépressible énergie – les choeurs de la scène finale –, d'un dramatisme insolent, d'une violence à couper le souffle – la conclusion du tableau de l'orage, saluée par un tonnerre d'applaudissements –, sa battue rapide, d'une tension et d'un lyrisme exacerbés, emporte tout sur son passage – il est jusqu'à l'intermède mozartien d'avancer à coups de cravache.

    D'un mimétisme gestique flagrant avec Valery Gergiev, le jeune Ossète ferait passer son compatriote pour un Kapellmeister penaud dans cette partition pour le moins contrastée. L'Orchestre du Capitole, en forme olympique, a d'ailleurs toute latitude pour faire briller ses cuivres acérés, ses timbales fulgurantes, ses bois soignés, et confirme la passion sans nuage qu'il vit avec son directeur musical.

    Une telle frénésie, assurément grisante dans l'actuel consensus mou des fosses, nécessite toutefois de véritables pointures vocales, capables de passer le déferlement orchestral. Là aussi, belle réussite avec une distribution dont les quelques manques sont happés par le raz-de-marée général.

    © Patrice Nin

    Tout d'un bloc, tétanisant de présence et de noirceur, véritable phénomène, Vladimir Galouzine est un Hermann halluciné, voix énorme, assourdissante, pour qui la scène est condition sina qua non. Au niveau purement vocal, il y aurait de quoi gloser sur ce timbre rugueux, presque plus sombre que celui des barytons du plateau, cette émission monolithique, sans une once de morbidezza, cette demi-teinte détimbrée, ces sons laryngés, mais devant pareille incarnation de torche vivante, pareil feu sacré, on finit par oublier une vocalité primaire.

    D'abord un peu large d'émission sur le haut-médium, Barbara Haveman trouve progressivement l'accroche nécessaire pour ne pas encombrer Lisa d'une ligne trop lourde, et affiche des aigus juvéniles d'une très belle ferveur dans le renoncement du III. La jeunesse, voilà ce qui fait le plus défaut au solide mais terne Eletski de Vladimir Chernov, tandis que Boris Statsenko offre à Tomski une diction et un aigu mordants.

    © Patrice Nin

    La Comtesse de Raina Kabaivanska se situe quant à elle aux limites extrêmes de l'usure acceptable, mais la présence de cette voix d'outre-tombe, spectrale, rongée jusqu'à la moelle et laissant Grétry en lambeaux, vaut une scène nocturne fascinante autant qu'hypnotique. Belles intentions enfin de la Pauline tout en frémissements de Varduhi Abrahamyan.

    Emboîtant le pas du recentrage vers Pouchkine et de la transposition de l'intrigue dans un asile d'aliénés déjà défendue par Lev Dodin à la Bastille, Arnaud Bernard joue habilement d'un dispositif scénique clinique – le carrelage blanc omniprésent – et amovible, dont la hauteur renforce la sensation d'enfermement, de mouvements de foule robotisés et d'images fortes comme ces murs de douche suintant le sang à la mort de Lisa, cette table de jeu se révélant in fine la civière d'Hermann.

    On sera plus circonspect devant certains partis pris – les ustensiles gériatriques de la Comtesse ; l'apparition de la Tsarine en travesti claudiquant après un intermède pastoral joué dans un intérieur soviétique des années 1970, avec comme marque de prestige de Plutus la télévision en couleurs plutôt qu'en noir et blanc – pour retenir avant tout de cette ultime représentation un sentiment de cohésion globale autour de la direction électrisante de Tugan Sokhiev.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 10/02/2008
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Dame de Pique de Tchaïkovski mise en scène par Arnaud Bernard et sous la direction de Tugan Sokhiev au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (1840-1893)
    La Dame de Pique, opéra en trois actes (1890)
    Livret de Modest Moussorgski d'après Pouchkine

    Choeur et Maîtrise du Capitole
    Orchestre national du Capitole de Toulouse
    direction : Tugan Sokhiev
    mise en scène : Arnaud Bernard
    décors : Alessandro Camera
    costumes : Carla Ricotti
    Ă©clairages : Patrick MĂ©eĂĽs
    préparation des choeurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Vladimir Galouzine (Hermann), Vladimir Chernov (Eletski), Boris Statsenko (Tomski / Plutus), Barbara Haveman (Lisa), Raina Kabaivanska (la Comtesse), Varduhi Abrahamyan (Pauline / Daphnis), Vladimir Solodovnikov (Tchékalinski), Balint Szabo (Sourine), Carolin Masur (la Gouvernante), Elena Poesina (Macha / Chloé), Antoine Normand (le Maître de cérémonies), Martin Mühle (Tchaplitski), Kyung Il Ko (Narumov).

     



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