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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de Luisa Miller de Verdi mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Massimo Zanetti à l'Opéra de Paris.

Fausse naïveté ou vraie provocation ?
© Frank Ferville

Andjez Dobber (Miller), Ana Maria Martinez (Luisa) et Ramon Vargas (Rodolfo).

Étrange impression donnée par cette nouvelle production de Luisa Miller de Verdi à l'Opéra Bastille. Plutôt bien chantée, dirigée avec autorité et enthousiasme, l'oeuvre est présentée dans une mise en scène au premier degré, à la direction d'acteurs très statique, qui met ses faiblesse en exergue. Une autre forme de provocation ?
 

Opéra Bastille, Paris
Le 14/02/2008
Gérard MANNONI
 



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  • Il est diablement difficile de mettre en scène un opéra aujourd'hui. Le jeu a été tellement brouillé par tant de cartes truquées distribuées un peu partout qu'on n'a plus guère de repères pour juger de la bonne foi des artisans d'un nouveau spectacle. Le public, à qui l'on propose les brillantes hardiesses des Marthaler et autres Warlikowski, se trouve soudain confronté à une esthétique tellement opposée qu'il ne sait plus si c'est une autre forme de provocation ou simplement un retour à des normes hyper traditionnelles.

    Les discussions allaient donc bon train à l'entracte de cette nouvelle Luisa Miller, dont les douces images style chromo ou première communion, ou encore Comtesse de Ségur, plutôt charmantes d'ailleurs, et une direction d'acteurs figurative au premier degré paraissaient trop simples pour être sans arrière pensée. En fait, quelles qu'aient été les intentions réelles de Gilbert Deflo, à qui l'on doit quelques indiscutables réussites sur ce même plateau, cela ne fonctionne pas du tout ici.

    Il y a plusieurs raison à cela. Luisa Miller n'est pas le chef-d'oeuvre de Verdi, on le sait bien. Belle partition certes, avec des airs bien lyriques, des ornements encore proches du bel canto, mais une progression dramatique moins bien graduée que celle des opéras ultérieurs. Le côté extrêmement manichéen du livret inspiré par la pièce de Schiller était en prise directe avec la sensibilité romantique.

    On adorait ces histoires de princes qui séduisent des bergères, dans la ballet comme dans l'opéra. Ces histoires finissent toujours mal, même aujourd'hui, car il y a toujours l'affreux intrigant qui écrase les innocents. Quand les personnages ont la dimension shakespearienne d'un Iago et d'un Otello, l'impact va de soi. Quand ils ne sont que la si pure et si soumise Luisa et son Rodolphe plus loser que possible en tous domaines, les problèmes commencent.

    Il faut trouver un moyen de les faire paraître à nos yeux autrement que comme des minables dont on se désintéresse très vite. Un spectacle doit ouvrir des portes dans l'imaginaire du spectateur. Sinon, une version de concert ou l'audition d'un disque font aussi bien l'affaire. Or, le principal échec de cette approche visuelle linéaire et paisiblement narrative est de souligner tous les défauts aussi bien musicaux que dramatiques de l'ensemble, en se contenant de tout mettre à plat sans la moindre incitation cérébrale ou sensitive.

    Une fois encore, un tel spectacle n'apporte rien de plus qu'une écoute aveugle, sauf qu'il prête souvent à sourire ou à rire et même à faire ricaner ceux qui affirment que, décidément, Verdi
    Et c'est bien dommage !

    Alors, les voix seules relèvent-elles mieux le défi ? Reconnaissons qu'à la toute dernière scène, Ana Maria Martinez (Luisa) et Ramon Vargas (Rodolfo) parviennent à émouvoir par la seule intensité de leur interprétation. On n'a plus envie de rire, car ils savent faire passer par la musique tout ce que le spectacle aurait dû traduire depuis le début. Ils n'en rajoutent pas, mais la maîtrise du phrasé, la sincérité de l'expression, la qualité des timbres et l'investissement intérieur sont très efficaces.

    Distribution de bon niveau

    Dans l'ensemble, d'ailleurs, la distribution est de bon niveau. Nous sommes loin, c'est évident, des Pavarotti, Ricciarelli, Cappuccilli et Denize de la production 1983. C'était une autre planète ! Mais Ana Maria Martinez a une très jolie voix bien menée, Ramon Vargas chante avec goût et se sert habilement d'un timbre d'une ampleur moyenne mais de couleur agréable.

    Plus impressionnants sont les moyens de la basse russe Ildar Abdrazakov (le Comte Walter) qui en devient quasiment le personnage que l'on préfère, malgré toute sa noirceur ! Le Coréen Kwangchul Youn est un excellent Wurm à tous égards. Maria José Montiel est une duchesse plus convaincante scéniquement que vocalement et le Miller d'Andrzej Dobber connaît de beaux moment et d'autres pâtissant d'une émission trop rude.

    Les choeurs font ce qu'ils peuvent, gênés par le statisme qu'on leur impose. Pour ses débuts à l'Opéra, le chef Massimo Zanetti fait preuve d'autorité, et s'efforce avec enthousiasme et talent d'arracher le spectacle à la léthargie qui s'infiltre sournoisement au fil des minutes. On doit l'en remercier.

    Alors, quelles qu'aient été les intentions profondes des auteurs de ce spectacle, elles n'aboutissent qu'à une représentation plutôt ennuyeuse et frustrante, d'une partition qui mérite d'être défendue avec des armes d'une autre nature, comme elle le fut, d'ailleurs à Paris ou au festival d'Aix-en-Provence, il y a, c'est vrai, quelques décennies déjà.




    Opéra Bastille, jusqu'au 12 mars.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 14/02/2008
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de Luisa Miller de Verdi mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Massimo Zanetti à l'Opéra de Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Luisa Miller, opéra en trois actes (1849)
    Livret Salvatore Cammarano d'après le drame Kabale und Liebe de Schiller

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Massimo Zanetti
    mise en scène : Gilbert Deflo
    décors et costumes : William Orlandi
    éclairages : Joël Hourbeigt
    préparation des choeurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Ildar Abdrazakov (Il Conte di Walter), Ramon Vargas (Rodolfo), Maria José Montiel (Federica), Kwangchul Youn (Wurm), Andrzej Dobber (Miller), Ana Maria Martinez (Luisa), Elisa Cenni (Laura).

     



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