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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

La Belle Meunière de Schubert par Ian Bostridge et Graham Johnson à l'Auditorium du Louvre, Paris.

La vérité sur Schubert

Remplaçant le baryton français Stéphane Degout, le ténor britannique Ian Bostridge donne à l'Auditorium du Louvre une fascinante interprétation de la Belle Meunière de Schubert, portée par le piano expert de Graham Johnson. Une véritable leçon pour tous ceux qui veulent s'attaquer à ce type de répertoire et le font avec des degrés variables de réussite.
 

Auditorium du Louvre, Paris
Le 13/02/2008
Gérard MANNONI
 



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  • Ce n'est pas une surprise, car Ian Bostridge, même si certains discutent sa façon de chanter, est aujourd'hui l'un des plus passionnants spécialistes du Lied. Avec une voix qui n'est sans doute pas de la qualité de celle d'un Wunderlich jadis ou d'un Kaufmann aujourd'hui, il détient les clés d'un art que maîtrisent fort mal la plupart des chanteurs d'opéra qui s'y frottent.

    Pour chanter un cycle comme celui de la Belle Meunière, il faut en effet à la fois oublier ses habits de théâtre sans renoncer à la théâtralité, caractériser chacune des vingt mélodies en fonction de son texte et de sa musique, qui sont toujours très spécifiques, le faire dans l'esprit général du cycle dont il faut aussi respecter et traduire la progression et l'évolution.

    Dans un cycle romantique, on fait un voyage. On n'en est jamais au même point musicalement ni psychologiquement au début et à la fin. C'est ce qu'ont toujours compris ceux, hommes et femmes, qui ont su redonner le goût de cette musique à tout un public. Faut-il les nommer une fois de plus ? Ce furent les Schwarzkopf, Seefried, Fischer-Dieskau, Prey, Ludwig et ceux qui prirent la relève, mais qui ne le firent que sur le tard, ou occasionnellement. On est chanteur de Lieder dès le début d'une carrière, pas au moment où les grands rôles de théâtre commencent à vous lâcher.

    Que dire alors de cette Belle Meunière chantée par Bostridge, sinon que, dans une approche parfois quasi expressionniste ? mais pas forcément plus que ce que l'on entendait chez Fischer-Dieskau ou Schwarzkopf ?, il a traduit avec une force de conviction extraordinaire et une remarquable intelligence la quasi totalité de ce que contiennent les poèmes de Wilhelm Müller et la musique de Schubert ?

    Moins ouvertement métaphysique que celui du Voyage d'hiver, l'univers de la Belle Meunière est néanmoins complexe, avec ses humeurs plus subtilement nostalgiques, ses tentations suicidaires qui rôdent au bord du ruisseau, ses grands élans de désespoir qui vont au-delà de la mort, et cette impossible réconciliation avec le bonheur qui ne peut mener qu'à la tombe.

    C'est à la fois plus immédiatement pessimiste que le Winterreise, sous une apparence parfois douloureusement douce, et moins intellectuellement compliqué. On est plus au niveau du désespoir amoureux absolu que dans la logique d'une quête reliée à la grande tradition du voyageur romantique germanique, reprise notamment par Wagner dans son Wanderer de Siegfried.

    Tout cela, Ian Bostridge l'exprime parfaitement, avec une grande variété expressive : couleurs, dynamique, rythmes, choix des tempi, articulation et même, comme on l'avait aussi noté dans le récital bordelais de Jonas Kaufmann, par un comportement scénique jamais statique, toujours vivant, mais semblant naître spontanément de ce qui est dit et chanté.

    Son incroyable silhouette longiligne d'éternel étudiant d'Oxford ou de Cambridge est en permanence habitée et brûlée d'un feu intérieur qui ne ressemble en rien à une composition théâtrale. Bostridge vit, tout simplement, ce qu'il chante, et c'est magnifique, bouleversant.

    Il faut dire aussi qu'il a pour complice l'un des plus grands maîtres en la matière. Graham Johnson est le partenaire des plus grands interprètes de mélodie de plusieurs générations, une référence absolue. Il a d'ailleurs enregistré avec Bostridge ce même cycle en 1996. Un concert qui remet donc les pendules à l'heure, en des temps où l'on croit trop souvent qu'il suffit de savoir chanter l'opéra pour se produire au même niveau en récital.




    Auditorium du Louvre, Paris
    Le 13/02/2008
    Gérard MANNONI

    La Belle Meunière de Schubert par Ian Bostridge et Graham Johnson à l'Auditorium du Louvre, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Die schöne Müllerin (1823)
    Ian Bostridge, ténor
    Graham Johnson, piano

     


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