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CRITIQUES DE CONCERTS 20 novembre 2019

Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Hartmut Haenchen à l'Opéra de Paris.

Le piège de Parsifal
© Ruth Walz

Waltraud Meier (Kundry) et Christopher Ventris (Parsifal).

Alors que l'on attendait un vrai choc, la nouvelle production de Parsifal signée du sulfureux Krzysztof Warlikowski à l'Opéra de Paris est d'une vraie sagesse, comparée aux audaces absurdes dont a été récemment victime le dernier opéra wagnérien à Vienne et à Bayreuth notamment. On n'échappe pas au sacré si facilement.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 04/03/2008
Gérard MANNONI
 



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  • Sans doute excit√©e par un article tr√®s discutable publi√© dans un quotidien national le matin de la premi√®re et faisant √©tat de protestations du public lors de la r√©p√©tition g√©n√©rale, quelques spectateurs ont cru bon de huer l'√©quipe de production du spectacle au rideau final. D'une part, il n'est pas d'usage de commenter une r√©p√©tition dans la presse, en particulier de fa√ßon n√©gative. Cela ressemble trop √† un proc√®s d'intention ou, pourquoi pas, √† une cabale. Il y en eut d'autres √† l'Op√©ra de Paris.

    Et puis, surtout, il faut vraiment mal conna√ģtre Parsifal pour trouver √† redire √† ce qu'en montre Krzysztof Warlikowski. Comme ceux qui vinrent en 1976 √† la premi√®re du Ring √† Bayreuth munis de sifflets √† roulette pour siffler Boulez, Ch√©reau et Peduzzi, prouvant que munis de ce mat√©riel, ils avaient d'avance condamn√© le spectacle, les m√©contents de la Bastille √©taient pr√™ts √† une mise √† mort, quoi qu'il arrive. Que la vision d'Iphig√©nie en Tauride qu'avait donn√© le metteur en sc√®ne ait choqu√© est compr√©hensible. Mais que cette lecture √† la lettre du texte et de la musique de Parsifal puisse irriter √† ce point est absurde.

    S'il est un reproche que l'on peut faire √† Warlikowski, c'est plut√īt d'√™tre ici un peu ennuyeux par manque d'imagination et de hardiesse. On n'avait pas vu depuis longtemps cet op√©ra repr√©sent√© de mani√®re aussi figurative et lin√©aire, dans une sorte de mot √† mot, faisant coller l'image √† l'action. Comme si les racines chr√©tiennes et polonaises du metteur en sc√®ne l'avaient malgr√© lui contraint √† respecter le message bizarre mais n√©anmoins sacr√© de Wagner. On ne s'arrache pas au Graal si facilement !

    © Ruth Walz

    Ce n'est pas parce que la salle de la c√©l√©bration ressemble au grand amphith√©√Ętre de la Sorbonne, que les Filles-fleurs sont attabl√©es √† de petites tables genre bo√ģte de nuit ni que l'enchantement du Vendredi Saint se limite √† quelques plantes vertes que l'on raconte grand chose de nouveau ni de r√©volutionnaire sur l'oeuvre.

    Si plusieurs images fortes impressionnent au premier acte gr√Ęce notamment aux mouvements de la tournette qui permet de beaux effets correspondant au crescendo des choeurs et de l'orchestre, tout repose ensuite sur l'art des chanteurs pour soutenir l'int√©r√™t, et ce n'est pas le gentil repas familial r√©unissant √† la toute fin les principaux protagonistes qui rehausse le ton g√©n√©ral ni peut susciter le scandale.

    Ah oui ! C'est vrai, il y ces deux minutes extraites d'Allemagne, année zéro de Rossellini projetées avant le prélude du troisième acte. Ce sont les brèves images de cet enfant blond errant dans un Berlin rasé qui ont provoqué hurlements et invectives dans la salle. On croit rêver !

    Mais revenons à l'essentiel. Sans une distribution de tout premier ordre et une direction d'orchestre dans l'ensemble de haut niveau, ce Parsifal serait bien tristounet et sans grand relief. Même l'habituelle magie des décors de Malgorzata Szczesniak ne fonctionne qu'occasionnellement. On peut en outre s'interroger sur l'omniprésence de cet enfant qui regarde ce qui se passe et y participe parfois. L'œil de la pureté ? L'image de la régénérescence ? Celle du futur assuré de la lignée des chevaliers ? Au moins ces interrogations occupent-elles un peu l'esprit, même si le symbole n'est pas très clair.

    © Ruth Walz

    Le grand moment de th√©√Ętre lyrique, on le doit √† Waltraud Meier et Christopher Ventris dans leur affrontement du deuxi√®me acte. On a connu et entendu la premi√®re en meilleure forme vocale, mais quelle magistrale pr√©sence, quelle force expressive, quelle justesse dans le moindre geste, le moindre mouvement, la moindre intonation ! Et quel charme ! Ventris lui donne une r√©plique superbe, vocalement et dramatiquement, id√©al pour incarner la r√©sistance d'airain qu'il oppose √† la tentatrice. D'embl√©e, aucun doute ne subsiste, il ne c√©dera pas. Et pourtant, quel homme √† sa place ne craquerait pas face √† la Kundry de Meier !

    Talent inn√© des chanteurs, mais aussi direction d'acteurs ancr√©e dans la v√©rit√© du texte et de la musique. Au m√™me acte, tr√®s bien chant√© par Evgeny Nikitin, le personnage de Klingsor est en revanche con√ßu et mis en situation de mani√®re routini√®re, et l'effondrement de son univers figur√© de fa√ßon minimaliste. Dommage ! Malgr√© les vraies qualit√©s du Gurnemanz de Franz Josef Selig et de l'Amfortas d'Alexander Marco-Buhrmester, le troisi√®me acte se tra√ģne quelque peu, sans moments forts, sans progression dramatique suivant celle de la musique.


    Grande lecture de la partition ?

    La direction de Hartmut Haenchen n'est gu√®re attaquable. Claire, intelligente, exacte, √©quilibr√©e, elle sait utiliser les splendeurs d'un Orchestre de l'Op√©ra d√©cid√©ment somptueux. Est-ce pour autant une grande lecture de la partition ? Sans doute pas, surtout si l'on songe aux grands ma√ģtres du pass√© en ce domaine. Les choeurs masculins sonnent comme il convient, amples, solides, musicaux. Regrettons n√©anmoins que les choeurs f√©minins du premier acte soient √† la fois assez flous et d'une justesse approximative.

    Soir√©e √©trange, donc, d√©cevante sous un angle, gratifiante sous un autre, min√©e d'avance par certains qui se sont tromp√©s de cible et auraient mieux fait d'attendre une autre occasion pour attaquer non seulement un spectacle mais toute la politique artistique d'un directeur. Il est vrai que personne ne s'attendait √† un Warlikowski aussi pieusement respectueux des rites de la mystique wagn√©rienne, une dr√īle de mystique d'ailleurs, o√Ļ l√©gende et vraie foi font si bon m√©nage. Il y a bien de quoi s'y perdre





    Opéra Bastille, jusqu'au 23 mars.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 04/03/2008
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de Parsifal de Wagner mise en scène par Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Hartmut Haenchen à l'Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Hartmut Haenchen
    mise en scène : Krzysztof Warlikowski
    décors et costumes : Malgorzata Szczesniak
    éclairages : Felice Ross
    vidéo : Denis Guéguin
    préparation des choeurs : Winfried Maczewski

    Avec :
    Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Victor von Halem (Titurel), Franz Josef Selig (Gurnemanz), Evgeny Nikitin (Klingsor), Waltraud Meier (Kundry), Christopher Ventris (Parsifal), Gunnar Gudbjörnsson, Scott Wilde (Zwei Gralsritter), Hye-Youn Lee, Louise Callinan, Jason Bridges, Bartlomiej Misiuda (Vier Knappen), Adriana Kucerova, Valérie Condoluci, Louise Callinan, Yun-Jung Choi, Marie-Adeline Henry, Cornelia Oncioiu (Klingsors Zaubermädchen), Cornelia Oncioiu (Eine Altstimme aus der Höhe), Renate Jett (l'accompagnateur).

     



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