altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 30 octobre 2020

8e symphonie de Mahler par l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Palais Omnisports de Bercy, Paris.

Huit mille auditeurs pour un monument
© Eric Brissaud

Le gigantisme de Bercy pour une oeuvre gigantesque : c'était la gageure de l'Orchestre de Paris. Un pari réussi puisque, ce jeudi soir, quelque huit mille personnes se massent dans le POPB pour entendre la 8e symphonie de Mahler, qui, selon le maestro Christoph Eschenbach, est à la fois la passion du chef d'orchestre et le cauchemar du producteur.
 

Palais Omnisports de Bercy, Paris
Le 06/03/2008
Nicole DUAULT
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Saint Fran√ßois SDF

  • Chamboule-tout

  • En attendant G√∂rge‚Ķ

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Ce concert √©v√©nement l'√©tait √† plus d'un titre. Il c√©l√®bre le quaranti√®me anniversaire de la formation parisienne, concr√©tise une ambition europ√©enne et met en √©vidence le d√©veloppement d'actions p√©dagogiques men√©es aupr√®s des enfants et des jeunes musiciens form√©s par l'Acad√©mie de l'Orchestre de Paris.

    En effet, en dehors de la Ma√ģtrise de Radio France, quatre choeurs d'enfants ont √©t√© r√©unis pour travailler la 8e symphonie de Mahler depuis le d√©but de l'ann√©e scolaire. Les choeurs d'adultes rassemblent celui de l'Orchestre de Paris, le Wiener Singverein ainsi que le London Symphony Chorus : une id√©e de l'Europe musicale avec un regret, que ce concert n'ait pu √™tre √©galement programm√© dans d'autres capitales.

    Le protectionnisme culturel est encore grand dans le milieu des organisateurs de concerts. Au total, huit cents interpr√®tes, presque autant que lors de la cr√©ation de l'oeuvre, le 12 septembre 1910 √† Munich. On sait que son titre, ¬ę des Mille ¬Ľ, n'est pas d√Ľ √† Mahler, mais a √©t√© trouv√© par l'impresario qui organisa la premi√®re ex√©cution et souhaitait dans un but publicitaire √©voquer les effectifs consid√©rables que n√©cessite la partition.

    Difficile aujourd'hui de loger tant de monde sur une scène parisienne. C'est pourquoi Georges-François Hirsch, directeur administratif de l'orchestre, avait choisi Bercy, salle qui convient mieux aux concerts de rock et de variété qu'à la subtilité de la musique classique. Et l'acoustique n'est pas celle à laquelle nous a habitués le nouveau Pleyel. D'autant que pendant la première partie, la soufflerie de la climatisation trouble légèrement nos oreilles.

    La sonorisation en revanche semble parfaitement au point. Elle diff√©rencie les masses orchestrales et vocales, on entend le son et le chant d'o√Ļ ils proviennent r√©ellement. C'est l'une des premi√®res heureuses surprises de la soir√©e, la seconde √©tant la parfaite homog√©n√©it√© de l'ensemble. Ce n'est pas si facile quand les interpr√®tes sont issus de tant d'horizons diff√©rents.

    L'encha√ģnement des deux textes, le Veni creator en latin et la sc√®ne finale du Second Faust de Goethe en allemand, avec de nombreux points communs, r√©pond √† la volont√© de Mahler de c√©l√©brer un hymne √† la joie, √† l'esprit, √† la transcendance d'un monde o√Ļ l'essentiel d√©passe les apparences. La joie transpara√ģt dans les masses chorales de cette symphonie √©crite √† part √©gale pour solistes, choeurs et orchestre.

    Accueil triomphal pour Christoph Eschenbach qui, en chef d'armée ferme et avisé, mène admirablement et sans effet ses troupes, tout en finesse et en souplesse. Cela déconcerte d'ailleurs une partie du public, peu habitué, qui s'attendait surtout à du spectaculaire.

    Une certaine d√©ception provient en revanche de la conception plastique d'Ange Leccia qui, sur trois immenses √©crans, fait d√©filer des suites de cumulonimbus, de jets d'eau et autres vagues d'une banalit√© qui n'est pas √† la hauteur du talent habituel de cet artiste. N√©anmoins, une belle image marque la soir√©e, celle de la soprano Marisol Montalvo qui, de blanc v√™tue, en Mater Gloriosa, entonne ¬ę √©l√®ve-toi vers les sph√®res supr√™mes ! ¬Ľ On y est, dans le silence impressionnant d'une foule de spectateurs retenant leur souffle.







    Pari gagné

    L'enjeu √©tait de taille, le d√©fi √† quitte ou double. La 8e symphonie de Mahler dans le Palais Omnisports de Bercy, pour un public sans doute majoritairement √©tranger aux grandes salles de concert classique ? Si l'on pouvait l√©gitimement s'interroger, voire s'inqui√©ter quant √† la qualit√© finale d'une indispensable sonorisation, il faut saluer cette initiative de ¬ę vulgarisation ¬Ľ au meilleur sens du terme, rendant accessible au plus grand nombre un v√©ritable chef-d'oeuvre du r√©pertoire musical servi avec les plus hautes exigences qualitatives.

    Aussi éloigné des représentations pharaoniques d'opéra à degré zéro de mise en scène comme de chant, que de certains cross-over minables ne rendant justice à aucun des genres mélangés, ce projet s'avère d'une incomparable intelligence dans l'exigence, sans jamais trahir ni la lettre ni l'esprit de l'oeuvre présentée. D'aucuns crieront sans doute à l'élitisme, quand nous préférons applaudir l'audace de ce choix peu vendeur, sans doute à l'origine de l'annulation d'une des deux soirées prévues initialement, mais ne cédant jamais aux habituelles sirènes de la facilité.

    Car l'Orchestre de Paris, les choeurs du Singverein de Vienne ou du London Symphony, la baguette de Christoph Eschenbach ne sont certainement pas des seconds choix. Le chef allemand propulse d'un trait dans la lumière le Veni creator, avec une précision, une densité dans la polyphonie, une absence d'emphase qui vont droit à l'essentiel et clarifient au maximum la structure, portée par une énergie vitale du plus beau rayonnement.

    De même, malgré certaines langueurs à partir du Höchste Herrscherin der Welt de Doctor Marianus, malgré aussi certaines suspensions ou points d'orgue appuyés, le chemin de l'interrogation vers la lumière de la scène des Anachorètes est admirablement traduit, et Eschenbach délivre une section terminale de toute beauté, dans une envolée cosmique à donner le frisson.

    Si l'Orchestre de Paris a conquis au fil des ans une patte mahl√©rienne dont ne peut se pr√©valoir aucune autre formation fran√ßaise, avec des cuivres rayonnants et des bois de la plus belle ouvrage ¬Ė la fl√Ľte sublime de Vicens Prats ¬Ė, les forces chorales en pr√©sence ne d√©m√©ritent √† aucun moment.

    Les choeurs d'enfants, qu'on aurait souhaités un rien plus présents, sont d'une remarquable fiabilité et d'une couleur toujours séduisante, les choeurs d'adultes admirables en tous points : très en place, engagés, toniques mais aussi nuancés, et, miracle en live, parfaitement justes dans le Zieht uns hinan si périlleux des sopranos.

    Seulement moyens comme neuf fois sur dix en concert dans cette oeuvre monument, les solistes font leur possible pour masquer les terribles tensions de l'√©criture vocale mahl√©rienne. Si les voix f√©minines ¬Ė Twyla Robinson et Erin Wall au premier chef ¬Ė s'en sortent honorablement, Nikola√Į Schukoff affiche un t√©nor pouss√© et ingrat, le jeune Denis Sedov l'√©mission ruin√©e d'un octog√©naire.

    Reste la sonorisation, peu flatteuse pour la couleur des violons mais plut√īt habile dans les √©quilibres quoique ayant tendance √† sous nuancer la partition, dont on aurait aim√© sentir les impressionnants tutti remplir davantage l'espace, et la pauvret√© des images donn√©es √† voir sur trois √©crans, qu'on e√Ľt tellement mieux employ√©s √† diffuser en direct la prestation des musiciens.

    Quelques imperfections au coeur d'une soirée de démocratisation parmi les plus réussies qui se puissent imaginer.


    Yannick MILLON





    Palais Omnisports de Bercy, Paris
    Le 06/03/2008
    Nicole DUAULT

    8e symphonie de Mahler par l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Palais Omnisports de Bercy, Paris.
    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n¬į 8 en mib majeur, ¬ę des Mille ¬Ľ (1906)

    Twyla Robinson (soprano I / Magna Peccatrix)
    Erin Wall (soprano II / Una poenitentium)
    Marisol Montalvo (Mater Gloriosa)
    Nora Gubish (alto I / Mulier Samaritana)
    Annette Jahns (alto II / Maria Aegyptiaca)
    Nikola√Į Schukoff (t√©nor / Doctor Marianus)
    Franco Pomponi (baryton / Pater ecstaticus)
    Denis Sedov (basse / Pater profondus)

    Ma√ģtrise de Radio France
    Choeur d'enfants l'Inchoeurigible
    Choeur d'enfants Nadia Boulanger
    Choeur d'enfants de Levallois-Perret
    Choeur des Polysons
    direction : Marie No√ęlle Maerten
    Wiener Singverein
    direction : Johannes Prinz
    London Symphony Chorus
    direction : Joseph Cullen
    Choeur de l'Orchestre de Paris
    direction : Didier Bouture & Geoffroy Jourdain

    Orchestre de Paris
    direction : Christoph Eschenbach
    mise en espace, coordination artistique : Stéphane Fiévet
    création scénographique : Ange Leccia

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com