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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Nouvelle production de Thésée de Lully mise en scène par Jean-Louis Martinoty et sous la direction d'Emmanuelle Haïm au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Si Versailles m'était démontré
© Alvaro Yanez

Après une éclipse quasi totale de quinze années, l'astre de Philippe Quinault et Jean-Baptiste Lully flamboie de nouveau sur les scènes parisiennes, suscitant des esthétiques scéniques et vocales aussi éloignées que celles illustrées dans Cadmus et Hermione par Benjamin Lazar et Vincent Dumestre, puis dans Thésée par Jean-Louis Martinoty et Emmanuelle Haïm.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 22/02/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • À l'Opéra Comique, Cadmus et Hermione réussissait le pari de la séduction immédiate, sans doute un rien réactionnaire dans sa réception triomphale, d'une reconstitution selon les sources, aussi naïve dans sa réalisation que sa volonté même, portée par une équipe sans individualité remarquable, mais au style étudié, sinon parfaitement intégré. Au Théâtre des Champs-Élysées, Thésée s'érige en miroir de Versailles, reflétant des personnalités vocales aussi fortes que disparates engluées dans une dramaturgie exégétique que guette plus d'une fois l'ennui.

    Érudite, pavée de références littéraires, picturales – Jérôme Bosch, ses Enfers comme ses Délices tourbillonnant jusqu'à la nausée, parce qu'à l'instar de Médée, son art est « aussi séduisant que barbare », et surtout « le plus éloigné du goût classique français » –, la production de Jean-Louis Martinoty évoque en effet les Petits Classiques Larousse, où les notes en bas de page ne cessent d'empiéter sur le texte.

    Aulique, la troisième tragédie en musique de Quinault et Lully l'est assurément, et la figure du Roi commanditaire y est exaltée à la moindre occasion. Mais pourquoi vouloir à ce point démontrer, démonter le livret jusqu'à engloutir la fable mythologique sous les marbres de Le Vau et Mansart et les parterres de Le Nôtre ?

    Au-delà du Prologue qui authentiquement s'y déroule, Thésée vire dès lors au film publicitaire à la gloire de Versailles, atteignant son apogée quand Minerve, s'invitant à la Chapelle royale, suscite un ballet de religieuses en transe où la dérision sombre dans le ridicule. Au moins la chorégraphie de François Raffinot assume-t-elle ses clins d'œil, Michael Jackson compris, sans pontifier.

    Absence de surtitrage

    Car la science, chez Jean-Louis Martinoty, occulte décidément un théâtre pourtant habile, de surcroît entravé par une intelligibilité intermittente qui rend l'absence de surtitrage préjudiciable à la saveur de la musique de Lully, puisque celle-ci se goûte le plus souvent dans les vers. Il y a là matière à rouvrir le débat sur l'emploi de la prononciation restituée. Car si le français chanté de Cadmus et Hermione n'était pas tout à fait le nôtre, pas un de ses mots ne se perdait. Les efforts d'articulation visibles des protagonistes n'en peuvent, mais les mots ne passent pas ici la rampe, à l'exception de ceux de Salomé Haller, Cyril Auvity et Paul Agnew, avantagés peut-être par leur familiarité avec ce répertoire.

    Aussi formidable soit-il en barbon libidineux, Jean-Philippe Lafont n'a, il est vrai, plus grand-chose à y faire, tant la voix déborde le cadre. Ailleurs exceptionnelle d'à-propos, Sophie Karthäuser fait une Aeglé trop purement décorative, et devrait s'épanouir davantage dans Rameau. Même Anne Sofie von Otter, qui habituellement réussit toutes les métamorphoses – et ce n'est pas son moindre mérite que d'approcher Médée par l'angle de la fragilité qui évite de souligner l'usure du timbre –, ne parvient pas tout à fait à se hisser à la hauteur de son personnage.

    Sans doute parce que Martinoty lui refuse la place centrale que lui ont octroyée Quinault et Lully, orientant tous les regards sur un héros éponyme fardé en Louis XIV, qui pourtant chante si peu. Mais aussi parce qu'Emmanuelle Haïm, audiblement en deçà de ses intentions de continuiste – elle assistait William Christie lors de la recréation de l'œuvre dans le cadre de l'Académie d'Ambronay –, demeure assez constamment lisse, avec quelques clinquantes embardées de percussions à l'authenticité douteuse. À défaut d'inspiration, le Concert d'Astrée n'en révèle pas moins une mise en place d'une propreté inhabituellement conforme à une production discographique surestimée.




    Prochaines représentations à l'Opéra de Lille les 11, 13, 15 et 17 mars avec Salomé Haller dans le rôle de Médée et Françoise Masset dans celui de la Prêtresse.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 22/02/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Thésée de Lully mise en scène par Jean-Louis Martinoty et sous la direction d'Emmanuelle Haïm au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Jean-Baptiste Lully (1632-1687)
    Thésée, tragédie en musique en un prologue et cinq actes (1675)
    Livret de Philippe Quinault

    Choeur et orchestre du Concert d'Astrée
    direction : Emmanuelle Haïm
    mise en scène : Jean-Louis Martinoty
    décors : Hans Schavernoch
    costumes : Sylvie de Segonzac
    chorégraphie : François Raffinot
    éclairages : Fabrice Kebour

    Avec :
    Paul Agnew (Thésée), Anne Sofie von Otter (Médée), Sophie Karthäuser (Aeglé), Jean-Philippe Lafont (Egée), Jaël Azzaretti (Cérès), Nathan Berg (Mars, Arcas), Aurélia Legay (Vénus, Dorine, une bergère), Salomé Haller (La Prêtresse), Cyril Auvity (Bacchus, un plaisir, un berger, un vieillard), Jean-Gabriel Saint-Martin (un plaisir, un vieillard), Henri de Vasselot (un plaisir), Pierre Virly (un combattant).

     



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