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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Nouvelle production de Padmâvatî de Roussel mise en scène par Sanjay Leela Bhansali et sous la direction de Lawrence Foster au Théâtre du Châtelet, Paris.

Châtelet sur Bollywood
© Marie-Noëlle Robert

Et de deux ! Après la résurrection de Zampa à l'Opéra-Comique, voici en version scénique Padvâmatî, opéra-ballet d'Albert Roussel, donné le plus souvent en concert. Bonne initiative du Châtelet sinon que cette production made in Bollywood apparaît plus comme un spectacle folklorique que comme un chef-d'oeuvre de finesse des années 1920.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 14/03/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Le sultan mongol Alaouddin entre en scène juché sur un éléphant magnifiquement harnaché. Le sultan, en l'occurrence le baryton Alain Fondary, est, on le sait, un admirable cavalier. On le vit jadis sur la scène de Garnier à cheval et on sait qu'en Camargue où il habite il se passionne pour ses Camarguais. Chevaucher un éléphant ne lui fait pas peur. Un cheval frison magnifique avec sa crinière bouclée, un jeune tigre au pelage encore en partie blanc et un serpent, qui d'ailleurs ne daigne pas sortir de sa boîte sont les autres bestioles venues du cirque Bouglione avant chaque représentation.

    On se souvient que jadis Hugues Gall, directeur de l'Opéra, s'interdisait de mettre en scène des enfants et des animaux parce que, selon lui, cela distrayait trop l'attention. Il avait certainement raison puisque, à l'entracte, bien des spectateurs parlaient essentiellement de cet aspect du spectacle, s'interrogeant sur le poids du pachyderme et la résistance du plancher de la scène !

    Il faut donc une âme d'enfant ? et ils sont nombreux en ce soir de première ? pour s'immerger dans cette histoire bêtasse tirée pourtant de contes magiques et magnifiques, célèbrent la beauté et l'héroïsme de Padmâvatî, épouse royale qui, au début du XIVe siècle, se fit brûler dans son palais, avec ses suivantes, plutôt que de tomber entre les mains d'Alaouddin qui assiégeait la ville.

    © Marie-Noëlle Robert

    L'idée d'engager comme metteur en scène l'un des maîtres du cinéma indien, Sanjay Leela Bhansati, auteur de Devdas qui obtint un triomphe au festival de Cannes, était excellente. Mais, sans doute peu habitué à la scène, il s'emmêle, s'empagaille. Ce soir, les danseurs ne sont pas ensemble et le plateau ressemble à un marché à la veille d'une élection ! La danse tient une place privilégiée, le tiers du spectacle, dans l'oeuvre de Roussel qui est, rappelons-le, un opéra-ballet et se présente surtout comme une symphonie chorégraphique.

    Musicalement, les parties dansées possèdent une intense sensualité avec des moments explosifs et d'autres d'une pudeur réservée. Il eût fallu un génie de la chorégraphie pour créer une symbiose entre la musique et la danse. Finalement cette évocation de l'Inde est franco-française, évocatrice des années 1920. L'Inde n'est qu'un substrat, un alibi, comme l'Andalousie dans la Carmen de Bizet. Elles sont l'une et l'autre des symphonies françaises.

    © Marie-Noëlle Robert

    « Tout s'amalgame, se combine en une trame serrée comme un de ces beaux tapis orientaux où se rencontrent, se croisent et s'équilibrent de multiples dessins ». C'est ainsi que Nadia Boulanger évoquait l'oeuvre d'Albert Roussel, à sa création. Cette merveille miroitante de contrastes et de nuances précieuses est servie par Lawrence Foster à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, qu'on a connus l'un et l'autre plus inspirés. Une excuse : le manque évident de rodage.

    Les chanteurs ne déméritent pas, bien au contraire. Alain Fondary, écarté à notre avis depuis trop longtemps des scènes parisiennes, fait un joli retour : diction et phrasé magnifiques, il cultive l'art du chant français et a peaufiné son style même si sa voix est un peu fatiguée. Sylvie Brunet, venue sur le tard dans cette production, s'acquitte de son personnage, si difficile, avec charme et retenue. Physique pulpeux, loin des lianes indiennes, sa voix possède une intensité dramatique sans faille. Parmi les autres rôles, comme souvent émerge Yann Beuron, en Brahmane. Impeccable de ligne, de clarté et de subtilité de l'émission, il convainc et même fascine.

    Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet, à la mi-temps de son séjour, poursuit un parcours étonnant, intrigant et jalonné de surprises. Il brosse dans le mauvais sens du poil les mélomanes parisiens. Il casse le ron-ron consensuel. Il vise ce public qui à l'époque de Francis Lopez et de Luis Mariano faisait un triomphe au grand spectacle populaire. Même si cette Padmâvatî est à notre goût un peu trop proche du folklore, on lui dit bravo.




    Jusqu'au 24 mars.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 14/03/2008
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de Padmâvatî de Roussel mise en scène par Sanjay Leela Bhansali et sous la direction de Lawrence Foster au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Albert Roussel (1869-1937)
    Padmâvatî, opéra-ballet en deux actes (1923)
    Livret de Louis Laloy

    Choeur du Châtelet
    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Lawrence Foster
    mise en scène : Sanjay Leela Bhansali
    scénographie : Omung Kumar Bhandula
    costumes : Rajesh Pratap Singh
    chorégraphie : Tanusree Shankar
    préparation des choeurs : Stephen Betteridge

    Avec :
    Sylvie Brunet (Padmâvatî), Finnur Bjarnason (Ratan-Sen), Alain Fondary (Alaouddin), Yann Beuron (le Brahmane), François Piolino (Badal), Blandine Folio Peres (Nakamti), Laurent Alvaro (Gora), Alain Gabriel (la Sentinelle).

     



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