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CRITIQUES DE CONCERTS 30 mai 2020

Création mondiale de Lady Sarashina de Peter Eötvös mise en scène par Ushio Amagatsu et sous la direction du compositeur à l'Opéra de Lyon.

Entre rêve et réalité
© Bertrand Stofleth

Après la création historique de Trois Soeurs, le nouvel opéra de Peter Eötvös, donné avec le fabuleux metteur en scène Amagatsu, ne pouvait laisser indifférent. Cette fois, l'argument est tiré de la littérature japonaise, Lady Sarashina, et la mise en scène qui seyait déjà parfaitement à la pièce de Tchékhov trouve ici son expression la plus naturelle.
 

Opéra national, Lyon
Le 07/03/2008
Benjamin GRENARD
 



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  • Comme dans Trois Soeurs, la composition dramaturgique de l'op√©ra est parfaitement soign√©e quoique fonci√®rement diff√©rente. Construite en une arche avec un point culminant, la dramaturgie de Lady Sarashina se r√©v√®le jusque dans la mise en espace : d'un √©quilibre parfait, compos√©e de deux parties jumelles, dans lesquelles √©voluent un anneau au fur et √† mesure de l'oeuvre, anneau qui mat√©rialise la conception cyclique du temps, mais qui symbolise aussi la route des astres, se rencontrant au point culminant ; le n¬úud nodal, o√Ļ se rejoignent en somme le r√™ve et la r√©alit√©. De ce travail sc√©nique se d√©gagent une indicible puret√©, une l√©g√®ret√© et une √©vidence rh√©torique rare qui font manifestement du bien sur nos sc√®nes occidentales, un discours esth√©tique auquel ne pourrait pas m√™me pr√©tendre les mises en sc√®ne de Bob Wilson, d'une mouvance proche.

    Certes, les acteurs ne sont pas japonais, et n'ont donc pas cette conception du centre, le hara, qui au milieu de cette souveraine l√©g√®ret√©, est le fil √† plomb qui tient cet √©quilibre. G√™ne donc un certain nombre de choses, comme le manque de pr√©sence pas toujours intentionnel de ces personnages quasi oniriques tout comme l'in√©l√©gance de la marche occidentale avec ses orteils beno√ģtement lev√©s, d√©tail certes, mais qui tranche de mani√®re flagrante avec l'esth√©tisme japonais.

    La moindre imperfection saute aux yeux dans cet √©quilibre aussi harmonieux que pr√©caire, ne serait-ce qu'un clignement d'¬úil du √† une d√©concentration et qui surseoit √† ce ¬ę regard de neige ¬Ľ typiquement japonais. C'est l√† toute la finesse et la subtilit√© aussi bien que la difficult√© d'une mise en espace ouvrag√©e et d√©licate.

    Les chanteurs ont dans cette production les défauts de leurs qualités ; blancheur et évanescence de personnages vocalement et scéniquement parfois trop désincarnés, en particulier pour Peter Bording. Dans ce quatuor vocal, Mireille Delunsch est incontestablement celle qui gère le mieux cet équilibre entre l'incarnation et l'évanescence. L'ensemble demeure d'une bonne tenue et séduit par son unité et sa cohérence esthétique.

    En fosse, Peter E√∂tv√∂s transfigure un Orchestre de l'Op√©ra de Lyon qui s'illustre dans une belle recherche de timbres, digne d'une phalange aguerrie √† la musique contemporaine. La musique plante souvent un climat harmonique recherch√©, conte et raconte, dans une musique th√©√Ętrale autant qu'onirique. L'univers sonore de Lady Sarashina et l'univers visuel d'Amagatsu se compl√®tent magnifiquement, l'une √©tant le contrepoint de l'autre ; se d√©gagent de Lady Sarashina comme de Trois Soeurs une po√©tique singuli√®re et un m√©tier s√Ľr pla√ßant ind√©niablement E√∂tv√∂s et Amagatsu parmi les collaborations les plus r√©ussies de l'Histoire lyrique.




    Opéra national, Lyon
    Le 07/03/2008
    Benjamin GRENARD

    Création mondiale de Lady Sarashina de Peter Eötvös mise en scène par Ushio Amagatsu et sous la direction du compositeur à l'Opéra de Lyon.
    Peter Eövtös (*1944)
    Lady Sarashina, opéra en neuf tableaux (2008)
    Livret de Mari Mezei d'après As I Crossed a Bridge of Dreams (Mémoires d'une femme japonaise du XIe siècle)

    Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Peter Eötvös
    mise en scène et chorégraphie : Ushio Amagatsu
    décors : Natsuyuki Nakanishi
    costumes, maquillages et coiffures : Masatomo Ota
    éclairages : Yukiko Yoshimoto, Ushio Amagatsu

    Avec :
    Mireille Delunsch (Lady Sarashina), Ilse Aerens (La Princesse / la Jeune Dame / une dame du rêve), Salomé Kammer (L'Impératrice / la Mère / la Soeur / une dame du rêve / la Dame d'honneur), Peter Bording (Le Garde / le Bouffon / le Messager / le Père / le Chat / le Bonze / le Gentilhomme).

     



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