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CRITIQUES DE CONCERTS 19 juin 2019

Reprise des Ma√ģtres chanteurs de Wagner mis en sc√®ne par Harry Kupfer, sous la direction de Daniel Barenbo√Įm dans le cadre des Festtage 2008 de la Staatsoper de Berlin.

Le Paradis perdu des Meistersinger
© Monika Rittershaus

Burkhard Fritz (Walther von Stolzing)

La derni√®re soir√©e des Festtage de la Staatsoper de Berlin est consacr√©e cette ann√©e aux Ma√ģtres chanteurs de Wagner, dont la reprise illustre √† quel point la production de 1998 de Harry Kupfer s'est bonifi√©e non par un travail continu comme dans l'atelier Bayreuth, mais tout simplement en comparaison des mises en sc√®ne qui ont vu le jour depuis.
 

Staatsoper unter den Linden, Berlin
Le 24/03/2008
Hermann GRAMPP
 



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  • Homme de marathon, qui se taille la part du lion chaque ann√©e dans les Festtage de l'Op√©ra de Berlin, Daniel Barenbo√Įm est aussi connu pour son amour inconditionnel de l'oeuvre de Richard Wagner que pour son inspiration in√©gale lorsqu'il le dirige dans une fosse d'orchestre. D'ailleurs, les √©chos de la premi√®re repr√©sentation de cette reprise des Ma√ģtres de Harry Kupfer laissait pr√©sager une absence de tension, une routine fruit d'une s√©rie de soirs sans.

    Or, quelle surprise lors de cette derni√®re soir√©e, qui affiche un Barenbo√Įm en pleine forme, plein de feu, de brio et de vari√©t√© dans la battue, m√™me si son esth√©tique peut parfois sembler un peu raide, comme dans l'ouverture ou l'entr√©e des ma√ģtres au III, si √©loign√©s de la souplesse et de l'art du ritardando d'un Christian Thielemann.

    Toutefois, la vision demeure parfaitement coh√©rente et √† la hauteur de cet op√©ra qui reste le plus long de ceux de Wagner. Barenbo√Įm aime le poids, l'√©paisseur dans les grandes √©ruptions orchestrales, tout en r√©ussissant en permanence √† laisser s'√©panouir dans le chant le c√©l√®bre son allemand de la Staatskapelle, ses cordes chaudes tout en intensit√©, en privil√©giant une p√Ęte sonore majestueuse ¬Ė monologue final de Sachs ¬Ė et la tendresse la plus intime m√™lant cordes et clarinette dans une finesse de coloration inou√Įe ¬Ė Dem Vogel, der heut sang.

    Le chef argentin est second√© par une distribution de premier choix. Le retour du grand Heldenbaryton James Morris dans la capitale allemande apr√®s une tr√®s longue absence marque la derni√®re √©tape de sa formidable carri√®re ¬Ė il a eu 61 ans en janvier. √Čvidemment, la voix n'a plus la solidit√© de jadis, en particulier les aigus, mais cette incarnation reste majeure, et il devient rare de voir une personnalit√© capable d'√™tre Hans Sachs jusqu'au bout des ongles par la stature, par le jeu, par l'√©vidence du texte.

    Roman Trekel (Beckmesser) / © Monika Rittershaus

    Le baryton am√©ricain est seulement d√©pass√© vocalement par le Pogner de Ren√© Pape, sans doute la meilleure basse wagn√©rienne du monde √† l'heure actuelle, qui a d√©j√† chant√© le r√īle de l'orf√®vre lors de la premi√®re de cette production le 5 avril 1998 et triomphe √† nouveau par la chaleur de l'√©mission, la ma√ģtrise absolue du timbre comme de l'expression.

    Le Walther de Burkhard Fritz est un brave au regard simple mais au timbre h√©ro√Įque. On a d√©j√† connu chevaliers plus litt√©raires, mais sa musicalit√© naturelle et son timbre de grand lyrique rendent un Stolzing au-del√† de tout reproche, surtout √† notre √©poque. Dorothea R√∂schmann commence bien la soir√©e en Eva mais devient peu √† peu criarde, g√Ęchant notamment la fin du quintette par un Preis final litt√©ralement hurl√©. Katharina Kammerloher est une Magdalene solide, les ma√ģtres sont tous efficaces, et Roman Trekel n'est peut-√™tre pas le Beckmesser le plus truculent, mais s'av√®re au contraire d'une remarquable intelligence.

    Reste la mise en scène de Harry Kupfer, très professionnellement régie et d'une grande cohésion, qu'on avoue estimer nettement plus aujourd'hui que lors de sa création il y a dix ans. Histoire de rétrospectivité historique en quelque sorte, car depuis, les Meistersinger ont connu au niveau visuel une telle misère, culminant dans la production de Katharina Wagner l'été passé à Bayreuth, que ce travail scénique fait figure aujourd'hui de paradis perdu.




    Staatsoper unter den Linden, Berlin
    Le 24/03/2008
    Hermann GRAMPP

    Reprise des Ma√ģtres chanteurs de Wagner mis en sc√®ne par Harry Kupfer, sous la direction de Daniel Barenbo√Įm dans le cadre des Festtage 2008 de la Staatsoper de Berlin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Meistersinger von N√ľrnberg, com√©die en trois actes (1868)
    Livret du compositeur

    Chor der Staatsoper Unter den Linden, Berlin
    Staatskapelle Berlin
    direction : Daniel Barenbo√Įm
    mise en scène : Harry Kupfer
    décors : Hans Schavernoch
    costumes : Buki Shiff
    éclairages : Franz Peter David
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    James Morris (Hans Sachs), Ren√© Pape (Veit Pogner), Paul O'Neill (Kunz Vogelgesang), Arttu Kataja (Konrad Nachtigall), Roman Trekel (Sixtus Beckmesser), Hanno M√ľller-Brachmann (Fritz Kothner), Peter-J√ľrgen Schmidt (Balthasar Zorn), Patrick Vogel (Ulrich Eisslinger), Peter Menzel (Augustin Moser), Yi Yang (Hermann Ortel), Bernd Zettisch (Hans Schwarz), Andreas Bauer (Hans Foltz), Burkhard Fritz (Walther von Stolzing), Florian Hoffmann (David), Dorothea R√∂schmann (Eva), Katharina Kammerloher (Magdalena), Alexander Vinogradov (Ein Nachtw√§chter).

     



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