altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2024

Concert de l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Wyung-Whun Chung à la salle Pleyel, Paris.

Entre mort et résurrection
© Vivianne Purdom / DG

En une s√©rie de huit concerts, le Philharmonique de Radio France rend cette ann√©e hommage √† Olivier Messiaen. Son chef Myung-Whun Chung, qui est un interpr√®te de longue date du ma√ģtre fran√ßais, √©tablit ce soir un saisissant rapprochement entre la descente aux pays des morts d'Et exspecto resurrectionem mortuorum et la bouleversante √©l√©vation musicale de l'Ascension.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 04/04/2008
Laurent VILAREM
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Sc√®nes de la vie conjugale

  • Une galerie de l'√©volution

  • Hymne √† la vie

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Il n'aura √©chapp√© √† aucun m√©lomane qu'on f√™te cette ann√©e le centenaire de la naissance d'Olivier Messiaen. Chaque sc√®ne de France se fend de concerts-hommage au compositeur-ornithologue, et d'aucuns fr√īleraient d√©j√† l'indigestion. Cette profusion d'oeuvres d'un compositeur de la seconde moiti√© du XXe si√®cle dans nos programmes tendrait-elle √† montrer que le langage de Messiaen est assimilable √† un tr√®s large public ? Consid√©rer en somme Messiaen √† la mani√®re d'un classique ?

    Les oreilles sourcillent et les yeux se froncent pourtant d√®s les premi√®res mesures d'Et exspecto resurrectionem mortuorum que Myung-Whun Chung √† la t√™te de l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirige pour la premi√®re fois ce soir. Hautbois, fl√Ľte, clarinette lancinants, jeux de percussions assur√©ment contemporains, l'√©criture de la pi√®ce est sans concessions et il ne surprendra ainsi personne que cet ouvrage compte parmi les pi√®ces du compositeur que Pierre Boulez dirige le plus souvent.

    Cr√©√©e en 1965 √† la Sainte-Chapelle en pr√©sence d'Andr√© Malraux et du G√©n√©ral De Gaulle ¬Ė √† qui l'oeuvre d√©plut ¬Ė, Et exspecto √©voque, m√™me si l'on ne go√Ľte gu√®re les subtilit√©s de la langue de Cic√©ron, une musique qui rampe dans la terre. Qui s'y enfonce m√™me jusque dans les profondeurs, par ces lignes descendantes de tubas et de gongs qui d√©ferlent ¬Ė les percussions semblant alors jeter des pellet√©es de terre √† la face du public. Comptant parmi les oeuvres les plus sombres du compositeur, elle d√©laisse les cordes pour ne conserver que les cuivres, les vents et les percussions, dispos√©s en rang√©es face au chef.

    Chung accentue la solennité de l'oeuvre en en étirant les tempi et en soulignant chaque silence. De véritables murailles sonores s'érigent alors, produisant un authentique effet d'épouvante. Et c'est dans le dernier mouvement, censé représenter la clameur des saints venus des tréfonds de la terre, que, scandé par la pulsation régulière d'un gong, surgit la remontée : la crainte se transfigure alors en quelque chose d'infiniment consolant jusque dans la violence. Admirablement dirigé, cette attente de la résurrection est une expérience forte et inconfortable.

    La Symphonie concertante qui suit annonce le lien que Messiaen entretint sa vie durant avec Mozart en qui il voyait ¬ę le plus musicien des musiciens ¬Ľ, dans la musique duquel ¬ę on chercherait en vain une erreur ¬Ľ. Les musiciens du Philharmonique, en solistes, H√©l√®ne Devilleneuve au hautbois, J√©r√īme Voisin √† la clarinette, Antoine Dreyfuss au cor, Jean-Fran√ßois Duquesnoy au basson, en donnent une interpr√©tation d'une belle coh√©sion et tissent une excellente passerelle avec l'univers plus ouvertement m√©lodique de l'Ascension de 1932.

    Hédonisme musical

    Bien qu'elle soit l'une des premi√®res oeuvres de Messiaen, l'essentiel du langage du ma√ģtre est d√©j√† l√† : grands chorals de cuivres ¬Ė f√©briles ce soir ¬Ė pareils √† des appels, sonorit√©s d'orgue
    L'oeuvre se distingue cependant par son √©bouriffant h√©donisme musical, particuli√®rement dans le troisi√®me mouvement, v√©ritable po√®me symphonique orientalisant, qui rappelle et d√©passe en luxuriance et en folie ceux de Schmitt, Roussel, Dukas ¬Ė de qui Messiaen fut √©l√®ve.

    L'Orchestre Philharmonique de Radio France joue avec une fougue √©clatante. Et lorsque la Pri√®re du quatri√®me mouvement commence ¬Ė apr√®s que Chung a de nouveau impos√© un silence recueilli, il l√®vera ostensiblement les yeux vers le ciel au moment des applaudissements pour rendre hommage au compositeur disparu ¬Ė, en une sublime m√©lodie ascendante d√©volue aux cordes seules, on se rend compte que, d√®s cette oeuvre compos√©e √† l'√Ęge de 24 ans, Messiaen respirait d√©j√† la musique √† la m√™me hauteur que ses plus grands a√ģn√©s, faisant de lui un classique pour aujourd'hui et pour demain.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 04/04/2008
    Laurent VILAREM

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Wyung-Whun Chung à la salle Pleyel, Paris.
    Olivier Messiaen (1908-1992)
    Et exspecto resurrectionem mortuorum

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie concertante K. 297b
    Hélène Devilleneuve, hautbois
    J√©r√īme Voisin, clarinette
    Antoine Dreyfuss, cor
    Jean-François Duquesnoy, basson

    Olivier Messiaen (1908-1992)
    L'Ascension

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Myung-Whun Chung

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com