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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2019

Concert de l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung, avec la participation du pianiste Roger Muraro à la salle Pleyel, Paris.

√Čclairs en de√ß√†
© Vivianne / DGG

√Čclairs sur l'au-del√†, la derni√®re pi√®ce orchestrale d'Olivier Messiaen, n'avait pas √©t√© jou√©e √† Paris depuis plus de dix ans. Bien qu'interpr√©t√©e par un Orchestre Philharmonique de Radio France et un Myung-Whun Chung des tr√®s grands jours, l'oeuvre d√©√ßoit franchement tant le compositeur semble y √©puiser les techniques habituelles de son langage.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 11/04/2008
Laurent VILAREM
 



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  • Olivier Messiaen d√©crivait le 17e concerto pour piano comme ¬ę l'un des plus beaux √©crits par Mozart, un des plus vari√©s, des plus contrast√©s ¬Ľ. Aussi n'est-il pas surprenant de le retrouver au programme de l'une des soir√©es du grand cycle que l'Orchestre philharmonique de Radio France consacre toute l'ann√©e 2008 √† Olivier Messiaen pour le centenaire de sa naissance. Et en effet, s'il ne les pr√©figure, on peut y trouver en les cherchant des √©l√©ments du langage du ma√ģtre fran√ßais, notamment une mani√®re de s√©quencer les √©pisodes, de m√™ler avec agilit√© rythmes et sentiments extr√™mes ou encore une fa√ßon de trancher les timbres, ainsi des bassons et des cuivres qui brusquent le discours dans l'Allegretto final.

    Ce sentiment est sans doute renforc√© par l'interpr√©tation du pianiste Roger Muraro, que l'on peut √† bon droit consid√©rer comme le plus grand interpr√®te de l'auteur des Vingt regards sur l'enfant J√©sus. Son toucher cristallin, sa mani√®re de d√©tacher les notes sont une vision originale de Mozart, √† la fois enfantine et m√©lancolique, qui aurait eu davantage de corps si l'accompagnement du Philhar' avait montr√© davantage de rondeur et de gr√Ęce.

    Toutefois, l'√©v√©nement de la soir√©e r√©side dans l'ex√©cution des √Čclairs sur l'au-del√† de Messiaen, qui n'avaient pas √©t√© redonn√©s depuis leur cr√©ation fran√ßaise en 1993, d√©j√† par Myung-Whun Chung. On s'interroge de cette absence : est-ce √† dire que cette oeuvre, cr√©√©e pourtant par le New York Philharmonic six mois apr√®s la mort du compositeur, est mineure dans sa production ? Osons l'affirmative et t√Ęchons d'en expliquer les raisons !

    D√®s l'Apparition du Christ glorieux, premi√®re section d'une pi√®ce qui en compte onze, Messiaen semble jeter une oreille r√©trospective vers l'Ascension, un de ses premiers opus. On retrouvera ainsi un choral de cuivres, puis deux mouvements lents qui reprennent la m√™me instrumentation ¬Ė violons, violoncelles, altos. Une mani√®re, soixante apr√®s, de boucler la boucle ?

    Assurément, l'oeuvre est mieux structurée et fait de son hétérogénéité le sujet même de son discours, mais pèche par une volonté globalisante trop appuyée. Car on y trouve beaucoup de musiques différentes : ici des échos sériels, là la simplicité d'un Arvo Pärt, là encore une orchestration en technicolor, avec trombones et gongs fatidiques, qu'un souffle brucknérien éloigne seul de la musique de film.

    Coutures visibles et matériau sans surprises

    De m√™me, Messiaen manifeste la volont√© de cr√©er des atmosph√®res tr√®s contrast√©es ¬Ė ainsi au charivari d'oiseaux not√©s hors-tempo des √Člus marqu√©s du sceau r√©pond la douceur ang√©lique de Demeurer dans l'amour, ainsi √† la crainte mena√ßante des Sept anges aux sept trompettes succ√®de imm√©diatement la caresse de Et dieu essuya toute larme de leurs yeux ¬Ė qui entra√ģne une narration musicale dont on verrait les coutures et √©tire en longueur un mat√©riau finalement sans surprises, surtout en regard de l'oeuvre ant√©rieure de Messiaen.

    Davantage, cette mani√®re de trancher de fa√ßon si volontaire les timbres, de traiter chaque mouvement √† la mani√®re d'un concerto pour orchestre distingue certes, pareille √† celle d'un grand chef cuisinier, la saveur de chaque m√©lange sonore, mais est aggrav√© ici par le fait que chaque pupitre est charg√© d'une signification particuli√®re : fl√Ľtes-oiseaux, percussions-astres, trombones annonciateurs, cordes ang√©liques, qui alourdit l'oeuvre d'une typologie presque grossi√®re. Il manque √† ces √Čclairs un soliste comme dans la Turangalil√Ę pour faire respirer et contrebalancer ce rapport √† la globalit√©. Et combien plus √©tonnants et plus percutants √©taient les alliages sonores de Des canyons aux √©toiles !

    Peut-√™tre devrons-nous attendre dix ann√©es encore pour pouvoir r√©entendre ces √Čclairs sur l'au-del√† et en v√©rifier la maturation. L'interpr√©tation ce soir n'est pas en cause : trombones vaillants, vents et bois splendidement artistes, cordes soudain soyeuses ¬Ė pour un sublime Demeurer dans l'amour, qui laisse √† penser d'ailleurs, par sa fa√ßon de r√©pandre sa consolation entre les silences que la meilleure fa√ßon de demeurer dans l'amour est justement de le consid√©rer sur le point de dispara√ģtre ¬Ė, et un chef qui sait comme personne transcender l'esprit et la lettre de cette partition, car qu'on se le dise, l'Orchestre philharmonique de Radio France est capable, dans certains r√©pertoires, d'atteindre un niveau tout √† fait inattendu.


    Olivier Messiaen d√©crivait le 17e concerto pour piano comme ¬ę l'un des plus beaux √©crits par Mozart, un des plus vari√©s, des plus contrast√©s ¬Ľ. Aussi n'est-il pas surprenant de le retrouver au programme de l'une des soir√©es du grand cycle que l'Orchestre philharmonique de Radio France consacre toute l'ann√©e 2008 √† Olivier Messiaen pour le centenaire de sa naissance. Et en effet, s'il ne les pr√©figure, on peut y trouver en les cherchant des √©l√©ments du langage du ma√ģtre fran√ßais, notamment une mani√®re de s√©quencer les √©pisodes, de m√™ler avec agilit√© rythmes et sentiments extr√™mes ou encore une fa√ßon de trancher les timbres, ainsi des bassons et des cuivres qui brusquent le discours dans l'Allegretto final.

    Ce sentiment est sans doute renforc√© par l'interpr√©tation du pianiste Roger Muraro, que l'on peut √† bon droit consid√©rer comme le plus grand interpr√®te de l'auteur des Vingt regards sur l'enfant J√©sus. Son toucher cristallin, sa mani√®re de d√©tacher les notes sont une vision originale de Mozart, √† la fois enfantine et m√©lancolique, qui aurait eu davantage de corps si l'accompagnement du Philhar' avait montr√© davantage de rondeur et de gr√Ęce.

    Toutefois, l'√©v√©nement de la soir√©e r√©side dans l'ex√©cution des √Čclairs sur l'au-del√† de Messiaen, qui n'avaient pas √©t√© redonn√©s depuis leur cr√©ation fran√ßaise en 1993, d√©j√† par Myung-Whun Chung. On s'interroge de cette absence : est-ce √† dire que cette oeuvre, cr√©√©e pourtant par le New York Philharmonic six mois apr√®s la mort du compositeur, est mineure dans sa production ? Osons l'affirmative et t√Ęchons d'en expliquer les raisons !

    D√®s l'Apparition du Christ glorieux, premi√®re section d'une pi√®ce qui en compte onze, Messiaen semble jeter une oreille r√©trospective vers l'Ascension, un de ses premiers opus. On retrouvera ainsi un choral de cuivres, puis deux mouvements lents qui reprennent la m√™me instrumentation ¬Ė violons, violoncelles, altos. Une mani√®re, soixante apr√®s, de boucler la boucle ?

    Assurément, l'oeuvre est mieux structurée et fait de son hétérogénéité le sujet même de son discours, mais pèche par une volonté globalisante trop appuyée. Car on y trouve beaucoup de musiques différentes : ici des échos sériels, là la simplicité d'un Arvo Pärt, là encore une orchestration en technicolor, avec trombones et gongs fatidiques, qu'un souffle brucknérien éloigne seul de la musique de film.

    Coutures visibles et matériau sans surprises

    De m√™me, Messiaen manifeste la volont√© de cr√©er des atmosph√®res tr√®s contrast√©es ¬Ė ainsi au charivari d'oiseaux not√©s hors-tempo des √Člus marqu√©s du sceau r√©pond la douceur ang√©lique de Demeurer dans l'amour, ainsi √† la crainte mena√ßante des Sept anges aux sept trompettes succ√®de imm√©diatement la caresse de Et dieu essuya toute larme de leurs yeux ¬Ė qui entra√ģne une narration musicale dont on verrait les coutures et √©tire en longueur un mat√©riau finalement sans surprises, surtout en regard de l'oeuvre ant√©rieure de Messiaen.

    Davantage, cette mani√®re de trancher de fa√ßon si volontaire les timbres, de traiter chaque mouvement √† la mani√®re d'un concerto pour orchestre distingue certes, pareille √† celle d'un grand chef cuisinier, la saveur de chaque m√©lange sonore, mais est aggrav√© ici par le fait que chaque pupitre est charg√© d'une signification particuli√®re : fl√Ľtes-oiseaux, percussions-astres, trombones annonciateurs, cordes ang√©liques, qui alourdit l'oeuvre d'une typologie presque grossi√®re. Il manque √† ces √Čclairs un soliste comme dans la Turangalil√Ę pour faire respirer et contrebalancer ce rapport √† la globalit√©. Et combien plus √©tonnants et plus percutants √©taient les alliages sonores de Des canyons aux √©toiles !

    Peut-√™tre devrons-nous attendre dix ann√©es encore pour pouvoir r√©entendre ces √Čclairs sur l'au-del√† et en v√©rifier la maturation. L'interpr√©tation ce soir n'est pas en cause : trombones vaillants, vents et bois splendidement artistes, cordes soudain soyeuses ¬Ė pour un sublime Demeurer dans l'amour, qui laisse √† penser d'ailleurs, par sa fa√ßon de r√©pandre sa consolation entre les silences que la meilleure fa√ßon de demeurer dans l'amour est justement de le consid√©rer sur le point de dispara√ģtre ¬Ė, et un chef qui sait comme personne transcender l'esprit et la lettre de cette partition, car qu'on se le dise, l'Orchestre philharmonique de Radio France est capable, dans certains r√©pertoires, d'atteindre un niveau tout √† fait inattendu.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 11/04/2008
    Laurent VILAREM

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung, avec la participation du pianiste Roger Muraro à la salle Pleyel, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour piano et orchestre n¬į 17 en sol majeur, K. 453
    Roger Muraro, piano

    Olivier Messiaen (1908-1992)
    √Čclairs sur l'au-del√†

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Myung-Whun Chung

     


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