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CRITIQUES DE CONCERTS 22 septembre 2020

Reprise du Barbier de Séville de Rossini mis en scène par Ruth Berghaus, sous la direction de Julien Salemkour à la Staatsoper de Berlin.

√Čternel Barbier
© Monika Rittershaus

Ce printemps, la Staatsoper de Berlin comm√©more le travail de Ruth Berghaus (1927-1996), metteure en sc√®ne de l'Allemagne de l'Est qui a marqu√© esth√©tiquement le premier Op√©ra de la RDA des ann√©es 1960 √† 1990. Pour ce Barbier de S√©ville de 1968 qui d√©tient un record de long√©vit√©, la grande surprise demeure une fra√ģcheur sc√©nique assez inattendue.
 

Staatsoper unter den Linden, Berlin
Le 02/04/2008
Hermann GRAMPP
 



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  • Ruth Berghaus, moins connue que ses coll√®gues de l'ex-Allemagne de l'Est de la m√™me g√©n√©ration ¬Ė Joachim Herz (n√© en 1924), G√∂tz Friedrich (1930-2000) et Harry Kupfer (n√© en 1935) ¬Ė est n√©anmoins l'une des figures phares de la mise en sc√®ne d'op√©ra de la RDA. Mari√©e au compositeur Paul Dessau, elle fit ses d√©buts √† la Staatsoper de Berlin en 1960, avec Die Verurteilung des Lukullus, op√©ra compos√© par son mari d'apr√®s un livret de Bertolt Brecht, et r√©alisa jusqu'en 1991 vingt mises en sc√®ne pour la premi√®re sc√®ne lyrique berlinoise.

    De 1971 √† 1977 elle fut √©galement directrice du th√©√Ętre de Brecht, le Berliner Ensemble, et en 1980 √† l'Op√©ra de Francfort, elle entama une longue collaboration avec le chef d'orchestre Michael Gielen, notamment pour un Ring appel√© √† faire date. Elle obtint la permission de travailler √† l'Ouest d√®s son premier engagement √† Munich en 1974, apparaissant m√™me deux fois √† Paris pour Wozzeck au Palais Garnier en 1985 et Ariane et Barbe-Bleue au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet en 1991. Dans le cadre des ¬ę semaines Berghaus ¬Ľ, la Staatsoper lui rend hommage avec deux mises en sc√®ne classiques, le Barbier de S√©ville de 1968, et Pell√©as et M√©lisande de 1991.

    Le Barbier √©tait alors sa contribution au centenaire de la mort de Rossini. Cette production dont le jeune Achim Freyer ¬Ė aujourd'hui lui-m√™me metteur en sc√®ne d'importance ¬Ė √©tait auteur de la sc√©nographie √©tait d√©j√† culte du temps avant la chute du mur de Berlin : d'abord rejet√©e par la critique, elle fut un tel succ√®s public qu'elle est rest√©e depuis √† l'affiche.

    Pour son quaranti√®me anniversaire, elle frappe par une vivacit√© et une fra√ģcheur tout √† fait incroyables. Quatre toiles ¬ę de Brecht ¬Ľ sont utilis√©es comme rideaux sur lesquels sont peints les deux lieux principaux de l'action : la rue et la maison de Bartolo √† S√©ville. Tout est minimaliste au meilleur sens du terme, la couleur blanche domine de mani√®re agr√©able, la rue, l'int√©rieur et les meubles sont esquiss√©s sur les toiles, les costumes sont classiques sans √™tre ringards, le jeu est rapide et amusant.

    Les quatre lustres au-dessus de la scène sont employés de manière astucieuse : dès que l'air de la calomnie souffle, les lustres scintillent, et pendant la tempête du II, les toiles peintes sont tirées par des fils invisibles pour imiter le vent, allusion aux techniques infaillibles de la Commedia dell'arte.

    M√™me excellence globale au niveau vocal. Yosep Kang est un Almaviva lyrique-l√©ger au superbe legato, le Bartolo de Bruno de Simone montre toute l'exp√©rience d'une fr√©quentation assidue de Donizetti et Rossini, avec un abattage sc√©nique idoine, Katharina Kammerloher campe une Rosina touchante et parfois presque trop dramatique, Tassis Christoyannis un Figaro rond et ferme de chant, bon com√©dien de surcro√ģt. En revanche, le Basilio d'Alexander Vinogradov a tendance √† forcer ses aigus, la Berta de Gal James est malheureusement insuffisante, et le Fiorello de Bernd Riedel a pour seul m√©rite d'avoir d√©j√† chant√© √† la cr√©ation du spectacle.

    D√©ception √©galement quant √† la direction sans panache ni exub√©rance, constell√©e de d√©calages rythmiques, de Julien Salemkour, assistant de Daniel Barenbo√Įm. Orchestre de fosse parmi les plus sublimes la semaine derni√®re dans les Ma√ģtres chanteurs, la Staatskapelle Berlin sonne ce soir comme une formation lambda.




    Staatsoper unter den Linden, Berlin
    Le 02/04/2008
    Hermann GRAMPP

    Reprise du Barbier de Séville de Rossini mis en scène par Ruth Berghaus, sous la direction de Julien Salemkour à la Staatsoper de Berlin.
    Gioacchino Rossini (1792-1869)
    Il Barbiere di Siviglia, opera-buffa en deux actes (1816)
    Livret de Cesare Sterbini, d'après Beaumarchais

    Chor der Staatsoper Unter den Linden, Berlin
    Staatskapelle Berlin
    direction : Julien Salemkour
    mise en scène : Ruth Berghaus
    décors, costumes & éclairages : Achim Freyer
    préparation des choeurs : Detlef Steffen

    Avec :
    Tassis Christoyannis (Figaro), Katharina Kammerloher (Rosina), Bruno de Simone (Bartolo), Yosep Kang (Comte d'Almaviva), Alexander Vinogradov (Basilio), Gal James (Berta), Bernd Riedel (Fiorello).

     



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