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CRITIQUES DE CONCERTS 01 juin 2020

Nouvelle production de Lohengrin de Wagner mise en scène par Daniel Slater et sous la direction de Leif Segerstam au Grand Théâtre de Genève.

Un Lohengrin d’orfèvre
© GTG / Mario del Curto

Petra Lang (Ortrud)

Objet d’une sévère bronca le soir de la première, le nouveau Lohengrin du Grand Théâtre de Genève n’a pourtant pas de quoi fouetter un wagnérien. Si la mise en scène de Daniel Slater reste au contraire bien sage, la direction minérale et d’un raffinement inouï de Leif Segerstam porte au firmament un plateau d’une superbe qualité.
 

Grand Théâtre, Genève
Le 17/05/2008
Yannick MILLON
 



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  • Bien connue dans le monde lyrique, la vieille garde wagnĂ©rienne a coutume de pousser des cris d’orfraie Ă  la moindre occasion. Ainsi, le soir de la première, les huĂ©es ne manquaient pas au tomber de rideau du nouveau Lohengrin prĂ©sentĂ© ce mois-ci au Grand Théâtre de Genève. Pourtant, comparĂ©e Ă  tant d’autres, la transposition de l’action dans une dictature militaire par Daniel Slater n’a rien de choquant et reste mĂŞme très sage, sans recourir aux sempiternelles croix gammĂ©es ou autres bruits de bottes.

    On retiendra au contraire l’efficacité de la scène nocturne du II dans un squat où sont bannis Ortrud et Telramund, ainsi que de l’espace confiné de la nuit de noces rappelant la chambre du Tristan d’Olivier Py et laissant présager que le premier moment d’intimité entre les amants sera aussi leur dernier. Image forte également que cette Elsa prostrée sur sa chaise devant le cadavre de Telramund se vidant de son sang sur le lit nuptial, transfert de l’amour perdu du Chevalier au cygne.

    © GTG / Mario del Curto

    Dans cette société constamment sur le pied de guerre, fière de pouvoir grâce à l’étranger sans nom accrocher de nouveau son écusson au-dessus de l’immense porte à jardin, le dénouement sur le jeune Gottfried trop frêle pour porter l’épée est parfaitement signifiant. Pour sûr inabouti – un certain statisme, les attitudes outrées répétées des Brabançons, le défilé de Miss au petit QI du cortège d’Elsa –, le travail du metteur en scène britannique n’a en tout cas rien de déshonorant.

    Mais c’est au niveau musical que ce Lohengrin aura joué son plus bel atout. Pièce maîtresse de l’échiquier, la direction de Leif Segerstam, réconciliant temps et espace dans une lecture minérale, d’une pureté adamantine, qui exigera sans doute des amoureux de la tradition quelque ajustement psychologique. Le prélude, d’une lenteur hypnotique, dépeint un univers polaire à la Tapiola, nimbant d’un givre de la plus belle orfèvrerie les évocations du Graal.

    Faisant flèche de tout bois, le chef finlandais travaille l’aération de la texture, le millimétrage de l’intonation avec une précision toute nordique. L’OSR, qu’on a rarement entendu si bien sonnant, affiche des cuivres d’un équilibre, d’une plénitude maîtrisée qui sont ce soir d’un instrument wagnérien de choix. Une vision chambriste comme peu d’autres, qui à aucun moment ne déborde le plateau.

    Des voix superbement Ă©panouies

    Sur ce tapis somptueux – le chœur est lui aussi d’une exactitude enviable –, la distribution n’a qu’à s’épanouir, la relative retenue des tempi pouvant seule demander des efforts aux chanteurs. Éliminons d’emblée le Telramund à contre-courant des options du chef de Jukka Rasilainen, vulgaire et faux, dont le mordant du timbre est toujours mal employé, pour retenir cinq protagonistes d’un tout autre niveau.

    Soile Isokoski est une Elsa prodigieuse de soyeux, de legato, de lumière opalescente, de frémissements, avec un grave idéal de grain et des intentions sublimes – le Ja en réponse au roi au I, le Soll meine Liebe steh’n en conclusion du II. Pour se marier au mieux à ce chant céleste, Petra Lang chante Ortrud en belcantiste, en canalisant au maximum par des sons petits et centrés une émission d’ordinaire infiniment plus enrobée. Si ce médium clair étonne, des aigus coupants et parfaitement assurés, jamais vociférés, lui valent la plus belle ovation aux saluts.

    Sans ĂŞtre du mĂŞme rayonnement, Christopher Ventris possède un timbre jeune et franc, toujours très net. Lui manquent encore pour ĂŞtre un grand Lohengrin l’art de la dĂ©clamation – un allemand assez linĂ©aire, aux « r Â» trop rĂ©troflexes – et l’endurance au III – certains aigus des rĂ©cits frĂ´lent la dĂ©robade. Enfin, magnifiquement chantant, d’une voix jamais grossie – comme l’ensemble du plateau –, le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld est un modèle de noblesse et d’autoritĂ© naturelles, bien relayĂ©es par le HĂ©raut très dĂ©cidĂ© de Detlef Roth.




    Grand Théâtre, Genève
    Le 17/05/2008
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Lohengrin de Wagner mise en scène par Daniel Slater et sous la direction de Leif Segerstam au Grand Théâtre de Genève.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Lohengrin, opéra romantique en trois actes (1850)
    Livret du compositeur

    Coproduction avec le Houston Grand Opera

    Chœur du Grand Théâtre de Genève
    Chœur Orpheus de Sofia
    Orchestre de la Suisse romande
    direction : Leif Segerstam
    mise en scène : Daniel Slater
    décors et costumes : Robert Innes Hopkins
    Ă©clairages : Simon Mills
    préparation des chœurs : Ching-Lien Wu & Krum Maximov

    Avec :
    Georg Zeppenfeld (König Heinrich der Vogler), Christopher Ventris (Lohengrin), Soile Isokoski (Elsa), Petra Lang (Ortrud), Jukka Rasilainen (Telramund), Detlef Roth (Heerrufer des Königs).

     



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