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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Récital du pianiste Bertrand Chamayou dans le cadre de Piano aux Jacobins au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

L’art de la construction

Dix minutes de rappels entrecoupés de trois bis. Pour son premier récital au Théâtre des Champs-Élysées, le pianiste Bertrand Chamayou (27 ans) a stupéfait par son talent, sa simplicité et sa maturité. Un jeune artiste qui peut déjà se prévaloir d’un magnifique art de la construction, de surcroît dans des partitions pour le moins périlleuses.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 19/05/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Allure de lutin fragile, avec cette silhouette fine et ces cheveux dressés sur la tête, visage grave, tendu, il esquisse un vague sourire et se presse vers son piano en dissimulant une évidente timidité. Le programme du récital qu’il a lui-même composé n’a pourtant rien de timide. Au contraire, il est ambitieux et audacieux, avec ce Klavierstück de Stockhausen qu’il glisse entre les pièces de Mendelssohn. Il ne prend même pas la peine de s’interrompre, et enchaîne le frémissant allegro de la 3e étude de Mendelssohn avec les nuances subtiles et intemporelles du 5e Klavierstück. Toujours sans temps d’arrêt, il continue avec le lumineux scherzo du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn dans la transcription de Rachmaninov.

    Éblouissant Bertrand Chamayou. Lauréat d’une Victoire de la musique dans la catégorie des révélations en 2006, il poursuit un parcours sans faute, jalonné de concerts et d’enregistrements marquants, comme ces Feux follets de Liszt gravés au festival de la Roque d’Anthéron. Modelé par des maîtres tels Jean-François Heisser au Conservatoire de la Villette et Murray Perahia à Londres, il s’en dégage, trouvant un style authentique et personnel que l’on sent mûrir dans la deuxième partie du concert.

    Celle-ci est aussi dense que fluide, avec la onzième étude des Harmonies du soir de Liszt prolongée par ce sommet pianistique qu’est Gaspard de la nuit de Maurice Ravel. La vision qu’en donne Chamayou est à la fois impressionniste et expressionniste, mousseuse et précise. L’interprétation du Gibet, page qui requiert une absolue maîtrise, est éclatante, terrible, au bord de l’hallucination.

    Tout cela est joué sans emphase, sans bluff, sans grandiloquence, avec un naturel déconcertant. Le jeune pianiste restitue dans le vaste TCE l’atmosphère conviviale d’un salon où il jouerait devant un auditoire complice comme on bavarde avec ses amis. Moins médiatique que beaucoup de ses collègues de la même génération, il est devenu, en un soir, un grand du piano.

    Ce concert était donné par le festival toulousain Piano aux Jacobins qui, chaque année, propose un de ses artistes aux Champs-Élysées. Cette série qui se déroulera à la fin de l’été (du 5 au 26 septembre 2008) réserve une large place aux pianistes de la jeune génération. Cette saison, elle fera découvrir Romain Descharmes (28 ans), chambriste qui jouera en création mondiale une pièce de vingt minutes de Philippe Fénelon, le Calme des puissances.

    Dans la série, un concert sera incontournable : le duo formé par le compositeur György Kurtág avec sa femme Marta. Ils joueront des transcriptions de Bach et des pièces du musicien roumain. L’une des originalités de Piano aux Jacobins est de mettre en relation des pianistes avec un plasticien qui réalise la plaquette et les programmes.

    Cette saison, après les grandes toiles informelles d’Axel Arno, c’est avec celles de Vincent Bioulès que les musiciens seront confrontés. Artiste montpelliérain, membre du groupe Support-Surfaces, ce dernier est revenu à la figuration avec des couleurs et des mouvements très musicaux. Il ne peut qu’inspirer les pianistes.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 19/05/2008
    Nicole DUAULT

    Récital du pianiste Bertrand Chamayou dans le cadre de Piano aux Jacobins au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Prélude n° 2 en si mineur op. 104a (extrait)
    Rondo Capriccioso op. 14 (extrait)
    Auf flügeln des Gesanges (arrangement de Liszt)
    Trois études op. 104b
    Karlheinz Stockhausen (1928-2007)
    Klavierstück n° 5
    Felix Mendelssohn (1809-1847)
    Romance op. 19 n° 2
    Variations sérieuses op. 54
    Scherzo du Songe d’une nuit d’été (arrangement Rachmaninov)
    Franz Liszt (1811-1886)
    Au bord d’une source (Harmonies du soir)
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Gaspard de la nuit

    Bertrand Chamayou, piano

     


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