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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2018

Nouvelle production de Pelléas et Mélisande à l'Opéra du Rhin / La Filature, Mulhouse.

Pelléas sauce Sega & Nintendo

Dans la fantaisie la plus débridée, le Pelléas de l'Opéra du Rhin ignore Maeterlinck et son intemporalité symbolique, mais propose de très belles voix qui sont presque des découvertes.
 

La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
Le 21/05/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Cette fois la mesure est comble! Après cette mise en scène du suédois Stein Winge, que peut-on encore inventer à partir de Pelléas et Mélisande ? Jugez plutôt: la première scène se passe dans une forêt sombre et profonde, où sont perdus Golaud et Mélisande. Ils sont seuls et perdus. Stein Winge et sa complice Kristin Bredal imaginent le hall d'un immeuble à l'architecture hypermoderne, éclatant de lumière, et que traversent des hommes d'affaires, attaché-case à la main, puis un groupe d'une douzaine de religieuses. Le ton est donné : rien ne correspond au contexte imaginé par Maeterlinck. Seule demeure l'affaire de famille, une famille très riche, dans une maison rutilante de lumière, avec une nombreuse domesticité et un enfant terrible d'une dizaine d'années, Yniold, qui se faufile partout, joue avec des jeux électroniques ou zape des émissions de télévision. Subtile trouvaille du reste, quand Yniold essaie de soulever un rocher et chante " Oh! cette pierre est lourde... ", il pousse un téléviseur, sur l'écran duquel il voit passer les moutons !

    S'il n'y a plus le contexte, devrait demeurer le texte. Mais John Latham-Koenig dirige si fort l'Orchestre philharmonique de Strasbourg, réellement très en forme, peut-être trop, qu'à l'exception de Laurent Naouri, on ne comprend aucun interprète, et surtout pas le petit Yniold!


    Stein Winge avait réalisé le Tryptique de Puccini pour la Monnaie de Bruxelles. Là, il était bien incapable de décaler quoique ce soit, le vérisme étant un coffre-fort pour protéger les idées des auteurs contre les exactions de ces aventuriers de la mise en scène. Puis il vint à l'Opéra-Bastille maltraiter un Tristan dont quelques images avaient encore un certain parfum wagnérien. Avec Pelléas, on cherche en vain une oeuvre d'amour et de douleur.

    Reste heureusement la distribution qui met en présence des chanteurs d'univers forts différents, mais que Debussy unit à merveille. La Britannique Catrin Wyn-Davies avait été une émouvante Lucy Lockit dans l'Opéra de Gueux de Britten. Elle compose avec l'américain Brett Polegato, que Marc Minkowski avait révélé à Nice dans l'Armide de Gluck, un couple d'amoureux très modernes, donc pas très sensuels, mais plausibles et jeunes à souhait. Leurs deux voix se mêlent à ravir et les scènes de la fontaine aux Aveugles sont émouvantes et belles. Brian Bannatyne-Scott compose un Arkel impressionnant par sa haute taille, perpétuellement chancelante, malgré les deux cannes sur lesquelles il s'appuie. Sa voix est noble et profonde, et il est d'une tendresse étonnante dans ses scènes muettes avec le petit Yniold. C'est précisément dans ces scènes rajoutées que Stein Winge est étonnant et touchant.

    Demeure le cas de Laurent Naouri, qui a tout pour être le Golaud du siècle - la voix, le physique et l'intelligence scénique - mais qui en fait trop pour être crédible. Sa brutalité ne connaît pas de borne et les scènes avec Yniold et avec Mélisande sont insoutenables. Toutefois, c'est heureusement du grand théâtre et du beau chant.

    À se remémorer un tel spectacle, force est de conclure qu'il est riche en images fortes, même si elles sont hors de propos. À croire que Stein Winge a voulu, avec Pelléas et Mélisande, trouver une équivalence avec le Don Giovanni imaginé par Peter Sellars (1). Or ce dernier est visionnaire, poète et surtout pas musicien. Donc la comparaison n'est pas à l'avantage de Stein Winge.

    (1) Pour mémoire, Don Giovanni est un noir de Harlem et il n'hésite pas à courtiser Donna Anna en slip !




    La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
    Le 21/05/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Nouvelle production de Pelléas et Mélisande à l'Opéra du Rhin / La Filature, Mulhouse.
    Pelléas et Mélisande de Claude Debussy
    Choeurs de l'Opéra national du Rhin - Orchestre philharmonique de Strasbourg.
    Direction musicale : John Latham-Koenig
    Mise en scène : Stein Winge
    Décors et lumières : Kirstin Bredal
    Costumes : Ingeborg Berneth
    Avec Catrin Wyn-Davies (Mélisande), Elisabeth Canis (Geneviève), Brett Polegato (Pelléas), Laurent Naouri (Golaud), Brian Bannatyne-Scott (Arkel), Alexander Kröner ou Wolfgang Buckel - petits chanteurs de la maîtrise de la cathédrale d'Augsbourg (Yniold), René Schirrer (un médecin), Jens Kiertzner (un berger ).

     


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