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CRITIQUES DE CONCERTS 16 août 2018

Version de concert de l’Orfeo de Monteverdi sous la direction de William Christie à la salle Pleyel, Paris.

Un anti Orfeo
© Ana Bloom / Virgin Classics

Hormis un Retour d’Ulysse où, inspiré par le metteur en scène Adrian Noble, il mettait à nu les âmes des solistes de l’Académie européenne de musique, les dernières incursions de William Christie dans l’opéra du Seicento ne nous ont pas pleinement convaincu. Après une Poppée peu ambitieuse, un Sant’Alessio trop uniment vocal, son Orfeo se complait dans des effets attendus et appuyés.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 31/05/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En septembre dernier, Rinaldo Alessandrini livrait enfin au disque un Orfeo longtemps espéré, fruit assurément mûri d’une quête assidue, savante et amoureuse, inscrivant le premier opéra de Monteverdi dans la continuité des recherches de la Camerata Bardi, qui donnèrent naissance au recitar cantando, ce mode de parler en chantant aussitôt mis en pratique par Jacopo Peri dans l’Euridice, Giulio Caccini sur le même livret de Rinuccini, et Emilio de’ Cavalieri avec la Rappresentazione di Anima e Corpo, et peut-être plus encore d’une approche révolutionnaire du madrigal, avec lequel le compositeur crémonais venait de franchir une étape décisive, introduisant dans les six dernières pièces du Cinquième livre, publié deux ans avant la création de l’Orfeo, une basse continue obligée.

    Le passage de la théorie à la pratique ne pouvait se faire qu’avec une équipe de chanteurs exclusivement italiens, rompus aux spécificités d’un répertoire dont les exigences rhétoriques, tant poétiques que vocales, vont bien au-delà d’une simple exécution musicale, quel que soit son degré d’hédonisme. L’Orfeo présenté à la salle Pleyel par les Arts Florissants, reflet mis en espace d’une production du Teatro Real de Madrid, a certes soulevé l’enthousiasme d’un public acquis.

    Cependant, William Christie et ses musiciens ne donnent à entendre qu’un continuum sonore d’une complaisante luxuriance, émaillé d’effets attendus – jusqu’à cet écho qui tombe d’autant plus à plat dans l’acoustique de Pleyel que le baryton de Ludovic Provost est en complet désaccord avec celui de Dietrich Henschel –, sans contraste entre les formes agencées de façon inédite par le compositeur ni déconcertante suspension dans le discours. Le geste a beau être ample, généreux, l’investissement des chœurs et de l’orchestre indéniable, nos interrogations sur les motivations profondes de cet Orfeo demeurent – mise à part la pseudo caution musicologique que constitue l’utilisation de la « nouvelle édition réalisée par Jonathan Cable d’après la première édition de 1609 ».

    Bien sûr, après le Retour d’Ulysse, dont il présentera la saison prochaine à Madrid une nouvelle production à laquelle il sera difficilement pardonné de ne pas égaler le miracle aixois, et le Couronnement de Poppée, qui certainement suivra, effaçant au passage son modeste essai lyonnais, William Christie, pape du baroque, se devait de livrer sa lecture de l’Orfeo, même avec quelques mois de retard sur le quatre centième anniversaire. Mais à quoi bon – et qui sommes-nous pour – remettre en cause le système : par sa présence fidèle, son adhésion systématique, le public nous renvoie à nos ronchonneuses querelles d’initiés, ou prétendus tels.

    Une distribution disparate

    Que dire dès lors du chant ? Rien sinon que la distribution vocale s’exprime dans des langages fort disparates, que personne n’a semble-t-il tenté d’unifier. La couleur locale est assurée par Maria Grazia Schiavo, Musica, Euridice, Proserpina interchangeables, jolie voix certes, mais à la technique anachronique, car inapte à la coloration du mot, Sonia Prina, Messagiera et Speranza dont la sobriété expressive n’est ce soir pas le fort, comme pour pallier des registres totalement disloqués qui révèlent de sa voix les couleurs les plus ingrates et poussées, Antonio Abete, toujours parfait Pluton, et Luigi De Donato, dont l’ambitus monstrueux du Demonio de Sant’Alessio semble avoir amenuisé les ressources dans l’extrême grave.

    De la dernière édition du Jardin des Voix, on se réjouit de retrouver le ténor Juan Sancho, berger bien plus naturel que Cyril Auvity, qui pas davantage qu’ailleurs, et malgré toute l’ardeur musicale qu’il dégage, ne parvient à nous convaincre que son émission n’est pas contrainte et que ses voyelles ne sont pas plates. Quant au troisième ténor, Agustín Prunell-Friend, il chante Apollon sans trébucher sur les passaggi, mais sa couleur est celle d’Iro du Retour d’Ulysse, d’Arnalta du Couronnement de Poppée.

    Dietrich Henschel, qui fut il y a six ans pour Harnoncourt et Grüber, un bel Ulysse, et qui le sera la saison prochaine pour Christie, apparaît comme une sorte d’anti Orphée. L’intelligence du diseur ne peut en effet définitivement compenser l’absence totale d’italianità tant de la diction – ces « a » qui n’en sont jamais – que de l’émission, si typiquement germanique, et usée de surcroît – blanche dans le haut du registre, enflée dans le grave, et ailleurs d’un gris hésitant –, qui le force à vociférer, et à s’accommoder tant bien que mal de l’ornementation si serrée de Possente spirto.

    À certains de ceux qui auront la patience de le lire, notre propos pourra paraître trop peu mesuré pour être honnête. Il n’en est pas moins le reflet sincère de la colère que nous éprouvions en nous échappant de la salle Pleyel.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 31/05/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de l’Orfeo de Monteverdi sous la direction de William Christie à la salle Pleyel, Paris.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes (1607)
    Livret d'Alessandro Striggio

    Chœur et Orchestre Les Arts Florissants
    Les Sacqueboutiers
    direction : William Christie

    Avec :
    Maria Grazia Schiavo (La Musica, Euridice, Proserpina), Dietrich Henschel (Orfeo), Sonia Prina (Messaggiera, Speranza), Luigi De Donato (Caronte), Antonio Abete (Plutone), Agustín Prunell-Friend (Apollo), Hanna Bayodi-Hirt (Ninfa), Xavier Sabata (Pastore), Cyril Auvity (Pastore, Spirito), Juan Sancho (Pastore, Spirito), Jonathan Sells (Pastore), Ludovic Provost (Eco).

     



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