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CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

Requiem de Berlioz sous la direction de Sir Colin Davis au festival de Saint-Denis 2008.

Grandeur et dépouillement

Berliozien devant l’Éternel, Sir Colin Davis a levé les orages désirés du Requiem dans le vaisseau de la Basilique de Saint-Denis, à la tête d’un Orchestre national de France conquis par la direction tour à tour recueillie et dramatique du chef britannique. Un événement rehaussé par la très belle prestation du ténor Marc Laho dans le Sanctus.
 

Basilique, Saint-Denis
Le 13/06/2008
Michel LE NAOUR
 



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  • Ă€ l’écoute, dans la Basilique de Saint-Denis, de la Grande Messe des Morts exĂ©cutĂ©e quasiment dans la configuration souhaitĂ©e par Berlioz Ă  la crĂ©ation de l’œuvre le 5 dĂ©cembre 1837 en l’Église du DĂ´me des Invalides, l’impression de plĂ©nitude prĂ©side. Sir Colin Davis, qui a tant fait outre-Manche pour imposer l’image d’un compositeur encore maudit dans l’Hexagone, sait de quoi il parle quand il dirige le Requiem. Ne dĂ©clare-t-il pas lui-mĂŞme que c’est en Ă©coutant l’œuvre de Berlioz qu’il a dĂ©cidĂ© de devenir chef d’orchestre comme d’autres un jour ont fait vĹ“u d’entrer en religion ?

    Claude Ballif, dans son excellent essai (Berlioz, Solfèges), Ă©met des doutes sur le mysticisme d’un compositeur plus portĂ© Ă  l’histrionisme qu’aux excès de foi : « Berlioz est l’exemple d’un musicien (profane) qui sait admirablement son mĂ©tier, et malgrĂ© son indiffĂ©rence religieuse (affirmĂ©e), il se sent attirĂ© malgrĂ© lui Ă  exercer ses dons pour illustrer un texte religieux et commenter son mystère Â». De lĂ  Ă  dire qu’il « mĂ©dite symphoniquement Â», il n’y a qu’un pas que Colin Davis ne franchit point.

    En effet, sa vision est finalement, dès le Kyrie, d’un grand classicisme, elle ne craint pas les élans de démiurge – les groupes de cuivres de part et d’autre de l’orchestre créent un dialogue impressionnant de démesure dans le Tuba mirum et le Lacrymosa –, mais est animée par un souffle souvent méditatif – les Chœurs de Radio France appuyés par ceux de l’Académie Sainte-Cécile souffrent, prient avec une splendeur déchirante et bouleversante d’émotion contenue dans le Quaerens me, l’Hostias, et l’Agnus Dei.

    Loin d’un romantisme déchaîné (celui de Munch ou de Bernstein) ou d’une transfiguration subjective (celle de Scherchen), le chef britannique, que l’on a connu souvent sur son quant-à-soi, libère dans le Requiem une énergie toujours domptée – la mise en valeur des plans sonores, la gradation des nuances des pianissimi les plus ténus aux fortissimi les plus éclatants. La battue, réduite à l’essentiel mais d’une efficacité redoutable, provoque une implosion par l’austérité de la démarche et la noblesse de ce qui dévient in fine un cérémonial funèbre.

    L’Orchestre national, porté par cette conception si intense et si aboutie – on passera rapidement sur quelques décalages à la fin du Dies irae ou de l’Hostias inhérents aux conditions du concert –, répond à toutes les sollicitations avec un engagement de tous les instants – les pupitres de cordes dans l’Offertoire sont en lévitation. Le ténor belge Marc Laho (qui remplace Sébastien Guèze) triomphe quant à lui par la franchise de sa voix dans un Sanctus aérien et élégiaque.

    « Toutes les grandes lectures sont une date dans l’existence Â» Ă©crivait Lamartine dans ses Cours familiers de littĂ©rature. Ă€ l’évidence, celle que Sir Colin Davis a donnĂ© du Requiem de Berlioz a valeur d’évidence et constitue mĂŞme un moment inoubliable de l’histoire de l’interprĂ©tation.




    Basilique, Saint-Denis
    Le 13/06/2008
    Michel LE NAOUR

    Requiem de Berlioz sous la direction de Sir Colin Davis au festival de Saint-Denis 2008.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    Requiem (Grande Messe des Morts) op. 5 (1837)

    Marc Laho, ténor
    Chœur de Radio France
    Coro dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Rome
    direction : Morten Schuldt Jensen
    Orchestre national de France
    direction : Sir Colin Davis

     


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