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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Récital d'Ivo Pogorelich au Festival d'Auvers-sur-Oise, France.

Pogorelich bâtisseur de cathédrale
© DG

Même en catimini loin des feux de la capitale, une visite de Pogo est toujours un événement. De son passage à Auvers sur Oise le 25 mai, la petite ville gardera longtemps la mémoire du monument sonore qu'il a érigé en moins de deux heures.
 

Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
Le 25/05/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Il n'y a pas de cathédrale à Auvers, mais une petite église presque aussi célèbre que Notre-Dame depuis que Van Gogh l'a immortalisée. En investissant Notre Dame d'Auvers le temps d'un récital, Ivo Pogorelich en a d'ailleurs profité pour donner à la petite les dimensions de sa grande soeur parisienne.
    Tout a commencé par un tremblement de terre. Dans l'église d'Auvers, le grand queue de concert Yamaha sonne plus ample et plus plein que les grandes orgues de Notre-Dame (voire de Staline). La dimension que prend le piano dans ce lieu est si énorme que l'on sent les murs s'écarter et les voûtes s'élever respectueusement. Du coup, on ne reconnaît pas tout de suite que l'origine de la secousse provient de la Tempête de Beethoven. Comme pour accentuer le côté sismique, Pogorelich a choisi un tempo incroyablement lent qui transfigure totalement les habitudes d'écoute de cette pièce. Dans l'adagio déjà naturellement très suspendu, on découvre presque une nouvelle sonate méditative de Liszt.
    Mais ce traitement sonore est surtout l'occasion pour le pianiste de déployer une hallucinante palette de couleurs. Le concert n'est pas placé sans raison en hommage à Michelangeli. Depuis la disparition de ce dernier, qui peut prétendre maîtriser une gamme infinie de nuances dynamiques, sinon Pogo ?
    Il y a peut-être chez ce dernier un narcissisme pianistique et un hédonisme du son auquel Michelangeli était plus étranger. Mais si Pogo fait parfois la roue chromatique, il est impossible de ne pas sentir ses oreilles ployer sous l'incroyable pression dramatique qu'il sait créer pendant le concert. La lenteur crée en effet une tension continue qui ne se décharge que très sporadiquement dans quelques déflagrations aussi libératoires qu'imprévisibles. C'était particulièrement saisissant avec l'ahurissant presto des 6 moments musicaux op 16 de Rachmaninov.
    Pétrifié, abasourdi, sonné par le piano tellurique de Pogo, le public n'a pas osé applaudir avant la fin. Ce dernier disparaît alors sous les ovations, il ne reviendra plus, mais laisse en souvenir une cathédrale à jamais engloutie dans les mémoires.




    Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
    Le 25/05/2000
    Eric SEBBAG

    Récital d'Ivo Pogorelich au Festival d'Auvers-sur-Oise, France.
    Récital Ivo Pogorelich
    Oeuvres de Beethoven et Rachmaninov.

     


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