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CRITIQUES DE CONCERTS 15 septembre 2019

Récital d'Ivo Pogorelich au Festival d'Auvers-sur-Oise, France.

Pogorelich b√Ętisseur de cath√©drale
© DG

Même en catimini loin des feux de la capitale, une visite de Pogo est toujours un événement. De son passage à Auvers sur Oise le 25 mai, la petite ville gardera longtemps la mémoire du monument sonore qu'il a érigé en moins de deux heures.
 

Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
Le 25/05/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Il n'y a pas de cath√©drale √† Auvers, mais une petite √©glise presque aussi c√©l√®bre que Notre-Dame depuis que Van Gogh l'a immortalis√©e. En investissant Notre Dame d'Auvers le temps d'un r√©cital, Ivo Pogorelich en a d'ailleurs profit√© pour donner √† la petite les dimensions de sa grande soeur parisienne.
    Tout a commenc√© par un tremblement de terre. Dans l'√©glise d'Auvers, le grand queue de concert Yamaha sonne plus ample et plus plein que les grandes orgues de Notre-Dame (voire de Staline). La dimension que prend le piano dans ce lieu est si √©norme que l'on sent les murs s'√©carter et les vo√Ľtes s'√©lever respectueusement. Du coup, on ne reconna√ģt pas tout de suite que l'origine de la secousse provient de la Temp√™te de Beethoven. Comme pour accentuer le c√īt√© sismique, Pogorelich a choisi un tempo incroyablement lent qui transfigure totalement les habitudes d'√©coute de cette pi√®ce. Dans l'adagio d√©j√† naturellement tr√®s suspendu, on d√©couvre presque une nouvelle sonate m√©ditative de Liszt.
    Mais ce traitement sonore est surtout l'occasion pour le pianiste de d√©ployer une hallucinante palette de couleurs. Le concert n'est pas plac√© sans raison en hommage √† Michelangeli. Depuis la disparition de ce dernier, qui peut pr√©tendre ma√ģtriser une gamme infinie de nuances dynamiques, sinon Pogo ?
    Il y a peut-être chez ce dernier un narcissisme pianistique et un hédonisme du son auquel Michelangeli était plus étranger. Mais si Pogo fait parfois la roue chromatique, il est impossible de ne pas sentir ses oreilles ployer sous l'incroyable pression dramatique qu'il sait créer pendant le concert. La lenteur crée en effet une tension continue qui ne se décharge que très sporadiquement dans quelques déflagrations aussi libératoires qu'imprévisibles. C'était particulièrement saisissant avec l'ahurissant presto des 6 moments musicaux op 16 de Rachmaninov.
    P√©trifi√©, abasourdi, sonn√© par le piano tellurique de Pogo, le public n'a pas os√© applaudir avant la fin. Ce dernier dispara√ģt alors sous les ovations, il ne reviendra plus, mais laisse en souvenir une cath√©drale √† jamais engloutie dans les m√©moires.




    Eglise Notre-Dame, Auvers-sur-Oise
    Le 25/05/2000
    Eric SEBBAG

    Récital d'Ivo Pogorelich au Festival d'Auvers-sur-Oise, France.
    Récital Ivo Pogorelich
    Oeuvres de Beethoven et Rachmaninov.

     


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