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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Nouvelle production de Falstaff de Verdi mise en scène par Mario Martone et sous la direction d’Alain Altinoglu au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le verbe de Falstaff
© Alvaro Yanez

Alessandro Corbelli (Falstaff)

Réunir pour Falstaff une distribution majoritairement italienne, cela devrait aller de soi tant les mots de Boito ont révélé chez un Verdi au soir de sa vie des dons inexploités pour la comédie. C’est le choix, assurément payant, qu’a fait Dominique Meyer pour cette nouvelle production menée de mains de maîtres par Mario Martone et Alain Altinoglu.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 23/06/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Le précédent Falstaff présenté au Théâtre des Champs-Élysées n’était guère ressemblant. Pour mieux marquer sa différence, Herbert Wernicke, disparu entre la création aixoise et la reprise parisienne de sa mise en scène, l’avait en effet voulu noir, et non plus pansu. Rien de tel avec cette nouvelle production qui prend sa source dans la lettre du livret d’Arrigo Boito.

    Et le moindre mérite de Dominique Meyer n’est pas d’avoir réuni des chanteurs en majorité italiens, guidés par un metteur en scène, italien lui aussi, qui a su leur insuffler l’esprit de troupe. Car là sont les deux clés de Falstaff : la langue – qu’on ne saurait mieux caractériser qu’André Tubeuf par « sa fluidité (mais attention ! Al dente surtout !!), sa brièveté, son naturel, sa suffisance » – et les ensembles.

    Il y faut aussi, bien sûr, des personnalités, notamment pour son rôle-titre plus gros que nature. Alessandro Corbelli, qui n’oublie jamais qu’il vient de Mozart et Rossini, le prend, sans doute pour cette raison même, au sérieux. C’est-à-dire avant tout qu’il le chante, et avec suffisamment de clarté et de souplesse pour varier la ligne et la couleur : un Falstaff qui s’écoute autant, voire plus qu’il ne se regarde.

    Les scrupules du musicien, si rares dans un rôle où tant de barytons vieillissants se sont adonnés à la caricature, n’effacent pas pour autant les mérites d’un comédien subtil jusque dans ce supplément d’emphase du geste, de la démarche, du compliment qui font le personnage d’une autre époque, et donc ridicule aux yeux de la nôtre qui s’empresse de traduire virtù par vertu, réduisant le sens que ce mot revêtait, au même titre que l’Onore, pour un audace e destro Cavaliere.

    © Alvaro Yanez

    En transposant l’action au temps de la création de l’opéra, Mario Martone a voulu montrer ce passage d’une époque à l’autre et les désillusions qui l’accompagnent. Est-ce pour cette raison que la scénographie de Sergio Tramonti, qui sait faire bon usage de la verticalité, est si tristement brunâtre, à peine colorée dans le parc de Windsor par ce chêne emprunté à un jeune « Mondrian qui ressemble à Van Gogh » ? Par bonheur, l’animation n’y manque pas, grâce à une direction d’acteurs au cordeau qui n’oublie jamais de paraître spontanée. Même Ludovic Tézier, habituellement si empesé dans son costume de chanteur, s’y amuse et nous amuse, sans que la somptuosité du timbre et de la ligne en soient jamais altérées.

    Ainsi donc, Anna Caterina Antonacci fait très irrésistiblement la biche. Il serait même impossible de résister à son Alice si l’émission de l’aigu n’était à ce point aléatoire, déstabilisant les miraculeuses ascensions de Ma il viso tuo su me resplendirà – dieu sait qu’il n’est pas de mélodie plus belle dans cet opéra auquel on a reproché de ne pas en avoir. Car tout le reste, chez la soprano italienne, est à se pâmer, dans le jeu comme les couleurs vocales qui découlent naturellement d’une langue savourée avec ce supplément d’esprit qui est le privilège des natifs.

    Une Mistress Quickly renversante

    Et si la Meg de Caitlin Hulcup a assurément du maintien, la Mistress Quickly de Marie-Nicole Lemieux est proprement renversante. Un bras en écharpe, conséquence d’une mauvaise chute durant les répétitions, n’allait certes pas empêcher la truculente québécoise de s’incliner molto ossequiosamente devant le Pancione ou de se faire improbable flamenca dans une scène de torture tourbillonnante. Mais surtout, la voix a gagné tant en assise qu’en longueur, et donc en ampleur comme en projection, se délectant de ses résonances de poitrine sans perdre son chatoyant velouté dans l’aigu.

    Le couple de jeunes tourtereaux est en revanche assez mal assorti. Malgré tout le soin porté à la dynamique, l’émission dopée à la testostérone du jeune Francesco Meli prive Fenton de naïveté poétique. D’autant qu’elle écrase plus d’une fois le timbre si gracile d’Amel Brahim-Djelloul, dont le minois à peine sorti de l’adolescence convient idéalement à Nannetta, pour laquelle lui fait cependant défaut cette confiance nécessaire en la maîtrise de ses moyens qui libèrerait enfin des aigus encore contraints sul fil d’un soffio etesio.

    Mais puisque la verve comme le verbe des comprimari – le sont-ils seulement ? – sont pur régal, ce plateau a décidément fort belle allure. Avec ses cordes graves de rêve étouffées par la fosse du Théâtre des Champs-Élysées – du moins au parterre –, l’Orchestre de Paris n’est sans doute pas l’instrument idéal pour Falstaff, d’une pâte sonore insuffisamment ductile.

    Peut-être la comédie se joue-t-elle aussi davantage, sous la direction enlevée d’Alain Altinoglu, dans le rythme qu’à travers les entrelacs de timbres du dernier Verdi, qui sont à eux seuls un théâtre. La sûreté avec laquelle le chef français mène et équilibre les ensembles, sans que jamais personne ne se perde en chemin, n’en est pas moins la marque des authentiques maestri concertatori.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 23/06/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Falstaff de Verdi mise en scène par Mario Martone et sous la direction d’Alain Altinoglu au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Falstaff, commedia lirica en trois actes (1893)
    Livret d’Arrigo Boito d’après The Merry Wives of Windsor et Henry IV de Shakespeare.

    Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
    Orchestre de Paris
    direction : Alain Altinoglu
    mise en scène : Mario Martone
    décors : Sergio Tramonti
    costumes : Ursula Patzak
    éclairages : Pasquale Mati

    Avec :
    Alessandro Corbelli (Falstaff), Anna Caterina Antonacci (Alice Ford), Francesco Meli (Fenton), Caitlin Hulcup (Meg Page), Amel Brahim-Djelloul (Nannetta), Federico Sacchi (Pistola), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly), Ludovic Tézier (Ford), Enrico Facini (Dr Cajus), Patrizio Saudelli (Bardolfo).

     



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