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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Création mondiale de la Mouche d’Howard Shore mise en scène par David Cronenberg et sous la direction de Plácido Domingo au Théâtre du Châtelet, Paris.

Cronenberg mouche Shore
© Marie-Noëlle Robert

Daniel Okulitch (Seth Brundle)

Oublions la musique terne d'Howard Shore, ainsi que la prestation maladroite de Plácido Domingo à la tête du Philharmonique de Radio France, et louons la mise en scène de David Cronenberg, qui fait de cette Mouche donnée en création mondiale au Châtelet non pas un grand opéra mais un spectacle diablement inventif et revitalisant.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 02/07/2008
Laurent VILAREM
 



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  • Il aura fallu attendre la deuxième partie pour prendre du plaisir à cette mouche-là ! Donnée en création mondiale au Théâtre du Châtelet, en coproduction avec le Los Angeles Opera, cette production était certes initiée par le compositeur Howard Shore mais faisait avant tout l'événement tant elle bénéficiait de l'aura sulfureuse et du prestige du réalisateur canadien David Cronenberg qui en assurait également la mise en scène.

    L'intrigue de l'opéra reste la même que celle du film de 1986 dont elle s'inspire : le scientifique Seth Brundle effectue de nombreuses expériences de télétransportation, jusqu'au jour où par mégarde, il se transforme au cours de l'une d'entre elles en un infâme être hybride, mi-homme, mi-insecte. Plongé dans un décor qui représente le laboratoire de Seth, le début du spectacle réveille un imaginaire naïf et suranné évoquant un spectacle de série B, tout droit sorti de l'âge d'or hollywoodien. La mise en scène de David Cronenberg étonne alors par sa frontalité – elle n'usera par ailleurs d'aucune vidéo comme si les images, pour ceux qui avaient vu le film, en restaient le hors-champ intouchable.

    La musique du compositeur attitré de Cronenberg, Howard Shore, à l'origine du projet et oscarisé pour sa partition du Seigneur des anneaux, frappe quant à elle par son indécision, entre emprunts à Wagner et réminiscences straussiennes, sibéliennes ou d'une manière qui serait celle d'un Gustav Holst dépressif.

    Très peu de couleurs, très peu de contrastes, des nappes sonores remarquables par leur absence d'imagination dramatique et leur façon de toujours passer au second plan : quel compositeur n'aurait pas été inspiré en effet par cette mouche vrombissante bloquée dans une machine de télétransportation ?

    De même, on aurait pu écrire une musique autrement plus folle pour une scène comme celle du bras de fer – Seth Brundle cassant le bras d'un malheureux lors d'un viril mano a mano – que celle de ces cuivres trébuchants, trompette fatidique et méandres de cordes grises. Le livret et la structure de l'histoire en flash-back semblent en outre rapprocher l'œuvre d'un oratorio statique.

    © Marie-Noëlle Robert

    Si l'écriture vocale est atone, il faut dire que Shore n'est guère aidé par la direction de Plácido Domingo, qui, pour peu qu'on puisse en juger pour une création mondiale, n'allège en rien l'épaisse texture orchestrale, peu gâté non plus par les cordes amorphes du Philharmonique de Radio France, dont on sauvera en revanche les brillants cuivres.

    On se prend alors à penser que le compositeur a surtout eu l'immense mérite d'avoir connu dans sa jeunesse torontoise le grand David Cronenberg. Car dès le début du II, tout ce qui n'apparaissait que comme une bande dessinée vaguement ennuyeuse, exécutée avec un professionnalisme tout nord-américain, se met à résonner d'un sourd ressac dialectique.

    Au corps triomphant d'un Daniel Okulitch (bon acteur, bon chanteur) qui joue un Seth Brundle largement déshabillé, répond maintenant l'ignoble transformation en mouche du héros, véritable Golem – on oserait presque dire Gollum –, grâce aux spectaculaires maquillages de Stephan Dupuis.

    De même, au premier degré du I succède maintenant cette ligne claire inscrite dans les plus extravagantes péripéties, dont on sent à chaque instant qu'elles peuvent basculer dans le sexe et la violence la plus crue, ou vers des sentiments profondément contradictoires et ambigus. Alors, on renonce à ce que la musique trouve des couleurs inédites, et soit autre chose qu'un accompagnement.

    Un opéra sans musique

    La Mouche devient ainsi un excitant opéra sans musique, qui, par sa manière d'extérioriser ce que d'habitude on ne montre pas – l'intérieur justement, la chair, l'animalité –, rappelle les plus beaux longs-métrages du réalisateur de Crash. On se met à rire de trouvailles énormes, tel ce Brundlefly (Seth Brundle devenu mouche) qui retentit drôlement dans une salle d'opéra, ou à considérer avec gravité les enjeux philosophiques de cette métamorphose kafkaïenne, sous les apparats d'un grand spectacle toujours aussi parfaitement exécuté.

    Davantage, Cronenberg apparaît comme un authentique metteur en scène d'opéra : loin du réalisme cinématographique, il stylise l'action jusqu'au grand-guignolesque, comme l'apparition de l'horrible monstre final, aussi grotesque qu'effrayant, pour parvenir à ce monde des passions opératiques, qui agissent à la manière d'un derviche tourneur.

    La musique d'Howard Shore est toujours aussi lourde, terne et sérieuse mais crée enfin un contraste avec la trame agile, claire et limpide qui se déroule sur la scène. On finit même par écouter l'air final de la compagne de Seth, Veronica (la mezzo roumaine Ruxandra Donose, l'autre triomphatrice de la soirée), et on finit par entendre éventuellement la patte musicale d'Howard Shore. Un génie, ce Cronenberg, décidément !




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 02/07/2008
    Laurent VILAREM

    Création mondiale de la Mouche d’Howard Shore mise en scène par David Cronenberg et sous la direction de Plácido Domingo au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Howard Shore (*1946)
    The Fly, opéra en deux actes
    Livret de David Henry Hwang, d'après la nouvelle de George Langelaan

    Création mondiale
    Coproduction avec le Los Angeles Opera

    Chœur du Châtelet
    Chœur de jeunes du CRR d'Aubervilliers-la Courneuve
    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Plácido Domingo
    mise en scène : David Cronenberg
    décors : Dante Ferretti
    costumes : Denise Cronenberg
    éclairages : AJ Weissbard
    maquillages et effets spéciaux : Stephan L.Dupuis
    préparation des chœurs : Christine Morel

    Avec :
    Daniel Okulitch (Seth Brundle), Ruxandra Donose (Veronica Quaife), David Curry (Stathis Borans), Beth Clayton (l'officier), Jay Hunter Morris (Marky), Lina Tetruashvili (Tawny), Sophie Van de Woestyne, Jean-Gabriel Saint-Martin, Louise Callinan, Frédéric Goncalves, Luc Lalonde (scientifiques).

     



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