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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2019

Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par Stéphane Braunschweig et sous la direction de Sir Simon Rattle au festival d’Aix-en-Provence 2008.

Aix 2008 (1) :
Un Siegfried d’anthologie

© Elisabeth Carecchio

Katarina Dalayman (BrĂĽnnhilde)

Le troisième volet du Ring proposé par la Philharmonie de Berlin sous la direction de Sir Simon Rattle dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig se révèle par sa richesse, son homogénéité et sa structure dans l’exacte continuité de l’Or du Rhin et de la Walkyrie. Avec une finesse sonore d’un tel raffinement qu’on se souviendra d’un Siegfried d’anthologie.
 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 28/06/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Le plaisir dĂ©multipliĂ©. Cinq heures de spectacle sans le moindre temps mort et sans la plus petite minute de lassitude. Et pourtant, la mise en scène minimaliste de StĂ©phane Braunschweig pourrait prĂŞter Ă  sourire et Ă  ironiser. Ne serait-ce que ce dĂ©but oĂą BrĂĽnnhilde sur son rocher entourĂ© de feu est en fait allongĂ©e sur trois fauteuils d’opĂ©ra en velours rouge ! Ă€ la fois dĂ©risoire et grandiose, cela « tient » dans une scĂ©nographie Ă©purĂ©e oĂą le Français n’a pas lĂ©sinĂ© sur les symboles et sur les Ă©lĂ©ments anecdotiques qui parsèment le rĂ©cit.

    Oui, Mime le forgeron a une forge et une enclume. Oui, Siegfried apparaît en tirant un ours en laisse. Oui, les morceaux de l’épée Notung sont bel et bien rassemblés et reforgés sous nos yeux. Oui enfin, un dragon est là, à vrai dire peu redoutable. Mais tous ces éléments naturalistes qui pourraient figurer dans une BD caustique sont glissés avec un tel à propos qu’ils s’immiscent dans la musique sans le moindre heurt. À peine se permet-on un sourire que la mise en scène prend peu à peu de la hauteur et de la dimension dans ce décor clos, en impasse, où les héros débattent de l’impuissance de la passion.

    Certes, Siegfried n’est pas un beau jeune héros. Le physique d’homme mûr de Ben Heppner ne souffre guère cette transformation. Braunschweig en fait un bûcheron balourd à la veste à carreaux aussi à l’aise au milieu des forêts germaniques que dans son Canada natal. Il incarne à merveille cet inconscient inculte qui ne connaît pas la peur et qui, animé par l’amour de la nature et la beauté du monde, pourrait sauver celui-ci de la perversité dans laquelle ses ancêtres l’ont plongé.

    Burkhard Ulrich (Mime) et Ben Heppner (Siegfried) / © Elisabeth Carecchio

    Heppner fait à Aix ses premiers pas dans un rôle que les opéras du monde entier lui demandaient depuis longtemps. Il répète souvent qu’il n’est pas aussi Heldentenor qu’on le croit et que sa voix n’a pas la surpuissance que l’on attend d’habitude dans ce rôle éprouvant. Il se sous-estime par une timidité viscérale.

    Sa grâce vocale subjugue et ses faibles compétences d’acteur se révèlent pertinentes dans la maladresse du héros. Cet art tout en subtilité, en vulnérabilité, en raffinement, se communique à l’ensemble du plateau, à l’impassible Wotan, voyageur ténébreux qu’incarne Willard White, au diabolique rapace qu’est le Mime éclatant de Burkhard Ulrich, à la somptueuse et désabusée Erda d’Anna Larsson qui vient, elle, déesse de la terre et mère des neuf filles de Wotan, s’étendre pour la dernière fois dans ce lit qui sera la couche nuptiale de Brünnhilde et Siegfried.

    Quelques instants magiques de mise en scène : Siegfried colosse aux pieds d’argile vient s’agenouiller devant l’oiseau pour lui conter sa peine ; le duo final où le héros en découvrant émerveillé la voluptueuse Brünnhilde de Katarina Dalayman apprend également la peur ; tous deux avant l’extase amoureuse font le tour du lit où Wotan était venu rencontrer Erda.

    Fusion des héros, fusion de la mise en scène et d’une musique dépoussiérée par Sir Simon Rattle et son orchestre. Le maestro n’a jamais mis autant en évidence la clarté des plans sonores. Il module en virtuose les effets et la puissance de la Philharmonie de Berlin pour mettre en valeur des beautés vocales qu’il ne couvre jamais jusqu’à cette fin, animée par la tendresse et l’espérance dans un monde aussi chaotique que le nôtre.

    En ce soir de première, le chef britannique a tout loisir d’insister sur la tendresse, ressentant sans doute profondément la naissance de son propre enfant, né le matin même dans une maternité de Provence !




    Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
    Le 28/06/2008
    Nicole DUAULT

    Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par Stéphane Braunschweig et sous la direction de Sir Simon Rattle au festival d’Aix-en-Provence 2008.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Coproduction avec le Festival de Pâques de Salzbourg

    Berliner Philharmoniker
    direction : Sir Simon Rattle
    mise en scène, décors et vidéo : Stéphane Braunschweig
    costumes : Thibault Vancraenenbroeck
    Ă©clairages : Marion Hewlett

    Avec :
    Ben Heppner (Siegfried), Burkhard Ulrich (Mime), Sir Willard White (Der Wanderer), Dale Duesing (Alberich), Alfred Reiter (Fafner), Anna Larsson (Erda), Katarina Dalayman (BrĂĽnnhilde), Mojca Erdmann (Stimme des Waldvogels).

     



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