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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2019

Création mondiale de Passion de Pascal Dusapin au festival d’Aix-en-Provence 2008.

Aix 2008 (2) :
90 minutes sans passion

© Elisabeth Carecchio

Barbara Hannigan (Elle)

Sur l’incommunicabilité de l’amour, Pascal Dusapin a ciselé pour le festival d’Aix-en-Provence 2008 un chef-d’œuvre au sens des Compagnons du Tour de France : une pièce d’orfèvrerie vocale et musicale, tarabiscotée de préciosité et qui laisse pourtant insatisfait par son absence de sensualité et de désir. Une création largement dépassionnée.
 

Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
Le 29/06/2008
Nicole DUAULT
 



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  • Dans une seule mesure de l’Orfeo de Monteverdi, on trouve plus de soif, de dĂ©sir que pendant les quatre-vingt-dix minutes de la Passion vraiment dĂ©passionnĂ©e de Pascal Dusapin. Une rĂ©fĂ©rence Ă  Monteverdi : StĂ©phane Lissner, ancien directeur du Festival d’Aix, avait naguère commandĂ© Ă  Dusapin un opĂ©ra en Ă©cho Ă  ceux du maĂ®tre de CrĂ©mone. Voici donc le sixième opus lyrique d’un compositeur de 53 ans qui est l’un des plus jouĂ©s et des plus cĂ©lĂ©brĂ©s aujourd’hui.

    Dusapin a revisité le thème d’Orphée dans une musique qui, comme presque toujours, est remarquable par sa structure, ses mille subtilités et son raffinement. Il a choisi un effectif orchestral qui comprend un ensemble de chambre auquel ont été rajoutés un clavecin, en pensant bien évidemment à Monteverdi, ainsi qu’un oud iranien pour un regard adressé à l’autre côté de la Méditerranée.

    L’Ensemble Modern est dirigé d’une manière méticuleuse par le chef français Franck Ollu, qui savoure autant que nous cette musique lancinante, ce jeu de timbres qui renvoie aux musiques madrigalesques. L’effectif vocal est composé par l’Ensemble Musicatreize, d’un chœur à six voix (ils sont les autres) et de deux solistes. Les interprètes sont totalement habités par le discours sonore.

    Lui, le baryton autrichien Georg Nigl, a déjà participé à un autre opéra de Dusapin. Il chanta le rôle-titre du Faustus que le compositeur créa à Berlin et à l’Opéra de Lyon. Dans Passion, il est utilisé en voix de fausset. Lui est face à Elle, la véritablement sublime Barbara Hannigan. Sa voix d’une pureté inouïe se joue des acrobatiques notes suraiguës que lui a écrites sur mesure Pascal Dusapin. Elle est fort belle avec sa longue chevelure blonde et une silhouette d’une fluidité glaciale qui fait bien entendu songer à Mélisande.

    Mais si l’héroïne de Debussy est rongée par la passion, celle de Dusapin ne semble pas submergée ni bouleversée par ce corps à cœur. La langue italienne qu’utilise le compositeur, sans doute parce qu’elle est celle de l’amour, ne livre que des mots vides et sans affects. À l’opéra, on croît toujours mieux comprendre les langues étrangères que sublime la musique. C’est bien souvent comme ici une illusion et un cache-misère. La traduction en français révèle la vacuité d’un sans aucun intérêt et prétentieux. On pourrait ajouter : comme toujours chez Dusapin !

    Compositeur et librettiste ?

    Quand ce merveilleux compositeur utilisera-t-il un support poétique, mélodieux, compréhensible ? Faustus ne plongeait déjà pas au plus fond de l’univers faustien. Perela, homme de fumée était bien nommé avec un texte fumeux ! La poésie contemporaine possède des personnalités d’une richesse éblouissante. Pourquoi Dusapin ne s’adresse-t-il pas à de grands écrivains ? Il a lui-même écrit le livret de Passion. On ne peut sans doute plus être compositeur et poète en même temps.

    La mise en scène est plutôt une mise en espace. Cela n’est guère gênant puisque cette œuvre lyrique ne recèle, contrairement à un véritable opéra, aucune action. Son auteur est Giuseppe Frigeni, ancien assistant et élève de Bob Wilson, auquel il a emprunté la gestuelle un brin emphatique. Mais, dans un décor immaculé où Elle perd en même temps que ses illusions mille boules de cristal cachées sous sa crinoline, où un diapason géant donne sans doute le la de la passion et où évoluent des personnages mythiques comme une licorne, la scénographie est bien le seul élément qui meuble la réalisation. Bienvenues et aux bons moments sont les brèves interventions de l’électronique.

    On sort de cette Passion avec un sentiment de frustration désolée. On s’est senti pendant une longue heure et demie auprès d’une pièce qui touche de très peu au sublime sans y atteindre.




    Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
    Le 29/06/2008
    Nicole DUAULT

    Création mondiale de Passion de Pascal Dusapin au festival d’Aix-en-Provence 2008.
    Pascal Dusapin (*1955)
    Passion, opéra en un acte (2006)
    Livret du compositeur, avec la collaboration de Rita de Letteriis

    Création mondiale
    Coproduction avec le Grand Théâtre de Luxembourg et l’Opéra de Rouen Haute Normandie

    Ensemble Musicatreize
    Ensemble Modern Frankfurt
    direction : Franck Ollu
    mise en scène et scénographie : Giuseppe Frigeni
    costumes : Amélie Haas
    éclairages : Dominique Bruguière
    dispositif Ă©lectroacoustique : Thierry Coduys
    préparation du chœur : Roland Hayrabedian

    Avec :
    Barbara Hannigan (Lei), Georg Nigl (Lui), Ensemble Musicatreize (Gli Altri).

     



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