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CRITIQUES DE CONCERTS 24 septembre 2020

Nouvelle production de l’Infedeltà delusa de Haydn mise en scène par Richard Brunel et sous la direction de Jérémie Rhorer au festival d’Aix-en-Provence 2008.

Aix 2008 (3) :
La burletta delusa

© Elisabeth Carecchio

Malgré l’intégrale discographique d’Antal Dorati et le sursaut récemment initié par Nikolaus Harnoncourt, les opéras de Haydn demeurent la zone d’ombre de sa production. Comme un avant-goût du bicentenaire de la mort du compositeur, l’Académie européenne de musique présentait une nouvelle production de l’Infedeltà delusa, bien plus profonde et subtile que la burletta attendue.
 

Hôtel Maynier d’Oppède, Aix-en-Provence
Le 15/07/2008
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Sandrina, fille d’un paysan aisĂ©, aime Nanni, qui n’a pas de fortune. Cependant, Filippo a donnĂ© la main de sa fille Ă  Nencio, riche propriĂ©taire aimĂ© de Vespina, sĹ“ur de Nanni, qui va s’employer Ă  rĂ©tablir l’ordre des couples en prenant tour Ă  tour les traits d’une vieille femme, du domestique allemand du marquis de Ripafratta puis de ce dernier, et enfin du notaire censĂ© unir Sandrina au ci-devant marquis. L’intrigue comme les personnages du livret de Coltellini mis en musique par Haydn sont de prime abord typiques de l’opera buffa en vogue durant la seconde moitiĂ© du XVIIIe siècle.

    Sans prendre le contre-pied du genre, Richard Brunel a choisi d’en donner une lecture plus profonde, que le traitement musical de Haydn ne cesse de justifier. En effet, si le livret ne s’embarrasse pas des circonvolutions poétiques de rigueur dans le répertoire sérieux, le compositeur use, tout en restant fidèle à la structure en deux actes propre au genre bouffe, de formes musicales typiques de l’opera seria, particulièrement dans les airs de Sandrina, dont les exigences vocales n’ont rien à envier aux grandes arie da capo des héroïnes tragiques.

    Sous ses faux airs de bluette paysanne, le premier acte de l’Infedeltà delusa révèle ainsi une extrême violence, tant dans les rapports entre les personnages qu’à travers leur bouillonnement intérieur. Cette âpreté, cette rugosité même, Richard Brunel les exacerbe, sans toutefois tomber dans le didactisme d’une peinture sociale trop appuyée, en décelant chez ces personnages qu’il serait aisé de ne voir que comme des archétypes, une profondeur digne des héros mythologiques et autres paladins du genre antagoniste.

    Claire Debono (Vespina) / © Elisabeth Carecchio

    Grâce à l’ingénieux dispositif scénique tout en transparences d’Anouk Dell’Aiera, le metteur en scène français multiplie les espaces de jeu et donne à voir les comportements avec une vérité quasi-réaliste que délestent de soudaines visions tantôt cauchemardesques, tantôt fantasmatiques, frisant le mystérieux. Quant aux travestissements du deuxième acte, ils sont traités avec une telle fantaisie dans le goût du monstrueux qu’ils évitent la convention qui pourrait les faire sombrer dans le registre de la farce la plus ordinaire.

    Qu’elle la suive ou qu’elle l’inspire, la lecture musicale de Jérémie Rhorer est à l’unisson de cette proposition scénique, jouant des interactions entre les genres avec une vivacité constante. Surtout, le bras du jeune chef français ne cesse, au fil des productions, de se singulariser par l’étonnant paradoxe d’une fulgurance continuelle. Et le Cercle de l’Harmonie, seule formation française présente en fosse à Aix pour cette soixantième édition, se distingue une nouvelle fois par son infaillible réactivité.

    À l’instar de la plupart des opéras bouffes de Haydn, l’Infedeltà delusa semble par ses dimensions – deux heures à peine et cinq rôles de premier plan – idéale pour un travail d’académie. Ses exigences vocales n’en sont pas moins promptes à déstabiliser de jeunes chanteurs encore fragiles. Malgré l’ampleur et la lumineuse beauté du haut-médium, Ina Kringelborn est à cet égard dépassée par la vocalité de Sandrina, étendue et virtuose. De même, le Nencio de James Elliott fait-il un peu pâle figure malgré une belle conduite de la ligne. Nanni révèle en revanche en Andreas Wolff un baryton-basse plein d’entrain et au grain attachant.

    S’il fait ici figure de vétéran, le très estimé Yves Saelens est un Filippo idéal de cruauté pas si ridicule par la vaillance ironique de son chant. Dominant l’ensemble, Claire Debono explose littéralement en Vespina, irrésistible d’abattage comique et stylistique, et dotée d’une voix idéalement timbrée sur toute l’étendue, à la couleur fruitée, intensément personnelle, et déjà immédiatement reconnaissable.




    Hôtel Maynier d’Oppède, Aix-en-Provence
    Le 15/07/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de l’Infedeltà delusa de Haydn mise en scène par Richard Brunel et sous la direction de Jérémie Rhorer au festival d’Aix-en-Provence 2008.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    L’Infedeltà delusa, burletta per musica en deux actes (1773)
    Livret de Marco Coltellini

    Le Cercle de l’Harmonie
    direction : Jérémie Rhorer
    mise en scène : Richard Brunel
    scénographie : Anouk Dell’Aria
    costumes : Mariane Delayre
    Ă©clairages : David Debrinay
    dramaturgie : Catherine Ailloud-Nicolas

    Avec :
    Claire Debono (Vespina), Ina Kringelborn (Sandrina), Yves Saelens (Filippo), James Elliott (Nencio), Andreas Wolff (Nanni).

     



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