altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2018

Nouvelle production de Così fan tutte de Mozart mise en scène par Abbas Kiarostami et sous la direction de Christophe Rousset au festival d’Aix-en-Provence 2008.

Aix 2008 (6) :
Le goût de l’innocence

© Elisabeth Carecchio

Au commencement était Così fan tutte, Mozart alors au purgatoire, sur une estrade improvisée par Georges Wakhévitch dans un coin de la cour de l’Archevêché. La production du soixantième anniversaire du Festival d’Aix-en-Provence, confiée au cinéaste iranien Abbas Kiarostami et à l’enfant du pays Christophe Rousset, résonne comme un hommage à cette innocence perdue.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 19/07/2008
Mehdi MAHDAVI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Lucifer mène la danse

  • En fond de cale

  • Tout en finesse

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Artisan incontestable de la renaissance du festival d’Aix-en-Provence, à l’avenir plus qu’incertain au départ de Louis Erlo, Stéphane Lissner en a aussi détourné l’esprit singulier, comme nous le constations lors de l’édition 2005, notamment en élargissant le répertoire à Wagner avec un Ring appelé à s’inscrire comme une exception dans l’histoire de la manifestation.

    En effet, Bernard Foccroulle, qui en a pris les rênes l’année passée, semble vouloir renouer avec ses racines. Ainsi, et malgré le souvenir encore vif de la vision désenchantée proposée par Patrice Chéreau il y a trois ans, une nouvelle production de Così fan tutte de Mozart, premier opéra présenté sur une estrade éphémère dans la cour de l’Archevêché avant qu’elle ne devienne un théâtre en dur, s’imposait.

    Le choix d’en confier la mise en scène au cinéaste iranien Abbas Kiarostami, Palme d’or à Cannes en 1997, a suscité les plus vives interrogations sur l’esthétique qu’allait adopter ce novice en matière de théâtre lyrique. Certains spéculaient sur un dépouillement extrême en écho à son œuvre cinématographique, photographique et poétique, tandis que d’autres fantasmaient sur une débauche de tapis persans.

    D’aucuns ont même voulu y voir un message politique fort face aux tensions entre l’Iran et les puissances occidentales. Mais la politique est demeurée la grande affaire de Peter Sellars, noyant Zaïde dans un pesant plaidoyer contre les esclavages modernes.

    L’intention revendiquée de Bernard Foccroulle n’en était pas moins d’inscrire la rencontre entre le cinéaste et Christophe Rousset, enfant du pays qui faisait à cette occasion ses débuts de chef à Aix-en-Provence, dans le cadre de « 2008, année européenne du dialogue interculturel ».

    Et chacun pourra, s’il souhaite absolument faire un sort à ce choix d’abord artistique, y déceler comme un écho à la réconciliation entre les peuples provoquée par Gabriel Dussurget en invitant dès la première édition, soit trois ans à peine après la Libération, un chef – Hans Rosbaud, qui dirigerait tous les Mozart jusqu’en 1958 – et un orchestre allemands au nez et à la barbe de la résistance locale.

    © Elisabeth Carecchio

    Mais considérons plutôt le résultat. Abbas Kiarostami et Christophe Rousset ont partagé leur quête de la naïveté, celle-là même qui permet, selon le cinéaste, « d’accéder à la logique temporelle du récit » et, selon le chef d’orchestre, « de toucher la part sensible, enfantine du public ».

    Et qui résonne sur la scène du Théâtre de l’Archevêché comme un hommage à l’innocence des premières éditions, si bien décrite par Edmonde Charles-Roux dans l’album du soixantième anniversaire paru chez Actes Sud, notamment à travers un hommage appuyé à la comtesse Pastré, dont on a trop vite oublié les rôles qu’elle joua dans la création du festival, sans doute parce qu’elle préféra le déserter plutôt que d’en voir l’esprit fondateur dévoyé.

    C’était l’époque où les grands peintres – Derain, Clavé, Masson, Balthus – créaient les décors, toiles peintes d’où émanait le scandale. Elles ont ici laissé la place à un écran, auquel la simple colonnade, les fenêtres et les jardinières exactement symétriques de Chloe Obolensky servent d’écrin.

    Kiarostami y projette une terrasse de café sépia peuplée de gens d’aujourd’hui, dont tous les regards convergent vers les parieurs, puis la mer, qu’il a filmée du matin au soir, plan fixe d’un panorama miroitant, et enfin l’orchestre, en parfaite synchronie avec la fosse durant le finale du deuxième acte. Les interactions entre l’écran et la scène sont délicatement ironiques, à l’image de l’œil rieur et nostalgique que le cinéaste iranien pose sur l’opéra de Mozart.


    Simplicité, tendresse et innocence

    Démarche respectueuse de la moindre didascalie, qui met en scène des – presque – enfants que Don Alfonso, présence philosophe, pour ainsi dire effacée, s’est donné pour mission d’instruire. Animés des doux frémissement du commencement, les corps des jeunes amants respirent la simplicité, la tendresse et l’innocence, qui fait naître la désillusion. À la fin, Kiarostami ne résout d'ailleurs pas ces couples bouleversés. Comme dans Ten Minutes Older, installation vidéo où l’on assiste au réveil d’un bébé, ces jeunes gens sortent grandis de cette école des amants, plus vieux d’une journée, quand les spectateurs le sont du temps de la représentation.

    Christophe Rousset est au diapason de cette pulsation des cœurs, comme en temps réel – les récitatifs ! Dans la mesure où d’autres baroqueux l’ont précédé dans la recherche d’un nouvel équilibre des tempi et des couleurs, sa lecture ne paraît pas novatrice, mais il impose assurément sa griffe, tant à l’œuvre qu’à la Camerata Salzburg, méconnaissable après sa prestation débraillée dans Zaïde : netteté des contours, affinage de la texture, dialogue concertant entre fosse et plateau, malgré ces vents qui parfois brisent une harmonie impossible à obtenir avec des instruments modernes. Artisan du renouveau mozartien, Hans Rosbaud, auquel la première représentation était dédiée, n’aurait pas désavoué cette lecture, tout comme il se serait enthousiasmé pour ce plateau de jeunes chanteurs.

    Malgré l’authenticité de sa couleur de mezzo, la Dorabella de Janja Vuletic apparaît certes par trop désordonnée, et le Ferrando de Finnur Bjarnason, qui s’évertue à respirer le moins possible, privant la ligne de relief, tutoie trop souvent le fausset, mais à quelques extrêmes près – l’aigu tenu, les graves d’une ferme ténuité –, Sofia Soloviy fait une Fiordiligi vaillante et musicienne, à la couleur charnue, bien qu’elle l’enfle parfois dans les joues.

    Anciens de l’Académie du Festival, Judith van Wanroij et Edwin Crossley-Mercer ont l’exact profil physique et vocal de Despina et Guglielmo. Lui, timbre superbe, verbe fier, ligne gaillarde, elle, parfaite styliste et idéalement piquante. L’étoffe décolorée et le récitatif trop carré, parfois curieusement accentué, William Shimell regarde avec la bienveillance attendrie de l’expérience les acteurs de ce Così comme au commencement.




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 19/07/2008
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Così fan tutte de Mozart mise en scène par Abbas Kiarostami et sous la direction de Christophe Rousset au festival d’Aix-en-Provence 2008.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Così fan tutte, dramma giocoso en deux actes (1790)
    Livret de Lorenzo Da Ponte

    Chœur du Festival d’Aix-en-Provence
    chef de chœur : Nicolas Krüger
    Camerata Salzburg
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : Abbas Kiarostami
    scénographie et costumes : Chloe Obolensky
    éclairages : Jean Kalman

    Avec :
    Sofia Soloviy (Fiordiligi), Janja Vuletic (Dorabella), Edwin Crossley-Mercer (Guglielmo), Finnur Bjarnason (Ferrando), Judith van Wanroij (Despina), William Shimell (Don Alfonso).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com