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CRITIQUES DE CONCERTS 24 février 2020

Reprise de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Pierre Audi et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2008.

Salzbourg 2008 (5) :
Le bonheur est dans le vrai

© Clärchen Baus-Mattar & Matthias Baus

Malgré quelques complaisances du chef et des chanteurs, la probité et la simplicité sont les maîtres mots de cette Flûte enchantée de Pierre Audi et Riccardo Muti à Salzbourg, qui prouve qu’il est encore possible de laisser modestement parler l’œuvre sans sombrer dans la platitude. Peut-être une leçon à méditer.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 20/08/2008
Thomas COUBRONNE
 



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  • En ces temps de conflit entre l’hĂ©gĂ©monie des metteurs en scène et le ras-le-bol d’une partie du public, mettre tout le monde d’accord tient sans doute de la gageure. C’est pourtant le cas de cette FlĂ»te enchantĂ©e qui allie intelligemment une grande modestie – faire confiance au texte et aux acteurs –, un indĂ©niable savoir-faire – la fluiditĂ© des tableaux, l’efficacitĂ© de la mise en scène – et un style personnel – ne serait-ce que par la scĂ©nographie.

    On peut trouver kitsch les décors du regretté Karel Appel, leurs grosses masses de pâte à modeler, leurs formes rebondies et leurs couleurs éclatantes ; mais ils confèrent au plateau une variété d’atmosphères, une mobilité, une flexibilité et une féerie qui seraient déjà beaucoup, n’étaient en plus une symbolique rigoureuse et poétique – l’Égypte imaginaire avec l’Afrique noire si souvent évacuée de notre vision péplumiste des pharaons, la nature à la fois naïve et cabalistique – et une fraîcheur stylisée qui au fond nous semble en adéquation parfaite avec cet opéra paradoxal, entre Volkstum et initiation.

    Et même si ce soir le public semblait dans ses applaudissements ignorer qu’il y a un finale dans le Finale, intimidé peut-être par une fermeture de rideau sur la coda rutilante du chœur des épreuves, décidément impossible dans la confidentialité des coulisses, on peut croire que chacun aura été satisfait, qui par une histoire compréhensible et simplement racontée, qui par de très beaux moments de théâtre – Tamino brisé dans l’air de Pamina ; le temple de Sarastro ; les Knaben, merveilleux à tous égards –, qui par le divin Mozart, toutefois servi avec une excellence irrégulière.

    Un Mozart routinier ?

    Le Maestro Muti est sans doute le premier fautif, laissant la plupart du temps aller un Philharmonique de Vienne pourtant ductile et à l’écoute, mais qui sonnerait routinier, n’étaient un certain frémissement des cordes et un moelleux des bois – exception faite de la flûte dans des solos fort cuivrés dans le médium. Qu’il prenne les commandes, et ce sont de bien délicates envolées de musique qui se déversent dans la salle, au détour de telle phrase du quintette – l’évocation des enfants –, de la scène de l’Orateur – les appels du chœur invisible – ou des airs de Sarastro.

    Le Sarastro de Franz-Josef Selig, justement, dans sa tendresse parfois équivoque envers Pamina, alterne des effets de fort mauvais goût – émission droite, attaques vulgaires, phrasé négligent – avec une sobriété dans laquelle s’épanouissent instantanément un timbre très noble et une expressivité très contenue : c’est alors Mozart qui chante et la partition en devient soudain transfigurée. Genia Kühmeier transfigure, elle aussi, et l’on n’insistera pas sur une pointe de dureté qui émaille une prestation sous le signe de la facilité, de la pureté et de la finesse – l’air, on s’en doute, est une merveille, ainsi que la scène avec les Knaben.

    Un Tamino désinvolte

    À l’instar de Sarastro, mais avec une musicalité infiniment supérieure, Michael Schade nous semble pécher en Tamino par quelque désinvolture, s’amusant peut-être un peu trop avec une partition, un rôle, un public trop familiers, perdant parfois de vue l’engagement du personnage au bénéfice de celui de l’artiste. N’importe, le phrasé reste très – trop ? – imaginatif et les moyens vocaux, vaillance, timbre, diction et émission sont en parfaite adéquation avec une prestation scénique vivante et parfois d’une grande justesse – la tristesse convainc mieux qu’un bonheur trop décontracté. De son côté, Markus Werba est un Papageno léger et joyeux, d’un humour très simple et vrai, jamais bourru ou caricatural, auquel on ne reprochera qu’une certaine pâleur vocale.

    Le reste de la distribution est tout à fait honnête, avec une Première Dame un peu irrégulière, une Reine de la Nuit plus hystérique de voix que de présence, un Sprecher vieilli mais tellement plus sage que ce Tamino cabotin, des Knaben on l’a dit parfaits et une Papagena aux aigus de rêve. Petite mention spéciale tout de même pour le Monostatos de Dietmar Kerschbaum, parure tribale et suite de guerriers masaï, particulièrement réussi par le metteur en scène, dont chaque intervention devient un trésor de poésie, d’impertinence, de drôlerie et de tendresse.

    Le mieux est l’ennemi du bien : malgré une direction musicale complaisante, le plus grand attrait de cette production restera la simplicité, le respect du texte qui ne veut pas dire la bêtise, la sobriété de la ligne de chant qui ne veut pas dire l’inexpressivité, l’intention juste du personnage qui ne veut pas dire la caricature.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 20/08/2008
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de la Flûte enchantée de Mozart mise en scène par Pierre Audi et sous la direction de Riccardo Muti au festival de Salzbourg 2008.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zaüberflöte, Singspiel en deux actes (1791)
    Livret d’Emanuel Schikaneder

    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Sommerakademie der Wiener Philharmoniker (musique de scène)
    Wiener Philharmoniker und Mitglieder der Angelika Prokopp
    direction : Riccardo Muti
    mise en scène : Pierre Audi
    décors : Karel Appel
    costumes : Jorge Jara
    Ă©clairages : Jean Kalman & Jan Koremans
    préparation des chœurs : Thomas Lang

    Avec :
    Franz-Josef Selig (Sarastro), Michael Schade (Tamino), Franz Grundheber (Sprecher / Erster Priester), Albina Shagimuratova (Königin der Nacht), Genia Kühmeier (Pamina), Inga Kalna (Erste Dame), Karine Deshayes (Zweite Dame), Ekaterina Gubanova (Dritte Dame), Solisten der Wiener Sängerknaben (Drei Knaben), Markus Werba (Papageno), Irena Bespalovaite (Papagena), Dietmar Kerschbaum (Monostatos), Robert Chafin (Erster geharnischter Mann), Ante Jerkunica (Zweiter geharnischter Mann), Peter Sonn (Zweiter Priester), Michael Autenrieth (Dritter Priester / Sklave).

     



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